Quand les impératifs réglementaires auxquels sont soumis les assureurs se conjuguent à un marché volatil et à un contexte de remontée des taux, cela n’est pas sans conséquence sur leur stratégie d’investissement. S’il n’existe pas de réponse unique face à ces nouvelles conditions de marché, celles-ci leur imposent néanmoins de questionner l’allocation de leurs portefeuilles pour répondre aux objectifs comptables, d’adossement actif-passif, d’investissement socialement responsable ESG propres à chaque assureur, explique Rémi Lamaud, expert solutions, direction gestion assurantielle et solutions ALM chez Ostrum AM.

A quelles évolutions réglementaires majeures touchant les assureurs les gérants d’actifs doivent-ils s’adapter ?
Les normes comptables des assureurs ont beaucoup évolué ces dernières années. Elles basculent d’une prise en compte de la valeur historique des actions et en coût amorti pour les obligations, à une intégration toujours plus importante de leur valeur de marché. Cela a commencé avec Solvabilité 2 et cela se poursuit avec la norme comptable internationale IFRS 9, qui succède à IAS 39. Cela rend les bilans beaucoup plus sensibles aux chocs de marché, ce qui implique de prendre en compte la volatilité embarquée des actifs. Au-delà de ce basculement majeur, il est aussi capital de comprendre que les assureurs font face à un environnement multiréférentiel : le référentiel comptable français, le référentiel réglementaire Solvabilité 2, le référentiel comptable international IFRS 9.


Quelles conséquences sur la gestion d’actifs ?
Nous sommes, plus que jamais, dans une gestion d’actifs multidimensionnelle, qui doit conjuguer notre appréciation des marchés financiers avec des impératifs réglementaires. Solvabilité 2 impose un montant plus important de capital réglementaire aux assureurs lorsqu’ils intègrent des actifs plus risqués dans leur allocation, tandis que les normes internationales imposent plus de volatilité dans le compte de résultat ou des fonds propres. Chaque décision d’investissement doit donc prendre en compte ces trois types d’objectifs. Cela nous a conduits à bâtir notre propre plateforme assurantielle PASS, qui permet de gérer ces différentes dimensions au sein d’un seul outil propriétaire.


Cette complexité a-t-elle détourné les assureurs des marchés plus volatils comme les actions ?
Elle impose une expertise de gestion technique et très fine et des outils d’analyse et de simulation très performants : les solutions d’investissement sont de plus en plus complexes et doivent être adaptées au profil et aux objectifs de chaque assureur. Il n’existe pas de portefeuille idéal : un assureur vie et un autre IARD n’auront pas les mêmes impératifs en termes d’horizon de placement, par exemple. Chez Ostrum AM, nous avons développé une grande proximité avec chacun de nos clients assureurs pour intégrer précisément l’ensemble de ces objectifs – comptables, financiers, réglementaires, ESG – et les traduire en opportunités d’investissements. Les assureurs n’ont pas tourné le dos aux actions, notamment à cause de leurs performances et des dividendes, mais il est vrai qu’avec les évolutions comptables, la volatilité des marchés conduit à des réallocations d’actifs au sein des portefeuilles.


Quelles solutions leur apporter face à la volatilité des actions et à la remontée des taux ?
Nous sommes attentifs au mouvement entamé de remontée des taux, à son rythme, à son ampleur face à la progression de l’inflation, et étudions différents scénarios de marché. Nous mettons ensuite en place des stratégies de couverture ou de sécurisation, en fonction de la priorité donnée aux objectifs comptables, réglementaires ou financiers de chaque institutionnel. De plus, nous proposons des solutions spécifiques qui visent, par exemple, à contrôler la volatilité des portefeuilles et à augmenter leur résistance aux chocs potentiels de marché. Tout ceci permet aux assureurs de faire évoluer le poids de leurs poches actions et obligations, ainsi que leur allocation au sein de chacune d’elles.


Quels changements pourraient désormais impacter la gestion des portefeuilles des assureurs ?
Le plus important est la mise en application conjointe des normes IFRS 9 et IFRS 17, dès l’année prochaine, qui va conduire à une nouvelle manière d’enregistrer comptablement les actifs et les passifs. Parmi les points majeurs : la plus grande part d’actifs enregistrés en valeur de marché (aussi bien pour les actions que pour les obligations non classiques). L’autre évolution qui touche l’allocation et les processus de gestion, c’est la prise en compte de l’ISR et de ses multiples normes et référentiels. Enfin, sous Solvabilité 2, le mécanisme d’ajustement symétrique va être élargi, rendant pour les actions l’impact des chocs réglementaires plus grand encore. Autant d’éléments dont nous évaluons déjà les conséquences avec les assureurs.

 

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Nouveau paradigme sur les marchés : quelles stratégies pour les assureurs ?

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    Rémi Lamaud

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