Les effets de contagion potentiels des tensions géopolitiques autour de l’Ukraine sur les pays émergents porteraient principalement sur les prix de l’énergie et alimentaire.

Les pays émergents importateurs nets d’énergie devraient être les plus pénalisés par la hausse persistante des prix de l’énergie, à travers la détérioration de leurs comptes courants

Le graphique ci-dessous montre que le compte courant des 8 pays connus à déficits courants est redevenu légèrement négatif à - 0,1 % du PIB au troisième trimestre 2021, reflétant la reprise économique post-covid de ces pays. Or, le compte courant positif tout au long de l’année 2021 avait permis de réduire leur vulnérabilité externe et d'expliquer la bonne tenue des spreads de crédit souverain des pays émergents dans un contexte de remontée des taux d’intérêt américains. Une hausse persistante des prix de l’énergie devrait détériorer les positions extérieures des pays importateurs, les rendant plus vulnérables aux chocs externes.

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En Asie, où les pays sont, dans l’ensemble, importateurs nets d’énergie, l’impact devrait néanmoins être plus mitigé. Les exportations de matières premières de base devraient limiter l’impact de la hausse des importations énergétiques. C’est le cas, notamment, de l’Indonésie, cinquième producteur mondial de charbon, et de la Malaisie, un des principaux producteurs de pétrole de la région Asie-Pacifique.

Les potentielles distorsions dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires interviennent à un moment critique pour les pays émergents, car les prix alimentaires sont déjà élevés

L’indice FAO des prix alimentaires (réel) a augmenté de 30,65 % depuis la fin 2019 et reste sur des niveaux élevés, dépassant les niveaux observés en 2011, période caractérisée par les « printemps arabes ».

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L’Ukraine et la Russie représentent, ensemble, 25 % de la production de blé mondiale. Des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement de blé, mettraient sous pression les prix du blé et, probablement, le prix d’autres céréales dont la demande augmenterait par substitution au blé. L’indice Bloomberg des produits agricoles a augmenté de 10,9 % depuis le début de l’année et reste sur des plus hauts depuis 2013. Les prix du blé sont sur des plus hauts sur la même période. La hausse des prix alimentaires risque d’engendrer des tensions sociales en menaçant la stabilité politique des pays émergents, notamment les plus pauvres.

L’impact sur l’Asie parait plus mitigé. L’alimentaire a un poids important dans les indices de prix à la consommation des pays asiatiques les plus pauvres, mais la corrélation des prix alimentaires locaux avec les prix internationaux apparaît très faible, car ces pays dépendent beaucoup de leurs productions agricoles locales. D’autre part, la région est une grande consommatrice de riz, à l’image du graphique ci-dessous qui représente le ratio consommation de riz-consommation de blé de plusieurs pays émergents.

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  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents