Toutes les semaines, retrouvez la revue des marchés et le thème de la semaine par nos experts : Axel Botte, Aline Goupil-Raguénès et Zouhoure Bousbih dans MyStratWeekly et son podcast.

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(Écouter) le podcast d’Axel Botte :

  • Revue de la semaine – Warsh veut monter les taux, l’emploi meilleur qu’attendu ;
  • Thème – Résumé des évènements marquants de l’été.

Le thème de la semaine : C’est la rentrée : retour sur les principaux événements de l'été

  • La croissance américaine a ralenti à 1,5 % tandis que les créations d'emplois chutaient brutalement. Les investissements en IA demeurent le principal moteur de croissance aux États-Unis. Dans la zone euro, l'activité s'est montrée résiliente face à la hausse des prix de l'énergie, bien que la France ait frôlé la récession au T2. La demande domestique chinoise reste faible ;
  • Le message restrictif de Kevin Warsh laisse probablement présager une action en septembre pour freiner les pressions inflationnistes. Les préoccupations du marché du travail sont minimisées ;
  • Le Japon et les États-Unis sont intervenus pour soutenir le yen défaillant avec peu de succès jusqu'à présent ;
  • Les marchés actions ont affiché des rendements positifs malgré la rotation hors de la technologie en août ;
  • En retour, les spreads de crédit restent serrés. Cependant, dans l'espace souverain, les spreads français subissent des pressions.


C’est la rentrée : retour sur les principaux événements de l'été

La Fed privilégie le contrôle des prix à la situation de l’emploi. Kevin Warsh a réaffirmé que l'objectif de 2% s’appliquait à l’indice PCE à Jackson Hole. L'Europe a navigué dans un environnement fragile, la France évitant de peu la récession et la BCE prête à relever ses taux en septembre. Les marchés obligataires mondiaux ont connu une hausse synchronisée des rendements, les Treasuries américains à 10 ans grimpant à 4,76% et les Bunds allemands dépassant 3,30%. Une rotation sectorielle s'est opérée en août, délaissant la technologie au profit des financières et des ressources, tandis que le dollar faiblissait malgré la hausse des rendements américains, les interventions n'apportant qu'un soutien temporaire au yen.

La Fed choisit d'ignorer la faiblesse de l’emploi pour se concentrer sur l'inflation

Warsh : priorité à la lutte contre l’inflation

Le thème dominant aux États-Unis cet été fut l’opposition entre une inflation persistante et un marché du travail sans relief. L'inflation PCE sous-jacente s'est maintenue à 3,3% en glissement annuel en juillet, tandis que les dépenses de consommation stagnaient — laissant peu de marge de manœuvre à la Fed. Le marché du travail s'est nettement détérioré : l’emploi a diminué de 23k en juillet, après des révisions à la baisse des mois précédents, même si le taux de chômage a légèrement reculé à 4,1% en raison de la baisse du taux de participation. La confiance des consommateurs est tombée à son plus bas niveau en sept mois en août. Parallèlement, l'investissement des entreprises a continué de progresser, stimulé par les dépenses en IA, qui représentent la moitié de la croissance de l’investissement productif.

L'événement politique phare de l'été fut le symposium de Jackson Hole, où Kevin Warsh a prononcé son premier discours majeur, précisant que freiner l'inflation — encore bien au-dessus de l'objectif de 2% — est la priorité absolue de la banque centrale. Après un exercice de communication difficile en juillet, il a réaffirmé que l'objectif de 2% s'appliquait bien au déflateur. La tonalité restrictive du discours a alimenté les paris de hausse des taux, provoquant la plus forte augmentation des rendements à 2 ans depuis juin. Trois responsables de la Fed s’étaient déjà exprimés en faveur d’un relèvement immédiat en juillet 

Sur le plan budgétaire, le remboursement des droits de douane — suite à une décision de la Cour suprême déclarant ces prélèvements illégaux — a creusé le déficit budgétaire fédéral à 1800 milliards de dollars pour les dix premiers mois de l'exercice 2026. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a mené une série d'interventions sur le yen en coordination avec le ministère des Finances japonais et a signalé un possible doublement des rachats d'obligations du Trésor. Ces deux opérations ont échoué à endiguer la pression haussière sur la parité dollar-yen et les rendements obligataires à long terme.

L'Europe navigue dans un environnement troublé

L’activité a tenu en Europe

L'Europe s’en sort dans un environnement de croissance internationale fragile durant l'été. La France a évité de peu la récession, avec une contraction de l’activité de 0,2 % au 1er trimestre et a stagné au 2ème trimestre, en partie à cause des vagues de chaleur qui ont paralysé la production agricole. La Banque de France a réduit ses prévisions de PIB 2026 à seulement 0,5%, citant les pressions inflationnistes liées au conflit Moyen-Orient. En revanche, l'Allemagne a dépassé les attentes avec une expansion de 0,3 % au 2ème trimestre. Cependant, la sécheresse et le niveau bas du Rhin pourraient peser sur l'activité au 3ème trimestre. L'Espagne continue d'enregistrer la plus forte croissance de la zone euro. Le Portugal a également rapporté une croissance solide du PIB de 2,5 % en glissement annuel au 2ème trimestre.

L'inflation devrait augmenter dans les prochains mois, à partir de 2,9 % en juillet. La BCE doit rester vigilante concernant les pressions sur les prix car les revendications salariales pourraient s’ajuster en réponse aux chocs passés des prix de l'énergie. La banque centrale devrait donc probablement relever ses taux en septembre.

L'été décevant de la Chine

La demande interne ralentit en Chine

La Chine enregistre une croissance économique inégale. Les autorités la présentent comme le fait de la révolution technologique avec des plans de déploiement d'infrastructure IA de 295 milliards de dollars sur cinq ans, visant à développer un réseau national de centres de données. Cependant, la confiance des entreprises reste faible. La forte réduction des importations chinoises de pétrole, qui a permis de maintenir sous cloche les prix mondiaux du brut, traduit un manque de ressort de la demande interne. Les ventes au détail ont encore ralenti à seulement 0,6 % en glissement annuel. L'investissement immobilier continue de plonger de plus de 10 % l’an. Les politiques anti-involution pèsent sur l'investissement des entreprises, de sorte que la demande interne reste faible. Au Japon, la croissance est ressortie légèrement en dessous des attentes au 2ème trimestre. La performance des exportations japonaises reste cependant solide.

Marchés obligataires : Hausse synchronisée des rendements sur fond de risque inflationniste

Pression à la hausse sur les taux

Hausse des taux et pentification ont été les maîtres-mots de l’été sur les marchés obligataires, les rendements augmentant fortement alors que les banques centrales maintenaient leur vigilance face à l'inflation. Le rendement du T-note à 10 ans a grimpé de 29 pb à 4,76 %, tandis que le Bund allemand subissait une hausse plus forte encore de 46 pb à 3,32 %. Ce resserrement synchronisé a reflété le recalibrage des anticipations de politique monétaire, et des spreads 2-10 ans se tendant de 14 pb aux États-Unis et de 6 pb en Allemagne.

La différenciation entre crédits souverains européens s'est intensifiée cet été. Les spreads sur les OATs françaises s'élargissent de 6 pb contre Bund à 85 pb — en raison des risques budgétaires croissants avant l'élection présidentielle de 2027. Les BTP italiens ont aussi sous-performé, les spreads s'élargissant à 83 pb, tandis que les obligations espagnoles ont démontré une résilience relative, se resserrant de 3 pb à 45 pb. Les anticipations d'inflation en zone euro se sont tendues, avec des points morts en hausse de 32 pb à 2,17%, alors que les TIPS américains enregistraient une hausse plus modeste de 9 pb. Les intervenants craignent davantage la persistance des pressions sur les prix en zone euro.

Actions : Rotation sectorielle et correction technologique

Les marchés actions mondiaux ont affiché une divergence notable sur deux mois, caractérisée par une rotation prononcée des valeurs technologiques vers les secteurs « value ». Tandis que le S&P 500 s’adjugeait 2,4% et l'Euro Stoxx 50 2,0%, les indices technologiques décrochaient, le Nasdaq 100 perdant 3,1% et le Nikkei chutant de 4,5%. Le recul de 7,1% du VIX à 15,28 % suggérait que malgré les flux vendeurs de valeurs technologiques, le stress de marché dans son ensemble restait contenu.

Les performances sectorielles en Europe valident cette thématique de rotation. Les services financiers ont mené la cote avec une performance de 12,5 %, tandis que les banques et l'assurance, bénéficiant de l'environnement de hausse des taux d'intérêt, progressaient de 8,1 % et 5,9 % respectivement. Les secteurs basés sur les ressources ont surperformé, les matériaux de base bondissant de 15,5 % et le pétrole et gaz progressant de 3,4 %. Inversement, les secteurs sensibles aux taux ont été déclassés : l'immobilier s’inscrit en baisse de 6,7 %, les services d’utilité publique de 4,7 %, et la technologie a reculé de 8,3 %, reflétant l'impact des taux sur les valorisations orientées « croissance ».

Changes : un dollar sous tensions

Le dollar a fléchi sur le marché des changes. L'indice DXY abandonnant 1,6 % à 99,55 malgré la hausse des rendements américains — ce qui suggère que les marchés s’interrogent sur la soutenabilité du resserrement monétaire à venir de la Fed. L'euro s'est renforcé de 1,6 % contre le dollar à 1,16 $, tandis que la livre a gagné 2,2 % à 1,35 $, indiquant un regain de confiance dans les actifs européens.

L'appréciation de 1,7 % du yen contre le dollar à 159,81 sur juillet-août masque les difficultés des autorités à gérer avec succès le marché des devises. Le ministère des Finances a vendu près de 100 milliards de dollars pour soutenir le yen avec l'aide du Trésor américain, intervenant plus modestement sur le taux de change euro-yen. Le yen s'est initialement renforcé à 155,22, mais a retracé une partie des gains par la suite alors que les rendements américains augmentaient. Parallèlement, l’appréciation de 1,0 % du yuan à 6,72 pour un dollar traduit les surplus commerciaux de la Chine et la politique de la PBoC.

Conclusion

Le message restrictif de Kevin Warsh à Jackson Hole semble en conflit avec les intérêts du Trésor américain alors que les rendements obligataires mondiaux se tendent. Les interventions sur le yen et les Treasuries ont échoué à endiguer la pression baissière sur les prix. Des rendements plus élevés ont engendré des rotations sectorielles aux dépens des valeurs technologiques bien que les marchés actions aient bien performé durant l'été. La faible volatilité maintient les spreads de crédit sous cloche. Concernant la dette souveraine, l’OAT commence à intégrer les risques électoraux et budgétaires. Le yen a oscillé fortement alors que les investisseurs s'attendent à ce que la BoJ relève bientôt ses taux.

Axel Botte

Le graphique de la semaine

Le graphique de la semaine

Le prix des produits pétroliers distillés explose partout dans le monde. Certes, le prix du brut joue un rôle dans l’augmentation du coût de l’essence, du kérosène ou du naphta mais les tensions au Moyen-Orient n’expliquent qu’une partie de l’accélération haussière. 

Le marché international du pétrole est principalement un marché de brut, le raffinage étant effectué localement. Il sort peu de brut du détroit d’Ormuz (et quasiment pas de gaz) et très peu de produits raffinés, mais l’impact marginal de ce manque est proportionnellement plus significatif. 

Le goulot d’étranglement se situe ailleurs. Il existe un réel manque de capacités de raffinage aux Etats-Unis. Le taux d’utilisation de celles-ci est de 95 %. Les attaques ukrainiennes ont frappé un nombre important de raffineries russes exportatrices. La Chine s’est saisie du problème de sorte qu’elle devrait produire davantage d’essence dans les mois à venir et permettre d’atténuer ces tensions.

Le chiffre de la semaine

5 %

Soit le rendement de l’obligation de référence de l’état français à 30 ans touché en séance du 2 septembre.
 

La revue des marchés : Kevin Warsh veut monter les taux…

  • Etats-Unis : l’emploi meilleur qu’attendu en août avec 162k créations et un chômage stable à 4,1% ;
  • Banques centrales : Warsh semble vouloir relever les taux, Lagarde va le faire ;
  • Taux : la tendance haussière se confirme que le rebond du yen freine.

Warsh veut relever les taux…

Les anticipations de resserrement monétaire et la prime de risque budgétaire ont alimenté la lente hausse des taux au cours de l’été. L’IPC américain d’août est très attendu par les marchés. Les prix de l’énergie sont à surveiller mais la faible volatilité demeure un soutien aux actifs risqués.

Le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole semble avoir changé la donne quant aux perspectives de taux de la Fed à court terme. La tendance des prix ne converge pas suffisamment vite vers la cible de 2 % selon Warsh de sorte que la publication de l’IPC d’août revêtira une importance particulière. Le rapport sur l’emploi (+162k) est le meilleur depuis le printemps, même si des zones d’ombre subsistent comme la qualité des emplois créés. Le chômage ne s’améliore que pour les personnes les moins qualifiées alors que l’insertion professionnelle des diplômés de l’université reste difficile. Les salaires se modèrent à 3,1 % sur un an. Les indicateurs d’activité comme les ISM sont bien orientés en août malgré l’environnement tarifaire et les hausses de coûts des intrants. En zone euro, l’inflation a rebondi à 3,3 % selon l’estimation flash d’août mais il est intéressant de noter que l’inflation sous-jacente n’accélère pas. L’inflation des services est certes toujours élevée mais stable à 3 %. La hausse des marges de raffinage devrait encore alimenter l’inflation énergétique à l’horizon de la fin d’année. Le prix du gaz se situe aussi au-delà des 70 €/MWh.

L’action des prix sur les marchés financiers témoigne à la fois d’un environnement de resserrement monétaire mondial, et de la problématique budgétaire. Le T-note a brièvement touché 4,80 %, son plus haut niveau depuis janvier 2025. La probabilité d’une hausse de la Fed en septembre augmente dans l’attente de l’inflation du mois d’août. Le déficit fédéral dérive notamment sous l’effet de la charge d’intérêt qui s’alourdira immanquablement en cas de hausse des Fed funds. Les points morts d’inflation montent légèrement en réaction au regain de tensions dans le Golfe où les échanges de tirs ont repris. Le baril de Brent remonte ainsi à 95 $. En zone euro, le Bund (3,33 %) suit le mouvement mondial des taux, souvent réactivé par les JGBs à long terme. Le spread français (86 pb) est davantage sous pression en amont des discussions budgétaires qui préfigureront déjà la Présidentielle de 2027. Les interventions sur le yen ont rencontré un succès limité de sorte que la clé revient à la BoJ qui devra agir rapidement sur les taux. A mesure que le resserrement se précise, les taux japonais se détendent anticipant des réallocations vers le marché domestique. Le yen s’inscrit en rebond à 156 pour un dollar.

Les marchés d’actions terminent la semaine en ordre dispersé. L’Europe perd un peu plus d’1 % alors que Wall Street affiche une légère hausse. La volatilité implicite (VIX à 15 %) reste très réduite. Les rotations sectorielles induisent des effets de décorrélation qui réduisent la volatilité. Cet environnement reste favorable aux spreads de crédit. L’euro IG s’écarte de 3 pb sans que les indices de CDS n’évoluent beaucoup. 

Axel Botte

Marchés financiers

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  • Axel Botte
    Axel Botte

    Directeur stratégie marchés

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