Toutes les semaines, retrouvez la revue des marchés et le thème de la semaine par nos experts : Axel Botte, Aline Goupil-Raguénès et Zouhoure Bousbih dans MyStratWeekly et son podcast.

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(Écouter) le podcast d'Aline Goupil-Raguénès :

  • Revue de la semaine – Entre craintes sur le pétrole et l’IA, commandes de biens durables US, PMI en zone euro ;
  • Thème – Après Ormuz, une nouvelle menace pour le pétrole : le détroit de Bab el-Mandeb.

Le thème de la semaine : Après Ormuz, une nouvelle menace pour le pétrole : le détroit de Bab el Mandeb

  • Alors que les frappes entre les Etats-Unis et l’Iran se poursuivaient au Moyen Orient la semaine dernière, les rebelles Houthis du Yemen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un blocus maritime des ports saoudiens en mer Rouge ; 
  • En raison du blocage du détroit d’Ormuz, l’Arabie Saoudite a redirigé une bonne partie de ses exportations de pétrole, qui étaient situées sur le détroit d’Ormuz, vers le terminal de Yanbu, situé au bord de la mer Rouge ; 
  • Cette menace de blocus maritime des Houthis intervient alors que les facteurs ayant permis d’atténuer l’ampleur du choc énergétique s’amenuisent ; 
  • La demande de pétrole a déjà nettement baissé, les capacités de production inutilisées d’autres pays ont été mobilisées et il ne reste plus que 110 millions des stocks d’urgence à mettre sur le marché, sur les 400 millions mis à disposition sous l’égide de l’AIE ;
  •  Après la fermeture du détroit d’Ormuz, des perturbations concernant le trafic maritime dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb seraient ainsi de nature à augmenter significativement les prix de l’énergie.

Après Ormuz, une nouvelle menace pour le pétrole : le détroit de Bab el-Mandeb

Alors que les frappes entre les Etats-Unis et l’Iran se poursuivaient au Moyen Orient la semaine dernière, les rebelles Houthis du Yemen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un blocus maritime des ports saoudiens en mer Rouge. Après la fermeture du détroit d’Ormuz, des perturbations concernant le trafic maritime dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb seraient de nature à augmenter significativement les prix de l’énergie. Cette menace intervient alors que les facteurs ayant permis d’atténuer l’ampleur du choc énergétique s’amenuisent. 

Le détroit de Bab el-Mandeb : un passage stratégique

Le détroit de Bab el-Mandeb est un passage stratégique reliant le sud de la mer Rouge au Golfe d’Aden. Ce passage d’une centaine de kilomètre de long ne fait seulement qu’une vingtaine de km de large entre Djibouti et l’Erythrée, sur la rive Ouest, et le Yémen sur la rive Est. C’est l’un des couloirs maritimes les plus empruntés au monde puisqu’il relie l’Asie à l’Europe au travers de la mer Rouge et du Canal de Suez. Près de 10 % du commerce maritime mondial transite par la mer Rouge.

Blocus maritime des Houthis sur les ports saoudiens

Le 20 juillet, les Houthis ont déclaré imposer un blocus maritime sur les ports saoudiens. La raison est que le gouvernement Yéménite, reconnu internationalement et appuyé par l’Arabie Saoudite, a visé l’aéroport de Sanaa, contrôlé par les Houthis. Il voulait empêcher l’atterrissage d’un avion iranien transportant une délégation Houthis partie à Téhéran. En représailles, les Houthis ont lancé une attaque contre l’aéroport international d’Abha au sud de l’Arabie Saoudite. Ces tensions menacent ainsi la trêve de plus de 4 ans entre l’Arabie Saoudite et les Houthis. L’Iran a en outre demandé aux Houthis de se tenir prêts à fermer le détroit de Bab El-Mandeb, si les Etats-Unis s’en prenaient de nouveaux aux infrastructures énergétiques et aux ponts iraniens.

Les tensions en mer Rouge interviennent alors que le détroit d’Ormuz est de nouveau fermé compte tenu de la reprise des frappes entre l’Iran et les Etats-Unis pour contrôler le détroit. Les frappes américaines se sont opérées pendant 13 nuits consécutives, afin de réduire les capacités de l’Iran à empêcher la navigation dans le détroit d’Ormuz. L’Iran, en représailles, a ciblé les bases militaires américaines situées dans les pays du Golfe. Ces frappes ont cessé vendredi et ce week-end mais cette accalmie se révèle fragile : les forces américaines se déclarent prêtes à intervenir, tout en laissant un peu de place aux négociations. Si une accalmie a pu être observée depuis vendredi entre l’Iran et les Etats-Unis, les Houthis ont en revanche lancé des attaques de drones et de missiles sur des infrastructures énergétiques saoudiennes, près des ports de Jizan et Yanbu, auxquelles l’Arabie Saoudite a répondu par des frappes.

Les Houtis ont déjà bloqué le détroit de Bab el-Mandeb à partir de novembre 2023, lors du début de la guerre à Gaza, en ciblant des navires commerciaux. Cela a obligé les compagnies maritimes à faire un long détour par le cap de Bonne Espérance, allongeant les trajets de 10 à 15 jours par rapport au canal de Suez, ce qui a créé des problèmes d’approvisionnement et augmenté les coûts de transport.

Les exportations saoudiennes menacées

En raison du blocage du détroit d’Ormuz, l’Arabie Saoudite a redirigé une bonne partie de ses exportations de pétrole, qui étaient situées au port de Ras Tanura, sur le détroit d’Ormuz, vers le terminal de Yanbu, situé au bord de la Mer Rouge, en utilisant l’oléoduc reliant l’Est à l’Ouest du pays (en orange sur la carte ci-dessous). L’Arabie Saoudite exporte ainsi près de 4,9 millions de baril par jour par le port de Yanbu, contre 7 millions d’exportations au total avant le conflit, ce qui correspond à 70 % de ses capacités d’exportations journalières de pétrole d’avant le conflit. Près de la moitié de ces exportations empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour approvisionner l’Asie, la Chine, le Japon et la Corée du sud étant les principaux acheteurs.

Carte l’Arabie Saoudite

Depuis l’annonce du blocus maritime sur les ports saoudiens et les frappes des Houthis sur deux pétroliers saoudiens, le trafic a nettement ralenti dans la mer Rouge. Certaines exportations saoudiennes de pétrole vers l’Asie peuvent être déroutées en empruntant le canal de Suez puis le cap de Bonne Espérance, mais cela rallongerait significativement la durée du trajet (de près de 4 semaines) et augmenterait les coûts. En outre, le Canal de Suez est trop peu profond pour permettre le transit de supertanker pouvant transporter 2 millions de barils de pétrole, comme c’est le cas de la majorité des pétroliers du port de Yanbu. Ces derniers ne devraient donc être chargés qu’à moitié pour pouvoir passer le Canal de Suez ce qui représente un autre goulet d’étranglement.

Carte

Les amortisseurs du choc énergétique s’amenuisent

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, l’économie mondiale connaît le choc le plus important de l’histoire en termes d’approvisionnement en pétrole. A la fin du mois de mai, plus d’1,1 milliard de barils de pétrole brut n’avaient pas atteint le marché. Ce déficit d’approvisionnement dépasse déjà celui enregistré durant le 1er choc pétrolier, la guerre Iran-Irak ou encore la guerre du Golfe.

Pourtant, la hausse du prix du pétrole a été limitée. Cela est lié à la conjonction de plusieurs facteurs permettant d’amoindrir le choc. Une analyse récente du FMI permet d’en donner la mesure.

  • Le 1er facteur réside dans le fait qu’avant le conflit, le marché du pétrole était en excès d’offre de près de 2 millions de baril par jour sur la période de janvier à février.
  • Le 2ème facteur vient de la baisse de la demande, surtout en provenance d’Asie. Avec la hausse du prix du pétrole, les économies se sont tournées vers les énergies renouvelables et le charbon. La Chine a réduit de près de 50 % ses importations de brut.
  • Le 3ème facteur est la hausse de la production de pétrole d’autres pays, de près de 2 millions de barils par jour par rapport à 2025. C’est le fait essentiellement des Etats-Unis, suivis du Venezuela et la Russie.
  • Enfin, le déstockage a permis de délivrer 4,1 millions de barils par jour entre mars et mai. Cela comprend les stocks commerciaux de la Chine et les réserves stratégiques.

Facteurs ayant permis d'absorber le choc lié à la nette baisse de la production de pétrole dans le Golfe

Les marges de manœuvre pour réduire le choc énergétique sont aujourd’hui amoindries compte tenu de la nette baisse de la demande déjà opérée et de la mobilisation des capacités de production inutilisées d’autres pays. L’AIE précisait la semaine dernière que la mise sur le marché des stocks d’urgence se poursuivait. Sur les 400 millions de barils disponibles, 290 millions ont déjà été libérés par les Etats Membres. Les pays de l’AIE disposeraient encore d’un stock important de réserves stratégiques, dont plus d’un milliard de barils détenus par les gouvernements.

Conclusion

Le détroit de Bab el-Mandeb joue un rôle crucial dans les exportations de l’Arabie Saoudite vers l’Asie, depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. La menace d’un blocus maritime des Houthis sur les navires saoudiens en mer Rouge fait courir un risque significatif sur l’approvisionnement en brut au niveau mondial étant donné que le détroit d’Ormuz est fermé. Cela intervient alors que les facteurs ayant permis d’amoindrir le choc initial s’amenuisent : la demande de pétrole a déjà nettement baissé, les capacités de production inutilisées d’autres pays ont été mobilisées et il ne reste plus que 110 millions des stocks d’urgence à mettre sur le marché, sur les 400 millions mis à disposition sous l’égide de l’AIE.

Aline Goupil-Raguénès

Le graphique de la semaine

Le graphique de la semaine

L’indice des « 7 magnifiques », qui regroupe les 7 plus grandes valeurs technologiques américaines, a enregistré jeudi sa plus forte baisse journalière (-4,8 %) depuis le choc lié à l’annonce des tarifs réciproques de Donald Trump, en avril 2025. Cela a fait suite à la publication des résultats d’Alphabet et de Tesla. Ceux d’Alphabet se sont révélés solides, notamment dans le Cloud, mais les investisseurs ont sanctionné le titre en raison de la révision en hausse des dépenses d’investissement prévues dans l’IA cette année (entre 195 et 205 Mds de $ contre 190 Mds précédemment annoncé). L’entreprise a également révélé des flux de trésorerie disponibles négatifs au 2ème trimestre et ceci pour la 1ère fois. Tesla a en revanche publié des résultats inférieurs aux attentes, annoncés de plus importants investissements à l’avenir et enregistré son premier flux de trésorerie négatif depuis 2 ans. Ces annonces ont conduit les investisseurs à s’interroger sur la rentabilité des investissements colossaux réalisés dans l’IA.

Le chiffre de la semaine

60

60 partenaires commerciaux des Etats-Unis se voient imposer des tarifs douaniers supplémentaires de 10 à 12,5 %. Ils remplacent les tarifs provisoires de 10 % qui avaient été adoptés après le rejet de la Cour Suprême américaine des tarifs réciproques.

La revue des marchés : Le Brent à 100 $ et craintes sur la rentabilité des investissements dans l’IA

  • Moyen Orient : les Houthis frappent 2 navires saoudiens en Mer Rouge – Brent au-dessus des 100 $ jeudi ;
  • BCE : statu quo comme attendu et porte ouverte vers une hausse des taux en septembre ;
  • Obligations : fortes tensions sur les taux avec la remontée du prix du pétrole, avant une détente vendredi ;
  • Actions : craintes sur la rentabilité à venir des investissements colossaux réalisés dans l’IA.

Brent au-dessus des 100 $ et craintes sur la rentabilité des investissements dans l’IA

Les tensions au Moyen Orient se sont accentuées la semaine dernière avec les frappes des Houthis sur 2 pétroliers saoudiens transitant en mer Rouge. En représailles, Donald Trump a menacé l’Iran et les Houthis d’une attaque massive. Les prix de l’énergie se sont donc envolés, générant de fortes tensions sur les taux obligataires, avant une détente vendredi. Les marchés actions ont été affectés par les craintes sur la rentabilité des investissements colossaux réalisés dans l’IA. 

Alors que les Etats-Unis et l’Iran poursuivaient leurs frappes, les Houthis ont déclaré l’instauration d’un blocus maritime sur les ports saoudiens situés en mer Rouge. Ils sont passés à l’action en ciblant 2 pétroliers saoudiens jeudi matin. En représailles, Donald Trump a menacé l’Iran et les Houthis d’une attaque militaire massive, ce qui a généré une forte hausse des prix de l’énergie. Le prix du Brent a franchi le seuil des 100 $ jeudi, avant de se modérer un peu vendredi en raison de l’absence de nouvelles frappes. Le prix du gaz naturel en Europe a atteint un plus haut depuis janvier 2023, à près de 64 €/MWh. Les investisseurs ont ainsi revu à la hausse leurs anticipations d’inflation et de relèvement de taux directeurs des banques centrales. Cela s’est traduit par de fortes tensions sur les marchés obligataires, avant une détente vendredi. Les taux américains ont rattrapé leur retard vis-à-vis des taux européens en progressant de 13 pb sur la semaine pour le taux 10 ans et atteindre, jeudi, un plus haut depuis janvier 2025, à 4,70 %. Le taux 10 ans allemand a progressé de 5 pb sur la semaine, après 6 pb la semaine précédente, pour clôturer, jeudi, à un plus haut depuis 2011, à 3,20 %. Le taux 10 ans français a atteint jeudi un plus haut depuis 2008, à 4,02 %. Dans cet environnement risk-off, les spreads souverains euros se sont légèrement écartés jeudi avant d’effacer ce mouvement en fin de semaine. Comme attendu, la BCE a laissé ses taux inchangés et laissé la porte ouverte à un relèvement au mois de septembre.

Au niveau des statistiques, l’amélioration des indices PMI en zone euro et aux Etats-Unis en juillet doit être relativisée puisqu’elle ne prend pas en compte la récente remontée des prix de l’énergie. Les tarifs douaniers américains sont revenus sur le devant de la scène. Après les avoir relevés de 25 % sur certains produits brésiliens, les Etats-Unis ont annoncé des tarifs supplémentaires de 50 % sur 20 Mds de $ de produits canadiens à partir du 19 août. Des droits de douane de 10 à 12,5 % ont été imposés sur 60 partenaires commerciaux en raison d’une lutte jugée insuffisante sur le recours au travail forcé dans la fabrication des produits importés. Ces droits de douane remplacent les tarifs provisoires de 10 % qui avaient été adoptés après le rejet de la Cour Suprême américaine des tarifs réciproques. Enfin, après l’amende infligée par l’UE à Google, D. Trump menace l’UE de tarifs supplémentaires. Les spreads de crédit IG en Europe sont restés stables mais se sont écartés de 5 pb pour le HY. L’indice S&P 500 s’est inscrit en légère baisse (-0,6 %) alors que l’Eurostoxx 50 a progressé (de 0,8 %). L’indice des » 7 magnifiques » a enregistré sont plus fort recul depuis le choc lié à l’annonce des tarifs réciproques.

Aline Goupil-Raguénès

Marchés financiers

Marchés financiers
  • Axel Botte
    Axel Botte

    Directeur stratégie marchés

  • Aline Goupil-Raguénès
    Aline Goupil-Raguénès

    Stratégiste pays développés

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