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La crise italienne et la rechute de l’activité pèsent sur les marchés européens au contraire des Etats-Unis, où le S&P marque de nouveaux records.

La thématique de reflation demeure une tendance de fond sur les marchés. L’investiture de Joe Biden et les propositions budgétaires chiffrées à 1900 Mds $ ont ravivé les anticipations de reprise, voire d’inflation en 2021. Dans ce contexte, les autorités monétaires se montrent plus optimistes. La BCE laisse entendre que l’enveloppe du PEPP serait revue de façon symétrique en fonction de la conjoncture. La Banque du Canada tient un discours similaire soulignant que les 4 Mds CAD d’achats hebdomadaires constituent un fort soutien à l’activité. En Norvège, la Norges Bank prévoit une hausse des taux l’an prochain. La RBNZ prend acte de la hausse des prix du logement consécutive à l’allègement monétaire.

Christine Lagarde répond aussi aux spéculations sur l’objectif réel de la politique monétaire. La BCE viserait, selon certains observateurs, à encadrer les spreads. Or, la BCE ne veut sans doute pas apparaître comme l’institution régissant les marchés au jour le jour alors que la politique italienne se rappelle aux bons souvenirs des intervenants. Giuseppe Conte a certes gardé la confiance des deux chambres du Parlement et un plan budgétaire de 32 Mds € a bien été voté mercredi mais la fragilité de la coalition, éventuellement recomposée pour inclure Forza Italia, pourrait aboutir à des élections anticipées. La BCE conserve, quoi qu’il en soit, une présence considérable sur les marchés. Elle achètera environ 360 Mds € de plus que les émissions nettes d’emprunts d’états prévues cette année. La BCE accentuera sans délai son action si la rechute de l’économie de la zone euro, lisible dans les enquêtes de janvier, entraine une dégradation palpable des conditions financières. Le retournement des services préfigure en effet une contraction du PIB au premier trimestre. Ainsi, la BCE cherchera à amortir la volatilité induite par une reprise heurtée et des conditions de crédit bancaire moins favorables.

Aux États-Unis, la nomination de Janet Yellen comme Secrétaire du Trésor est l’occasion de rappeler la nécessité d’une politique budgétaire volontariste. L’étroitesse de la majorité démocrate et le processus budgétaire complexe rendront difficile l’adoption totale du plan de 1 900 Mds $. Cela étant, la situation économique est bien meilleure aux États-Unis qu’en zone euro. Les enquêtes indiquent une croissance forte et la faiblesse de l’emploi concerne uniquement les secteurs frappés par les mesures sanitaires. La construction immobilière connait une embellie jamais vue depuis le milieu des années 2000. Elle pose la question des achats de MBS de la Fed (40 Mds $ par mois) mais il est sans doute trop tôt pour infléchir le discours actuel d’autant que déficit fédéral additionnel va devoir être financé.

Sur les marchés de taux, l’accumulation de positions spéculatives acheteuses après l’adjudication de 10 ans de début janvier dessiner une résistance sur le rendement à 10 ans autour d’1,15 %. Cela étant, il reste beaucoup de positions vendeuses à combler sur les maturités intermédiaires sur le 5 ans, de sorte que la tendance à la pentification du 5-10 ans devrait se poursuivre. L’émission de TIPS a rencontré une demande solide confirmant les flux acheteurs observés depuis la remontée du pétrole en fin d’année. La maitrise de l’offre de l’OPEP à court terme soutient les points morts. Le swap d’inflation à 10 ans ressort à 2,30 %. En zone euro, les propos de Christine Lagarde a donné lieu à des flux vendeurs de Bund. Le 10 ans se dégradait de 3bp jeudi dans un mouvement de pentification globale de la courbe, qui suscitera finalement des intérêts finaux acheteurs. La clôture hebdomadaire sur le 10 ans se situe à - 0,51 %. La France a placé un emprunt à 50 ans attirant une demande inédite de 75 Mds €. Le BTP italien a subi les aléas politiques accentués par quelques ventes spéculatives. En clôture hebdomadaire, le BTP à 10 ans (avril 31) cotait 0,75 %, l’agence Moody’s semblant s’inquiéter de l’utilisation des fonds européens en Italie. La hausse des spreads italiens engendre une pression haussière sur les dettes ibériques. Par ailleurs, la Grèce a placé 2 Mds € de 30 ans auprès de deux banques locales cherchant probablement du collatéral à poster à la BCE. Cette opération n’affectera pas le plan de financement annuel selon l’agence grecque.

Sur les marchés du crédit, les spreads affichent une grande stabilité sur l’investment grade à 90pb contre la référence allemande. Le primaire (11 Mds €) reste dominé par les emprunts du secteur non-financier. La présence de la BCE, très active sur le marché primaire, combinée à la demande des investisseurs finaux maintient les primes à l’émission proches de 0 pb. Les émissions de dettes financières (en particulier subordonnées) sont rares et le marché s’anime autour des secteurs cycliques (transport aérien, foncières). Le high yield était mieux orienté avec un resserrement hebdomadaire de 11 pb à 349 pb. Quant aux actions, le S&P (+ 1,5 %) marquent des records historiques tirés par la performance des FANG (+ 6,3 %). Sectoriellement, le secteur de l’énergie subissait une décote attribuable aux rumeurs d’interdiction de la fracturation utilisée dans le pétrole de schiste aux États-Unis. L’Europe est en recul en raison des perspectives de reconfinement. Les valeurs sensibles à la réouverture des économies chutent de 3 %. Les bancaires terminaient sur une note négative également. Les résultats sont pourtant nettement supérieurs aux attentes. L’exposition à la Chine et la thématique de digitalisation restent des paris gagnants sur les marchés boursiers. La forte demande actuelle de semi-conducteurs bénéficie largement au secteur.

Marchés financiers

  • Axel Botte

    Axel Botte

    Stratégiste international

MyStratWeekly : Analyse et stratégie des marchés

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