Le magazine expert d’Ostrum AM

La politique économique expansionniste a ramené les indices actions mondiaux vers de nouveaux sommets. Il s’agit désormais de consolider la reprise naissante, grâce au vaccin, en évitant les premiers obstacles politiques aux Etats-Unis.

L’année 2020 a été le théâtre de bouleversements majeurs pour nos économies. Le coût humain de la Covid est considérable avec plus d’1,8mn de morts dans le monde. La pandémie a précipité les mutations de l’économie. La digitalisation de l’économie s’est accélérée. Elle révèle aussi la fragilité des économies de services lorsque les transports sont à l’arrêt.
L’année 2020 s’est néanmoins achevée sur une note d’espoir. Un accord a été conclu entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne mettant un terme à quatre ans et demi d’incertitude. Si l’accord laisse de nombreuses zones d’ombre, le retour de tarifs douaniers et de quotas dans le commerce de biens a été évité. La sortie de l’UE du RU implique néanmoins des réglementations différentes et des coûts de friction non négligeables. La situation du secteur financier doit être clarifiée. Les chambres de compensation sises au Royaume-Uni continueront d’être utilisées à l’horizon de 18 mois mais les sociétés financières britanniques ne pourront plus proposer leurs services dans les pays de l’UE, sauf en cas d’équivalences délivrées au cas par cas. Parallèlement, des accords de libre-échange majeurs, bilatéraux (UE-Japon) ou multilatéraux (RCEP), ont été signés en 2020. Ils interviennent après quatre années de conflits commerciaux initiés par l’Administration Trump. Aux Etats-Unis, l’alternance politique s’opère dans la douleur. La transition offre néanmoins de nouvelles perspectives pour la lutte contre le changement climatique et la réaffirmation d’un monde multipolaire. Toutefois, les élections sénatoriales de Géorgie seront déterminantes pour juger de la capacité d’action de l’Administration Biden. Le scrutin intervient certes après un accord budgétaire de 900mds $ négocié en décembre mais l’opposition du sénat à majorité républicaine à une augmentation des transferts aux ménages préfigure déjà les batailles partisanes de 2021 autour notamment du plafond de la dette fédérale. Le profil de la croissance en début d’année restera heurté et requerra le maintien de politiques économiques expansionnistes. La pérennité de la reprise dans les secteurs les plus sinistrés, en premier lieu celui des transports, dépendra étroitement du succès des campagnes de vaccination mises en œuvre.

Les performances financières de 2020 sont à l’inverse de la récession mondiale. Le risque a payé sous l’effet des injections massives de liquidités par les Banques Centrales.

Les autorités monétaires ont vu leurs bilans exploser. La BCE a accentué ses achats d’actifs et prêté des montants gigantesques aux banques. Aux Etats-Unis, la Fed a rapidement abaissé ses taux d’intérêt à 0 % et étendu son soutien à l’ensemble des marchés de taux et de crédit. Les programmes de QE se sont généralisé y compris dans les pays émergents.

Sur les marchés d’actions, les rotations sectorielles ont largement favorisé la consommation en ligne et la technologie, grande gagnante du recours au travail à distance. L’indice FANG des stars technologiques de la cote a doublé en 2020 tirant les indices à la hausse. La forte concentration de la performance des actions pourrait s’avérer source de fragilités à l’avenir. A l’opposé, les secteurs liés au transport et aux loisirs ont plongé au printemps entrainant un effondrement de la demande de pétrole. Au pire de la panique, le prix de l’or noir était même devenu négatif en raison de l’excès d’offre provoqué par l’absence de concertation initiale entre les pays producteurs. La discipline est revenue de sorte que le baril de Brent termine l’année autour des 52$. L’énergie est néanmoins le secteur le plus pénalisé en 2020 avec les banques européennes. Les restrictions sur les versements de dividendes et les taux bas pèsent sur les cours bancaires. La consolidation du secteur est cependant en marche, notamment en Espagne. Notons que les indices européens débutent 2020 sur une note très favorable.

Sur les marchés obligataires, l’omniprésence de la BCE a contribué à un aplatissement de la courbe des taux en zone euro. Le 30 ans allemand a perdu 51pb en 2020 clôturant l’année en territoire négatif (-0,16 %). Le PEPP a fortement comprimé les spreads souverains de sorte que l’emprunt italien à 10 ans s’échange autour de 115pb. Les spreads souverains n’ont probablement plus de sens économique mais les perspectives monétaires nous incitent à anticiper la poursuite du resserrement. Nous serons attentifs aux syndications de janvier, qui devrait débuter par une première transaction en Irlande.
Le marché du crédit s’est également renchéri malgré des flux finaux en retrait au 4ème trimestre. Le spread IG en euros (92pb) a retrouvé ses niveaux de début 2020 malgré des émissions colossales au plus fort de la crise. L’action de la BCE accentue la recherche de rendement et incite les investisseurs à surpondérer le high yield. La compression est une tendance lourde. Les signatures BB n’offrent pourtant guère plus de 2 % mais la trésorerie des entreprises et l’anticipation d’une reprise cyclique semblent, à ce stade, écarter les scénarios les plus défavorables. Enfin, la chute du dollar se confirme. La défiance envers le billet vert explique en grande partie la ruée vers les alternatives digitales (Bitcoin) ou la relique barbare. Le Bitcoin a quadruplé cette année et l’or a gagné 24 % en 2020.

 

 

  • Axel Botte

    Axel Botte

    Stratégiste international

MyStratWeekly : Analyse et stratégie des marchés

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