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REGARDS CROISÉS : UNE QUESTION, TROIS EXPERTS

À l'occasion de la Journée Mondiale de la Santé, Stéphanie Faibis, responsable gestion assurantielle actions, Marie-France Vecten, analyste crédit secteur Santé, et Nathalie Beauvir-Rodes, analyste obligations durables, analysent l'incidence de la crise sanitaire liée à la pandémie sur le secteur de la santé et ses acteurs.

Un nouvel enjeu économique

Oui, la crise du Covid a ajouté une nouvelle dimension : le dérapage des dettes publiques.
Les systèmes de santé ont toujours été perçus comme un marqueur de développement des États, traduisant leur capacité financière à offrir un système de soins de qualité à leur population.
La crise Covid a ajouté une nouvelle dimension : ainsi la santé est devenue un enjeu économique. La souveraineté des États/zones économiques sur la production de médicaments est apparue comme une nécessité, tout comme le fait pour un pays de disposer d’infrastructures hospitalières de qualité, et d’un personnel soignant en nombre suffisant.
Le coût pour un État d’un système de santé défaillant a des conséquences sur sa dette et peut brider sa croissance en endettant les futures générations. Nous pensons que les investissements d’infrastructures sont un vecteur particulièrement attractif sur les marchés actions de la zone euro.
Une politique de prévention et un diagnostic rapide, précis et efficace restent un des moyens les plus probants de contrôler et contenir les dépenses de santé, en particulier en augmentant les moyens à disposition des soignants.
D’autre part, ces équipements coûteux qui embarquent des technologies de pointe génèrent des revenus récurrents par leur service après vente. Nous sommes ainsi positifs dans une optique moyen terme sur des sociétés qui fournissent de l’équipement médical : analyse, imagerie médicale, radiologie.

  • Stéphanie Faibis

    Stéphanie Faibis

    Responsable gestion assurantielle actions

Des profils financiers résilients

Du point de vue de l’analyse fondamentale, la réponse est non.
Les acteurs de la santé, en particulier les gros laboratoires pharmaceutiques, restent des sociétés très solides avec des profils financiers résilients.
Cette robustesse n’a pas été ébranlée par la crise sanitaire, mais elle a mis au jour, dans une industrie mondialisée, leur dépendance – et la nôtre – à certains gros fournisseurs asiatiques d’ingrédients actifs pas très sophistiqués, mais essentiels au quotidien.
En revanche, en ce qui concerne l’ESG, le secteur a révélé à quel point il était un pilier pour nos sociétés et nos gouvernements qui ont dû s’appuyer sur ses capacités :

  • d’adaptation face aux défis logistiques liés à la pandémie et à la production massive de vaccins ;
  • de coopération entre laboratoires pour la recherche, mais aussi la production ;
  • d’innovation en permettant la mise à disposition rapide de solutions thérapeutiques fiables.

Les vaccins contre le Covid-19, produits en un temps record, vendus à prix coûtant à des populations n’ayant pas toujours accès aux soins, sont une illustration concrète qu’il est possible de proposer rapidement des médicaments accessibles au plus grand nombre.

  • Marie-France Vecten

    Marie-France Vecten

    Analyse crédit secteur Santé

Un secteur de la santé plus inclusif

La crise économique et sanitaire engendrée par l’épidémie de Covid a été un catalyseur du marché des social bonds. Les émissions ont été multiplié par 8 en 2020 pour atteindre 160 Mds €. Si les enjeux liés à la santé représentent une catégorie de projets importante, peu d’émetteurs du secteur en ont profité pour entrer sur ce marché. En 2020, Pfizer a émis une obligation durable de 1,25 Mds $, visant à financer un accès plus inclusif à certains de ses médicaments et la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. En 2021, Orpea a réalisé une émission de 300 M €  visant à financer des maisons de retraite et autres établissements de soins.
Le marché des financements durables est un marché en développement qui innove. De nouveaux formats d’émission, tels les « sustainability-linked bonds » (SLB), pourraient s’avérer plus adaptés au secteur de la santé, en liant la structuration des obligations à des objectifs en lien avec l’ODD 3 « Santé et bien-être  »*. Novartis a ainsi émis un SLB de 1,85 Mds € dont le niveau de coupon dépend de l’atteinte d’objectifs liés à son programme « 2025 Patient Access ».
En tant qu’investisseur, ces instruments nous permettent de promouvoir un secteur de la santé plus inclusif. De plus en plus de groupes ont des « stratégies d’accès » de leurs médicaments aux populations défavorisées. Toutefois, la distribution inégale des vaccins contre la Covid illustre les nombreux obstacles qu’il reste encore à franchir.

* ODD : Objectifs de Développement Durable de l’ONU

  • Nathalie Beauvir Rodes

    Nathalie Beauvir Rodes

    Analyste obligations durables