L'Allemagne et les USA au cœur de l'actualité

La première question posée cette semaine est celle résultant de la décision de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne. Celle-ci s'interroge sur les moyens mis en œuvre par la BCE pour satisfaire l'atteinte de son objectif de stabilité des prix.

Le montant des achats d'actifs par la Banque centrale n'était il pas excessif ?

La cour allemande attend dans les trois mois les réponses et justifications de la BCE. Elle pourrait interdire à la Bundesbank, la Banque centrale allemande, de participer aux opérations d'achats d'actifs (hors le fond spécifique sur la pandémie qui n'était pas évoqué dans le jugement). Si cela était le cas, la zone euro cesserait de fonctionner normalement et, pour sûr, d'autres pays suivraient le chemin tracé outre-Rhin. La Cour constitutionnelle a un poids politique considérable et sa décision pourrait avoir une incidence au-delà des questions monétaires et bancaires. C'est en cela qu'elle est importante et c'est pour cela que la Commission européenne, la BCE, ou encore le gouvernement allemand se mobilisent pour indiquer que ce que fait la BCE avait été validé par la Cour européenne de Justice dont les avis prévalent sur les juridictions nationales. Cette situation est un peu absurde, car l'Allemagne avait demandé l'indépendance de la BCE comme condition nécessaire à la création de la zone euro mais s'oppose, par la voix de la Cour constitutionnelle, à son intervention. Angela Merkel est dans une situation difficile, car l'Allemagne a besoin de la zone euro et de l'intervention de la BCE, mais elle peut difficilement déjuger la Cour constitutionnelle.
L'autre fait marquant est la situation de l'économie américaine. Le 8 mai était publié le rapport sur l'emploi du mois d'avril. Il indique une perte de 20,5 millions d'emplois et un taux de chômage qui progresse de plus de 10 % sur le mois. Jamais dans l'histoire américaine, même en 1929, un tel mouvement n'avait été observé. Depuis la mi-mars, les indicateurs hebdomadaires du marché du travail indiquaient une forte dégradation de l'emploi. Le chiffre mensuel d'avril valide ces évolutions. Cela aurait pu être plus marqué, puisqu'une erreur de retranscription a sous-évalué le taux de chômage de près de 5 %. Il serait ainsi plus près de 20 %. Autre point sur l'économie d'outre-Atlantique, le déficit public a été de 738 milliards de dollars en avril, soit un déficit représentant sur ce seul mois 3,5 % du PIB. Sur l'ensemble de l'année, le déficit public pourrait être voisin de 20 % du PIB, une situation jamais observée hors des périodes de guerre. Pour financer ce déficit l'État américain va émettre 3 000 milliards de bons et obligations du Trésor au cours du 2e trimestre 2020. Sur l'année, le chiffre pourrait être proche de 5 000 milliards. Ces déséquilibres américains suggèrent que la crise ne se résoudra pas spontanément.
L'histoire n'est pas centrée que sur les USA, car au premier trimestre, selon l'Insee, la France aurait perdu 453 000 emplois? réduisant à néant les efforts faits depuis 2017. Ce phénomène va s'accentuer au cours des prochains mois? en raison de la récession qui sera plus marquée au deuxième trimestre, et puis par la fin du programme sur le chômage partiel consubstantielle à la sortie du confinement.


Philippe WAECHTER
Chef Économiste
Ostrum Asset Management