Le magazine expert d’Ostrum AM

La synchronisation de l’économie mondiale est moindre en 2018, un peu en contrepied de ce qui s’était passé l’année précédente.

Cette plus grande hétérogénéité se retrouve dans l’allure moins rapide du commerce mondial. À la progression de 4,5 % en moyenne en 2017 a succédé une hausse de 3,1 % jusqu’à présent en 2018. Le commerce mondial ne joue plus le rôle d’impulsion qu’il a pu avoir tout au long de 2017. Cela implique une plus grande dépendance aux orientations internes de la politique économique.

Avec les politiques mises en œuvre par la Maison Blanche, la dynamique interne américaine va continuer de porter la croissance sur les 6 à 12 mois à venir. La politique budgétaire très accommodante soutient la demande domestique et la politique commerciale concentre cette hausse de la demande sur les entreprises américaines. Cette politique, qui arrive au moment où l’économie est au plein emploi, oblige la Federal Reserve à adopter une stratégie plus restrictive afin d’éviter l’apparition de déséquilibres importants notamment du côté de l’inflation. C’est pour contenir ces déséquilibres que la banque centrale continuera aussi en 2019. Elle préfèrera peser un peu sur l’activité, qui progresse à un rythme supérieur à son potentiel, plutôt que de voir apparaitre des déséquilibres difficiles à gérer dans la durée. Le durcissement de la politique monétaire va envoyer un signal d’aplatissement de la courbe des taux de rendements créant, par une politique monétaire plus restrictive, les conditions pour un tassement de l’activité (depuis l’après seconde guerre mondiale, tout passage en territoire négatif de l’écart 10 ans moins 2 ans). Cette inflexion que nous imaginons limitée passera notamment par l’immobilier.
 

Pas de baisse du dollar en vue

En Chine, une politique plus restrictive a succédé à la stratégie très accommodante observée l’année précédente. La politique de pilotage ciblé de la croissance est efficace mais n’engendre plus d’accélération forte et durable de la croissance. Ce que l’on note est que la Chine n’a plus l’impact qui était le sien et son emprise sur la croissance mondiale est moins forte.

En zone euro, la croissance sera plus faible en 2018 qu’en 2017 et le processus ne s’inversera pas en 2019. Après un pic à la fin 2017 l’expansion se cale sur une trajectoire convergeant vers son potentiel. Cela ne doit pas, ne peut pas être une incitation pour la BCE de durcir le ton très rapidement, d’autant que les anticipations d’inflation sont stables. S’il n’y a pas d’impulsion du reste du monde, il faut que le mouvement ait une source domestique. Or le policy-mix est modérément accommodant. Il l’est peu sur le plan budgétaire mais l’est encore sur le plan monétaire. Ce n’est pas assez pour contrebalancer la tendance à converger la croissance potentielle.

Cet équilibre global et les politiques monétaires qui s’y attachent font le lit d’un dollar qui restera fort et qui pourrait se renforcer. Cela se ferait au grand dam des pays émergents qui souffrent depuis avril dernier de la remontée du billet vert, notamment ceux très endettés en dollar (Turquie, Argentine, Afrique du sud).
 

Des risques demeurent sur la dynamique globale

Le premier risque est le maintien d’un biais haussier sur le prix du pétrole. Depuis le début de l’année, le prix de l’or noir est plus élevé conséquence d’une demande plus importante. Cependant depuis le printemps les sanctions américaines, notamment sur l’Iran, poussent le prix à la hausse, les pays producteurs ne voulant pas contrebalancer le manque résultant de la réduction de production en Iran. Cela a tiré le prix du baril de Brent au-delà de 80 dollars. L’attitude des producteurs pourrait créer un biais haussier en dépit d’une production américaine record. Cela pénaliserait alors le pouvoir d’achat dans l’ensemble des pays occidentaux.

Le deuxième risque est celui d’un échec des négociations sur le Brexit. Un accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne doit intervenir dans les deux prochains mois pour que la séparation se passe dans de bonnes conditions. Cela parait de moins en moins probable.

L’équation américaine pourrait changer après le 6 novembre, date des élections de midterm. Une défaite pour les républicains pourrait remettre en cause le scénario évoqué plus haut, notamment sur la hausse du dollar. Donald Trump perdrait sa capacité à être relayé par le Congrès et à peser sur le monde.

Le quatrième risque est italien et dans l’orientation de son budget.

Le cinquième risque est lié à la guerre commerciale initiée par la Maison Blanche. Pour l’instant elle pèse un peu sur le commerce mondial et commence à affecter les américains car pour l’instant ce sont les entreprises et les ménages qui paient le prix fort.