Le magazine expert d’Ostrum AM

L'élément clé de la semaine est l'accord entre la France et l'Allemagne sur un plan de relance de 500 Mds d'euros. S'il est validé à l'échelle des européens, ce sera un changement majeur dans le fonctionnement de l'Union Européenne. La Commission Européenne émettrait de la dette à la hauteur du montant du plan puis le capital récolté serait redistribué, sous forme de subventions, entre les pays européens en fonction des besoins en liaison avec les effets de la pandémie.

Le mécanisme est innovant car pour la première fois, la commission émettrait des obligations européennes. Elles ne refléteraient pas la situation ni le crédit d'un pays européen particulier mais de l'ensemble de l'Union Européenne. Un tel actif renforcerait profondément la solidarité entre les membres de l'Union. C'est en cela que l'accord est majeur. Un fond européen serait créé pour accueillir ces capitaux, donnant ainsi à l'Union Européenne une capacité d'intervention qui n'existait pas jusqu'à lors. Evidemment, cet accord franco-allemand devra être discuté avec les autres membres de l'Union et il est probable que cela sera complexe car chacun voudra une part plus importante que celle qui est la sienne au regard de la pandémie. Mais c'est une étape importante que de voir l'Allemagne accepter une telle situation. On ne peut écarter que cet accord à bénéficier du jugement de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe qui pouvait être perçu comme jetant une ombre sur le choix européen de l'Allemagne. Angela Merkel affirme haut et fort sa volonté de construire l'Europe et d'écarter tout retour en arrière. 


Un plan de relance de ce type est nécessaire car dans cette crise, l'ensemble des pays du monde est affaibli. Aucun ne peut avoir le rôle de leader capable de créer une impulsion suffisamment forte pour tirer le monde vers le haut. Les Etats-Unis ont longtemps eu ce rôle mais après 20.5 millions d'emplois supprimés en avril, ils pansent leurs plaies et s'occupent de leurs propres maux. Ce n'est pas pour déplaire au locataire de la Maison Blanche que de ne pas avoir à intervenir sur la scène internationale La Chine qui avait tenu un rôle essentiel en 2009/2010 pour sortir le monde de l'ornière n'est plus non plus capable d'avoir ce rôle de locomotive. 


Dès lors l'Europe doit puiser en elle-même les moyens d'infléchir sa propre dynamique. C'est en cela que le plan est utile. On ne peut plus attendre que le monde aille mieux pour aller bien. Le monde est désormais davantage polarisé et est moins coopératif que lors de la crise de 2008. Les recettes ne peuvent pas être identiques. Si l'Europe se donne les moyens d'être plus autonome alors on peut espérer que dans le futur elle sera un partenaire efficace dans les discussions avec les USA et la Chine. C'est aussi pour cela que cette étape est essentielle.
 

 

Philippe Waechter - Chef Economiste