Le magazine expert d’Ostrum AM

Le dernier trimestre 2019 a vu éclater des tensions sociales dans de nombreux pays émergents : Liban, Égypte, Iraq, Soudan, Ouganda, Chili, Equateur, Pérou…

Le point commun à toutes ces contestations est la hausse des prix.

En Équateur, les manifestants réclament la restauration des subventions à l’essence. Au Liban , les manifestants protestent contre la hausse du coût de la vie, mais c’est la nouvelle taxe sur l’utilisation de l’application gratuite WhatsApp, qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est la même chose en Ouganda où une taxe sur Facebook a été aussi la goutte d’eau. Au Soudan, le thème de la contestation est la fin des subventions à l’alimentaire et à l’essence. Au Chili, les manifestants protestent contre la hausse du prix du ticket de métro.

Cela reflète aussi une hausse des inégalités dans ces pays en dépit de leur forte croissance économique sur les 20 dernières années.

Le pays qui fait le plus parler de lui est le Chili, qui longtemps a été vu comme un modèle de stabilité parmi les pays émergents.

Si le pays bénéficie d’un taux de croissance honorable, les inégalités se sont fortement creusées. L’Amérique Latine est la région qui a les plus fortes inégalités dans le monde. Le Chili est le champion des inégalités avec le Brésil dans la région.

De 2000 à 2012, les pays d’Amérique Latine ont connu un boom économique lié à la hausse des prix des matières premières tirée par la forte demande chinoise. Le Chili étant un grand producteur de cuivre en a bénéficié ce qui lui a permis de réduire la pauvreté.

Le graphique ci-dessous montre la variation annuelle du coefficient de Gini, mesure des inégalités, sur les deux périodes 2002-2012 et 2013-2017. Un coefficient = 0 signifie égalité parfaite et un coefficient = 1 signifie une inégalité maximale. Sur la période 2002-2012, les inégalités se sont réduites rapidement dans l’ensemble des pays. À partir de 2013, l’amélioration des inégalités a nettement ralenti.
Variations annuelles du coefficient Gini

La réduction de la pauvreté ne veut pas dire réduction des inégalités, car cela nécessite une politique de redistribution. D’autre part, la politique budgétaire dans les pays d’Amérique Latine n’a pas aidé à la réduction des inégalités, car elle consistait plus en des taxes régressives sur la consommation qu’à des impôts sur le revenu plus progressifs.

À noter que ce n’est pas une hausse des salaires qui est demandée par tous ces manifestants à travers le monde. En France, le détonateur du mouvement des gilets jaunes était aussi la hausse des prix de l’essence.

La hausse des prix porte sur les biens de première nécessité qui permettent de vivre dignement. L’émergence de ces tensions sociales reflète le creusement des inégalités qui conduisent à l’instabilité politique et sociale dans de nombreux pays, notamment dans les pays émergents. Elles nous rappellent aussi que le risque politique existe toujours dans les pays émergents.