Le magazine expert d’Ostrum AM

S’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur l’impact de ce nouveau virus, Omicron, sur les marchés émergents, on peut déjà mettre en évidence plusieurs points.

1/ Le sentiment des investisseurs sur les marchés émergents a changé brutalement, passant des craintes sur l’impact de la normalisation de la politique monétaire de la Fed à la résurgence du risque sanitaire.

  • Cela s’est traduit par une forte volatilité sur les marchés émergents. Les primes de risque ont augmenté, à l’image du spread EMBIGD qui s’est élargi de plus de 40 pb sur la semaine pour atteindre plus de 390 pb, soit les niveaux de novembre 2020, en lien avec la hausse des primes de risque des pays à « forts rendements » (+ 48 pb) par rapport aux pays dits à « qualité élevée » (+ 18 pb).
  • L’Asie garde son rôle de valeur défensive, à l’image de la performance de son indice (graphe ci-dessous). Le Moyen Orient et l’Amérique Latine ont été impactés par la baisse récente des cours du pétrole, liée aux craintes sur le nouveau virus.

Perfs indices JPM EMBIGD par regions (base 100)

  • L’apparition d’un nouveau virus implique que la crise sanitaire n’est pas terminée, ce qui devrait se traduire par une nouvelle normalité sur les marchés émergents, c’est-à-dire un re-pricing du risque, notamment pour les pays fragilisés. Nous privilégions les pays à fondamentaux solides.

Ecart EMBIGD par regions (base 100)

2/ L’Afrique a été la plus impactée, reflétant sa vulnérabilité élevée.

  • La Covid-19 est une force déstabilisatrice pour le continent, car elle a exacerbé les vulnérabilités préexistantes, augmentant significativement le risque d’instabilité politique. La hausse des prix alimentaires et les risques climatiques sont également des facteurs aggravants. Cela se reflète sur les marchés financiers.
  • Le profil crédit des pays africains s’est le plus détérioré, à l’image de la performance de l’indice EMBIGD de la région de -  7 % depuis 3 mois, la pire performance, et qui explique celle de l’indice EMBIGD de - 3,61 %. Le spread EMBIGD Afrique s’est élargi de 124 pb sur la même période, contre 40 pb pour l’indice EMBIGD. Ce sont les pays dont la gouvernance s’est le plus dégradée, comme la Tunisie et l’Éthiopie, qui enregistrent les plus fortes hausses des primes de risque au-delà des 1 000 pb. Nous privilégions les pays à gouvernance stable au détriment des pays importateurs nets de produits agricoles.

3/ Le yuan reste imperturbable.

  • La devise chinoise garde son calme dans la tempête, et s’est même appréciée face au billet vert. L’indice CFETS, qui représente le yuan par rapport à un panier de devises des partenaires commerciaux, est au plus haut depuis sa création en novembre 2015. Cela reflète la tolérance des autorités chinoises sur l’appréciation de leur monnaie, mais aussi la solidité des fondamentaux du pays.

  • La Chine n’échappera pas au nouveau virus, mais son impact devrait être plus prononcé sur l’inflation que sur sa croissance. Le risque est une distorsion des chaînes d’approvisionnement qui maintiendrait élevées les pressions inflationnistes. Les risques sur la croissance chinoise sont ailleurs : immobilier et secteurs énergétiques domestiques. Afin d’éviter de prendre un risque supplémentaire sur sa croissance, la PBoC a décidé aujourd’hui de baisser de 0,5 % ses taux de réserves obligatoires. Le yuan devrait toutefois bénéficier de cette situation. Les chaînes de production chinoises ont montré une résilience, malgré la résurgence de l’épidémie au cours de l’été dernier. Taïwan devrait également en bénéficier.

4/ La politique monétaire.

  • Les Banques centrales de nombreux pays émergents ont été contraintes de relever leurs taux directeurs, afin de contrer l’accélération de l’inflation. Cela a été particulièrement le cas de l’Amérique Latine qui garde un mauvais souvenir de ses périodes d’hyperinflation. Le manque de visibilité sur les perspectives budgétaires des pays et l’incertitude politique font que les Banques centrales de la région sont les garantes de la stabilité financière.
  • La résurgence du risque sanitaire limite la visibilité des Banques centrales émergentes et menace leurs perspectives économiques. Ceci peut mettre les Banques centrales face à un dilemme les poussant à choisir entre l’inflation et la croissance. Les Banques centrales d’Asie ont le plus de marges de manœuvre monétaires, car l’inflation reste loin des cibles des Banques centrales (sauf Philippines et Corée du Sud). Cependant, l’inconnue porte sur le nouveau virus et son impact économique sur les chaînes d’approvisionnement mondiales qui risque de créer des tensions inflationnistes persistantes avec un impact également sur l’Asie.
  • Le but de ces hausses de taux était aussi de protéger leurs devises d’un resserrement monétaire de la Fed. Les devises des pays émergents ont été sous pression, suite à l’apparition d’un nouveau virus, y compris les devises des pays dont les Banques centrales avaient relevé leurs taux.
  • La volatilité des devises émergentes a augmenté, à l’image de l’indice JPM de volatilité sur les devises émergentes qui a atteint un plus haut depuis avril. Le peso mexicain (- 4,62 %), le rand sud-africain (- 5 %) et le forint hongrois (- 3 %) font partie des devises émergentes qui enregistrent les pires performances du mois contre le billet vert, alors que leurs Banques centrales respectives avaient toutes relevé leurs taux en novembre.

Indice JPM volatilite FX EM

  • La Livre turque enregistre les plus mauvaises performances  (- 27 % sur le mois face au billet vert). L’interférence des gouvernements dans les décisions de politique monétaire devrait continuer à être sanctionnée par les investisseurs. D’autre part, les taux réels de nombreux pays restent négatifs, malgré les hausses de taux, ce qui limite également l’attrait pour les devises émergentes dans les stratégies de portage ; la hausse de la volatilité également. Les devises des pays émergents devraient rester sous pression, à l’exception de l’Asie où les taux réels restent attractifs en Indonésie (1,84 %) et Chine (2,85 %). Omicron ajoute un risque supplémentaire pour les marchés émergents déjà fragilisés par des vulnérabilités préexistantes.

Les taux d'interet reels restent negatifs

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents