Le magazine expert d’Ostrum AM

Après avoir nettement baissé en novembre, suite à l’instauration d’un nouveau confinement dans la plupart des pays de la zone euro, l’indice synthétique PMI/Markit a nettement rebondi en décembre avec l’assouplissement de certaines mesures de restriction dans différents pays et en France en particulier.

L’activité au sein de la zone euro a ainsi tendance à se stabiliser (indice proche, mais légèrement inférieur à 50 : à 49,6 pour l’indice synthétique recalculé), après s’être fortement contractée le mois précédent. L’indice revient ainsi sur le niveau du mois d’août. Sa moyenne sur 3 mois est inférieure à celle du troisième trimestre (48 contre 49,9) présageant une contraction du PIB de la zone euro au dernier trimestre qui sera d’une ampleur beaucoup plus réduite que celle enregistrée lors du premier confinement (au deuxième trimestre, la moyenne était de 34,4). L’indice PMI synthétique recalculé est la moyenne pondérée des indices synthétiques du secteur manufacturier et des services par la valeur ajoutée des deux secteurs. Un indice synthétique du secteur des services est préalablement calculé prenant en compte les composantes production, emploi, nouvelles affaires et travail en attente.

Zone euro : croissance trimetrielle PIB edt enquête PMI-Markit
Par secteur, l’activité s’accélère légèrement dans le secteur manufacturier pour progresser au rythme le plus élevé depuis mai 2018. Les composantes production, nouvelles commandes, emplois se sont notamment améliorées. Dans les services, l’indice synthétique a nettement rebondi pour révéler une contraction de l’activité à un rythme beaucoup plus réduit qu’en novembre. Cela se traduit par une quasi-stabilité (indice proche de 50) de l’indice concernant l’ensemble de l’économie.

Zone euro : indice synthétique d'activité PMI-Markit

Les nouvelles commandes globales se stabilisent après s’être nettement contractées le mois précédent. Il existe une forte divergence entre les deux secteurs dans la dynamique des nouvelles commandes étrangères. Celles-ci progressent à un rythme soutenu dans le secteur manufacturier, bénéficiant notamment d’une plus forte demande de la part de la Chine, selon les industriels allemands. Dans les services, les nouvelles commandes étrangères se contractent toujours fortement en raison des limitations de déplacement et du fort impact sur l’activité touristique.

Zone euro : indice des nouvelles commandes PMI-Markit

Zone euro : indice des nouvelles commandes étrangères PMI-Markit

Il est également à noter une forte hausse des délais de livraison dans le secteur manufacturier, l’une des plus élevée depuis la création de la série et de manière plus marquée en Allemagne (lorsque l’indicateur devient inférieur à 50, les délais de livraison s’allongent). Cela reflète des pénuries de plus en plus fréquentes de certaines matières premières, ce qui se traduit par des difficultés d’approvisionnement et une hausse des coûts des intrants (la plus élevée depuis 2 ans).

Zone euro : composante délais de livraison PMI-Markit

Par pays, l’activité progresse à un rythme un peu plus soutenu en Allemagne ; elle a tendance à se stabiliser en France, après un fort recul, et se contracte à un rythme plus modéré dans les autres pays.

Zone euro : composante production PMI-Markit

L’Allemagne continue de tirer le secteur manufacturier de la zone euro, la France est à la traîne par rapport aux autres pays.

Zone euro : indice synthétique d'activité PMI-Markit

Dans le secteur des services, le rebond de l’indice d’activité a été marqué sous l’impulsion de la France essentiellement (+ 10,3 points), suite à la réouverture des commerces non essentiels à partir du 28 octobre et, dans une moindre mesure, dans les pays de la zone euro hors France et Allemagne. L’activité dans les services se contracte à un rythme plus modéré partout. L’indice des nouvelles affaires a également nettement  rebondi.

Zone euro : indice d'activité des services PMI-Markit

La composante emploi s’est également améliorée pour revenir vers le seuil des 50 et présager une stabilisation prochaine de ce dernier. En décembre, l’emploi se contracte à son rythme le plus faible depuis le début de la crise sanitaire.

Zone ero : emploi et composante emploi de l'enquête PMI-Markit

Conclusion :
Après s’être nettement contractée en novembre en raison du reconfinement instauré dans la plupart des pays, l’activité au sein de la zone Euro a eu tendance à se stabiliser en décembre suite à l’assouplissement de certaines mesures de restriction dans différents pays, la France ayant notamment décidé de rouvrir les commerces non essentiels. Le rebond de l’indice PMI est ainsi essentiellement lié à celui du secteur des services, dont l’activité continue de se contracter à un rythme plus réduit et, dans une moindre mesure, à la progression un peu plus soutenue de l’activité du secteur manufacturier. L’enquête PMI/Markit présage ainsi une contraction du PIB de la zone euro au quatrième trimestre à un rythme beaucoup plus limité que celui enregistré au printemps dernier, lors du premier confinement. Cette enquête a été réalisée du 4 au 15 décembre et ne prend donc pas en compte le durcissement récent des mesures de restriction, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, face à la recrudescente de l’épidémie de Covid-19. L’Allemagne a notamment décidé de fermer les commerces non essentiels, ainsi que les écoles et les crèches pendant 4 semaines et les Pays-Bas pendant 5 semaines. Cela aura pour conséquence de peser davantage sur l’activité des services au cours des prochaines semaines et sur la croissance de la zone euro. Cette enquête justifie pleinement les mesures de soutien adoptées par les gouvernements et le plan de relance européen, ainsi que les récentes mesures de la BCE visant à permettre aux ménages, aux entreprises et aux États de bénéficier pendant plus longtemps de conditions de financement très avantageuses, afin de favoriser un renforcement de la demande interne.  

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management