Le magazine expert d’Ostrum AM

Accélération inquiétante des prix alimentaires

L’indice FAO des prix alimentaires a enregistré en novembre sa plus haute forte hausse mensuelle (+ 4 %) depuis juillet 2012, soit 6,5 % GA, et a atteint un plus haut depuis décembre 2014.

La hausse concerne toutes les denrées, notamment les céréales dont les prix ont augmenté de près de 20 % par rapport à novembre 2019.

L’accélération des prix alimentaires est inquiétante, car elle peut conduire rapidement à une catastrophe humanitaire, notamment dans les pays les plus pauvres .

Selon les Nations Unies, 270 millions de personnes dans le monde sont sur « la voie de la famine ».

La pandémie a éjecté des millions de personnes du marché du travail, y compris dans les pays développés, qui se retrouvent dans l’incapacité de se nourrir. Elle a également exacerbé et intensifié des conditions déjà fragiles causées par les conflits armés, les chocs climatiques comme les récents ouragans qui ont frappé l’Amérique Centrale, ainsi que les inondations en Afrique.

Comme si cela ne suffisait pas, le phénomène météorologique naturel El Nina a provoqué d’importantes distorsions dans l’industrie agricole mondiale, causant de la sécheresse dans certaines régions, alors que d’autres sont frappées par de fortes pluies, ce qui a pour effet de réduire la production et d’augmenter les prix des produits agricoles. Le fort appétit de la Chine qui reconstitue ses stocks, notamment en blé, orge et mais, explique également l’envolée des prix de céréales.
Ni le prétendu vaccin contre le Covid-19, ni les Banques centrales, qui peuvent imprimer des milliards de milliards de dollars, mais sont incapables d’imprimer de la nourriture, ne pourront empêcher cette crise humanitaire qui nous pend au nez.

Brésil : rebond de la croissance au troisième trimestre lié au programme d’aides sociales

La croissance brésilienne a rebondi au troisième trimestre de 7,7 % GT, soit - 3,9 % GA.


L’économie brésilienne retrouve son niveau de 2017, mais sur les neuf premiers mois de l’année l’activité reste en contraction de  - 5 % par rapport à la même période en 2019. L’économie brésilienne reste à - 7 % au-dessous de son pic de 2014. À noter que le confinement au Brésil n’a pas duré longtemps et a été le moins contraignant, ce qui explique la bonne tenue des enquêtes Markit/PMI depuis le début de la crise sanitaire.

C’est la consommation qui a été le principal moteur de la croissance au troisième trimestre avec une contribution de 4,7 ppt au PIB trimestriel,  soutenue par le programme d’aides sociales mis en place par le gouvernement et qui a permis de donner des revenus au million de familles pauvres, mais qui va expirer en fin d’année.

Le gouvernement ne veut pas reconduire ce programme d’aides sociales, à cause de la dégradation de ses finances publiques. Le déficit budgétaire a atteint - 13,8 % du PIB au troisième trimestre 2020 et la dette publique globale s’est envolée à plus 90 % du PIB. Cependant, sans ce programme, la croissance brésilienne risque de freiner brutalement au quatrième trimestre et augmenter la pression sur la soutenabilité de la dette publique.

Turquie : l’accélération de l’inflation en novembre est un test pour la Banque centrale

L’inflation a accéléré en novembre à 14 %, liée à la hausse des prix alimentaires à 21 % GA. La chute de la livre renchérit les prix des biens importés.
L’accélération de l’inflation réduit l’impact positif de la dernière hausse (+ 475 pb) de taux d’intérêt à 15 %  par la Banque centrale (CBRT) sur les taux d’intérêt réels qui se réduisent brutalement.

C’est un premier test pour la Banque centrale turque qui a changé brutalement le mois dernier l’orientation de sa politique monétaire en privilégiant la lutte contre l’inflation au détriment de la croissance.

La réaction sur le marché des changes a été une appréciation de la TRY contre USD reflétant la perspective d’une hausse de taux le 24 décembre prochain. Cela augmente le risque que la Banque centrale relève ses principaux taux d’intérêt, alors que la tendance est plutôt à la baisse chez les autres Banques centrales, pour soutenir l’activité économique.

Chine :  nouveau record du surplus commercial chinois !

Le surplus commercial chinois a atteint un nouveau record historique en novembre à 900 Mds $ en données mensuelles annualisées. Les données sur le commerce extérieur chinois pour le mois de novembre indiquent une accélération des exportations à 21 % GA, alors que les importations restent faibles à 4,5 % GA, ce qui explique la hausse du surplus de la balance commerciale à 75 Mds $.

Ce sont les exportations de biens médicaux, de produits électroniques pour travailler et étudier chez soi qui continuent de soutenir les exportations chinoises, mais aussi d’autres produits qui reflètent les confinements plus ciblés chez ses principaux partenaires commerciaux.

Par destination, ce sont les exportations vers les États-Unis, 41 % GA, qui ont accéléré, reflétant les courses pour les fêtes de fin d’année, alors que celles à destination de l’Europe ont progressé de 8,9 % GA.

Le renforcement du commerce extérieur chinois suite à la pandémie continuera de soutenir la reprise chinoise. Cependant, le regain de la crise sanitaire chez ses principaux partenaires commerciaux devrait inciter les autorités à la prudence avant de retirer les politiques de soutien à l’activité liées à la pandémie.

Les principales tendances sur les marchés émergents

En dépit du mauvais rapport de l’emploi US de la semaine dernière,  les marchés actions et devises émergentes ont été portés par les développements sur la vaccination et les perspectives d’un nouveau plan budgétaire US lié au Covid-19.

Cependant, des tensions entre les États-Unis et la Chine ont de nouveau émergé, aussi bien du côté de Donald Trump (interdictions d’investir dans les entreprises chinoises proches du pouvoir) ou de Joe Biden qui cherche à constituer un front avec ses « alliés » contre la Chine. Cela pourrait amener à une consolidation des marchés.

•    L’indice MSCI EM enregistre la meilleure performance de la semaine à 1,7 % et atteint un plus haut depuis septembre 2015.
•    Ce sont surtout les bourses des pays d’Amérique Latine (3,6 %) qui ont enregistré les meilleures performances, profitant de la hausse des cours du brut – tel que l’indice MSCI Colombie qui enregistre une performance hebdomadaire de 11 %.
•    La baisse de l’aversion pour le risque a également bénéficié à la dette souveraine des pays dits à hauts rendements à l’image de la performance de l’EMBIGD HY à 1,7 %, toujours tiré par les pays d’Afrique subsaharienne.
•    Le spread EMBIGD s’est resserré à 357 pb dans le sillage de la hausse du taux d’intérêt à dix ans, soit son niveau du 4 mars 2020.
•    Les devises des pays émergents ont continué de bénéficier de la faiblesse du dollar mais aussi de la hausse des cours du brut suite à l’accord de l’OPEP+ sur une hausse graduelle de la production de pétrole.
•    Ainsi, ce sont les devises des pays producteurs et exportateurs de pétrole qui ont enregistré les meilleures performances contre USD, comme le peso colombien COP (+ 4,21 %), le BRL (4 %) et le rouble RUB (2,44 %).
•    La hausse graduelle de la production de pétrole décidée par l’OPEP+ permet d’éviter une offre excédentaire sur le marché qui exercerait des pressions baissières sur les prix, face à une demande qui reste fragile.
•    Le peso argentine ARS est la devise qui enregistre la plus mauvaise performance de la semaine à - 0,73 %, reflétant la nouvelle mesure du gouvernement qui consiste à faire contribuer les plus aisés à l’effort national dans la lutte contre la pandémie.
•    En Asie, le CNY a consolidé sur des plus hauts contre USD à 6,53 en dépit des bons chiffres économiques, en raison de la résurgence de tensions avec les États-Unis.  Le won coréen KRW  a enregistré la meilleure performance de l’Asie (1,97 %) .
•    À noter que l’indice ICE dollar a consolidé face à la résurgence des tensions sino-américaines, ce qui pourrait limiter les gains des devises EM.

Zouhoure Bousbih
Économiste
Économie & Stratégie
Ostrum Asset Management