Le magazine expert d’Ostrum AM

•    L’OPEP admet pour la première fois un pic de la demande mondiale de brut, mais dans 20 ans…

Pour la première fois, l’OPEP admet que la demande mondiale de brut va atteindre un pic, mais dans 20 ans.

À la différence des compagnies pétrolières du secteur, comme BP qui estime que le pic a déjà été probablement atteint en 2019, l’OPEP envisage un pic de long terme qui serait atteint en 2040 à 109,3 mb/j, soit 10 % au-dessus de la demande de brut de 2019.

À noter que dans 2 des 3 scénarios de BP : « Rapid » (transition énergétique rapide) et « zéro » (cas extrême d’un monde sans pétrole), la demande mondiale de brut ne retrouve jamais sa moyenne de 2019.

L’OPEP reconnaît les effets du Covid-19 qui induisent des changements sociétaux durables et impacteront à la baisse la demande.

Mais le cartel voit surtout une forte divergence entre les pays de l’OCDE où la demande de brut devrait atteindre un pic dès 2022 pour ensuite diminuer en 2025, alors qu’elle continuera de croître dans les pays émergents, liée à la croissance démographique et au développement économique.

Quelle sera la future place de l’OPEP ?

L’optimisme de l’OPEP sur les projections de demande de brut devrait se traduire par une hausse de la production de 10 mb/j dès l’année prochaine. Cependant, l’OPEP devrait être contrainte par les États-Unis qui augmenteront également leur production. À long terme, l’OPEP espère profiter du déclin de ses concurrents pour pouvoir augmenter sa production. Le pétrole restera une composante essentielle dans le mix énergétique.


•    Brésil :  la priorité est l’emploi et pas la discipline budgétaire !

Les derniers chiffres de l'emploi n'étaient pas bons.

Le taux de chômage a atteint en juillet un plus haut depuis les 8 dernières années à 13,8 % et seulement 47,1 % de la population active a travaillé sur les trois mois à juillet, soit le niveau le plus bas depuis 2012.

La détérioration de l'emploi est un frein à la consommation et à l'investissement. Les entreprises investissent si elles sont confiantes dans la demande et les perspectives de profits, et cela dépend de la santé du marché du travail.

Par ailleurs, le nombre de pauvres, ceux qui gagnent moins que la moitié du salaire minimum, c’est-à-dire 92 $ par mois, avait diminué de 23,7 %, grâce aux aides de 600 R mises en place en début d’année. Celles-ci ont été réduites à 300 R et expirent en fin d’année, ce qui pèsera négativement sur la consommation.

Cependant, le gouvernement brésilien insiste sur la discipline budgétaire pour la stratégie économique de long terme du pays et non sur l'emploi.

Ce n'est pas la bonne stratégie. Le Brésil risque de ne plus renouer avec une trajectoire de croissance soutenable.

Le cas du Brésil n'est pas un cas isolé. Le risque pour les pays émergents est qu'en sortant de la pandémie, ils mettent en place des politiques d'austérité budgétaires, pour assainir leurs finances publiques et contrecarrer la reprise. Le vrai risque pour les pays émergents est de perdre la dernière décennie de croissance et de développement.


•    Le plan de relance lié au Covid-19 américain a eu un effet d’entrainement sur les pays émergents

Les balances commerciales bilatérales des États-Unis avec les pays émergents montrent qu’il y a eu un effet d’entraînement du plan de relance américain lié au Covid -19 sur l’activité économique des pays émergents.

Ainsi, le déficit commercial des États-Unis avec le Mexique a atteint un plus bas historique à - 12,75 Mds $ reflétant la hausse des importations d’automobiles.

On observe également la même chose sur l’Asie (graphe ci-dessous de @Brad_Setser), où le plan a permis la reprise du secteur manufacturier. L’augmentation du déficit commercial américain hors pétrole a entraîné une augmentation parrallèle des excédents en Asie.

En absence d’un nouveau plan de relance côté américain (ou de moindre ampleur), l’effet d’entraînement va s’estomper, pénalisant l’activité dans les pays émergents.

Zouhoure Bousbih
Économiste
Ostrum Asset Management