Le magazine expert d’Ostrum AM

L’inflation fait peur

L’inflation accélère fortement dans les pays émergents, liée à la hausse des prix alimentaires qui ont un poids important dans leurs indices de prix à la consommation, par rapport aux pays développés.

Dans l’ensemble, l’inflation a dépassé la cible des Banques centrales dans de nombreux pays et pour certains le pic observé au cours des dix dernières années (graphique ci-dessous).

L’indice FAO des prix alimentaires a augmenté de 40 % sur les 15 dernières mois et atteint un plus haut depuis 2011, faisant craindre des tensions sociales dans les pays émergents. La hausse récente est alimentée par celle des cours des combustibles fossiles qui a engendré un report vers les bio-carburants pour la production d’électricité.

Le FMI prévoit que l’inflation dans les pays émergents atteindra un pic en fin d’année à 6,8 % , puis retombera à 4 % cette année.

Relever les taux d’intérêt n’empêchera pas la hausse des prix, mais même transitoire, l’accélération de l’inflation a contraint les Banques centrales de nombreux pays émergents à relever leurs taux directeurs.

Les périodes de forte inflation dans les pays émergents sont encore dans les mémoires des  investisseurs internationaux et rappellent de mauvais souvenirs, surtout pour les pays d’Amérique Latine.
Au Brésil, le taux d’inflation est au double de la cible, à plus de 9 % ; l’inflation core au Mexique a accéléré pour atteindre le niveau de 2017. En Amérique Latine, les Banques centrales sont peut-être plus qu’ailleurs les seuls garants de la stabilité macrofinancière. Les craintes sur la soutenabilité de la politique budgétaire ont également motivé la décision de certains pays (Brésil, Pérou, Chili). Le calendrier électoral est chargé pour cette fin d’année en Amérique Latine et la tentation populiste est forte. Il sera difficile de tenir ses engagements de consolidation budgétaire.

La Pologne, la semaine dernière, a relevé de 40 pb son taux directeur, qui est passé de 0,1 % à 0,5 %, ce qui est modeste, mais témoigne de la prudence de la Banque centrale polonaise. L’inflation avait accéléré à 5,8 % en septembre au-dessus de la cible des 3,5 %. À l’inverse, la Turquie a préféré baisser de 100 pb son taux directeur qui reste élevé, à 18 %, pour un taux d’inflation proche des 20 %. Cependant, le gouverneur de la Banque centrale a récemment indiqué que les mesures de l’inflation core se détérioraient, ce qui laisse sous-entendre, que le prochain mouvement de la Banque centrale turque ne sera pas une baisse de taux.

Les marges de manœuvres monétaires sont donc réduites pour les pays émergents, tout comme leurs marges budgétaires. Certains grands pays émergents, sont encore dans la reprise 2020 et leur PIB n’a pas encore atteint le niveau de pré-pandémie.

L’autre point important est le ralentissement économique de la Chine, qui n’a plus cet effet d’entraînement sur les pays émergents, notamment sur les pays producteurs de matières premières.

Si la hausse actuelle des cours de l’énergie devrait bénéficier aux pays producteurs de pétrole, comme le Nigéria, l’Arabie Saoudite, ou encore le Brésil, sur le court terme, les pays émergents restent très vulnérables à la hausse des taux d’intérêt de long terme, car les besoins de financement restent importants pour certains pays, notamment ceux qui sont importateurs de matières premières comme l’Inde et la Turquie.

Les déficits courants s’étaient améliorés dans l’ensemble, notamment pour les pays producteurs de matières premières. Un pétrole qui reste durablement à 80 $ le baril n’est pas une bonne nouvelle pour les pays importateurs, comme l’Inde et la Turquie.  Contrairement à ce qu’on avait pu observer en début d’année, la hausse des taux d’intérêt de long terme est liée au risque d’inflation et à ce que les Banques centrales deviennent  plus hawkish.

La  divergence entre les pays émergents et les pays développés risque encore de s’accentuer.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents