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L’inflation en Chine a accéléré en mars, liée à la hausse des prix de l’énergie qui a fait augmenter l’inflation non alimentaire.

Chine : l’inflation accélère en mars liée à la hausse des prix de l’énergie

L’inflation a accéléré en mars à 1,5 % contre 0,9 % en février, liée à la hausse des prix de l’énergie (24,1 % GA contre 23 %) qui a fait augmenter l’inflation non-alimentaire à 2,2 %. L’inflation alimentaire a baissé de 1,5 % GA. L’inflation core, hors alimentaire et énergie, est restée stable à 1,1 %.

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L’indice des prix à la production a légèrement reculé en mars à 8,3 % GA contre 8,8 %.

L’inflation devrait continuer d’augmenter en mars, liée à la hausse des prix de l’énergie et aux distorsions dans les chaînes d’approvisionnement causées par le retour des restrictions sanitaires. L’impact sera donc plus marqué sur l’indice des prix à la consommation que sur celui des prix à la production à court terme. Sur le moyen-long terme, l’indice des prix à la production devrait augmenter en lien avec les impacts directs du conflit ukrainien.

Cependant, la hausse de l’inflation devrait être contenue, car la demande domestique chinoise devrait rester atone à cause de la stratégie zéro-Covid. Le moteur des exportations risque également de perdre sa superbe liée à  l’inflation élevée chez ses principaux partenaires commerciaux, notamment l’Union européenne. La forte hausse des prix de l’énergie et alimentaire pénalisent les achats des ménages en biens manufacturiers chinois. Les perspectives de croissance de la Chine se détériorent. Le chiffre de ce matin, ne devrait pas changer l’orientation de la politique monétaire chinoise qui devrait rester orientée pro-croissance, afin de stabiliser l’activité.

 

La hausse de l’inflation en mars ne change pas l’orientation de la politique monétaire chinoise qui reste pro-croissance.

Chine et Stratégie

     1. Rapide resserrement du différentiel de taux d’intérêt entre la Chine et les États-Unis, à l’image du différentiel de taux à 10 ans qui a atteint 1,83 pdb, un plus bas depuis 2010. Cela suggère une réduction de l’attrait des investisseurs internationaux pour les emprunts d’État chinois et qui devrait se matérialiser par des sorties de capitaux du marché obligataire domestique. Ce différentiel de taux d’intérêt devrait se creuser, en lien avec la divergence des orientations de politique monétaire entre la Fed et la PBoC.

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     2. La détérioration des perspectives de croissance de la Chine devrait peser sur les prix du brut. Ce matin les cours du Brent ont baissé sous les 100 $ à la suite de la publication du chiffre d’inflation. On peut le voir également sur la différence de prix entre les contrats futures de court terme et de long terme sur le Brent, qui s’était élargie depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Lorsque l’on prend la différence entre le contrat future sur le Brent de juin 2022 et juillet 2022, celle-ci s’est réduite à 0,57 ce matin, alors qu’elle était à 1,44 en début de semaine dernière. Nous prévoyons un cours du baril durablement à 100 $ à cause de la géopolitique, de la faiblesse de l’offre et de la demande qui reste robuste. Cependant, nous indiquons que le seul catalyseur qui pourrait faire baisser les cours du baril est un brutal ralentissement de l’économie chinoise. Dans ce cas, les cours du Brent devraient baisser de 100 $ à 70 $, niveau de novembre 2021, lorsque les craintes sur les perspectives de croissance mondiales étaient élevées.

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La détérioration des perspectives d’inflation dans les pays émergents contraint les Banques centrales à choisir entre la croissance et l’inflation

L’inflation accélère partout et contraint les Banques centrales des pays émergents à resserrer davantage leurs politiques monétaires au risque de pénaliser l’activité économique. Le dilemme croissance contre inflation va être compliqué pour de nombreuses Banques centrales.

Les Banques centrales émergentes sont face à un dilemme : croissance et inflation.

C’est le cas des pays d’Europe de l’Est qui sont exposés de plein fouet aux impacts directs du conflit ukrainien. L’inflation dans ces pays était déjà élevée, reflétant des pressions inflationnistes issues de la demande domestique (marché du travail tendu et hausse des salaires) et des distorsions dans les chaînes d’approvisionnement post-Covid liées aux restrictions de mobilité. Celle-ci devrait fortement accélérer dans les prochains mois, liée à la hausse des prix de l’énergie et alimentaires.

Ainsi, en Pologne, face à l’accélération de l’inflation à près de 11 % , la Banque centrale a décidé de relever son taux directeur de 100 pdb à 4,5 % et a indiqué d’autres hausses de taux agressives pour les prochains mois. La Pologne est la plus vulnérable, avec un poids de 40 % de l’alimentaire et de l’énergie dans son CPI. L’inflation a également accéléré en Tchéquie à 12,7 % en mars contre 11,1 % en février, soit un plus haut depuis 1998 ! La Banque centrale de Tchéquie avait indiqué qu’elle était déterminée à lutter contre l’inflation.

Ces pays sont également directement liés à la zone euro, leur principal partenaire commercial. La détérioration des perspectives de croissance de la zone euro les pénalise également.

Pour les pays d’Asie, le dilemme est le même. L’inflation devrait augmenter, notamment à cause de la hausse des prix de l’énergie.

Stratégie

Le graphique montre l’écart type du dernier taux d’inflation publié, par rapport à la moyenne de 5 ans pour un ensemble de pays émergents.

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L’inflation dépasse fortement la moyenne de 5 ans dans les pays d’Europe de l’Est, notamment en Tchéquie. La Banque centrale de Tchéquie devrait être celle qui relève de manière plus agressive son taux directeur. Depuis le mois de mai 2021, la Banque centrale a relevé de 475 pb son taux directeur à 5 %, ce qui reste bien inférieur au taux d’inflation. D’autre part, la Tchéquie a la part de l’énergie et de l’alimentaire la plus faible dans son indice de prix à la consommation : moins de 30 %. C’est un facteur de soutien à la couronne tchèque, la seule à s'être appréciée face à l’euro depuis le début de l’année, de 1,51 %, et la parité est revenue rapidement après son pic d’aversion pour le risque.

Le comportement des devises de la région est différent par rapport au dollar et l’euro. Toutes les devises se sont dépréciées face au billet vert depuis le début de l’année : zloty polonais (- 5,3 %), forint hongrois (- 6,7 %) et couronne tchèque (- 2,88 %). Cela reflète l’exposition directe de la région au conflit en Ukraine. Face à l’euro, le zloty a enregistré une performance négative de - 1,04 % et le forint hongrois de -2,48 %, reflétant les récentes tensions avec l’Union européenne.

L’autre point intéressant est la Thaïlande qui a un taux d’inflation supérieur à 3,65, écart type, mais dont la Banque centrale ne s’est pas encore déclarée « hawkish ». Cela risque de peser négativement sur le bath.  

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents