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L’enquête Markit-PMI sur le secteur manufacturier pour le mois de janvier indique un ralentissement marqué de l’activité dans les pays émergents.

Ralentissement de l’activité en janvier dans les pays émergents lié aux hausses agressives de taux d’intérêt

L’enquête Markit-PMI sur le secteur manufacturier pour le mois de janvier indique un ralentissement marqué de l’activité dans les pays émergents (l’indice est pile sur le seuil de neutralité), lié aux hausses agressives de taux d’intérêt. Le différentiel avec les marchés développés s’accroît (graphe ci-dessous).

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Cela a poussé de nombreuses Banques centrales de pays émergents à annoncer la fin proche de leur cycle de resserrement monétaire. On note toutefois que les pays qui bénéficient encore du soutien de la politique budgétaire limitent l’impact des hausses de taux sur l’activité. Surprise ?...
Les enquêtes Markit-PMI sur le secteur manufacturier sont mitigées dans les pays émergents.

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L’activité se contracte fortement dans les pays où les Banques centrales ont été les plus agressives sans soutien de la politique budgétaire pour limiter l’impact des hausses de taux sur l’activité.
C’est le cas au Brésil, où l’activité se contracte encore en janvier, avec un indice qui a atteint le niveau de février 2020, liée aux hausses agressives de taux d’intérêt. La Banque centrale du Brésil (Bacen) a relevé son taux Selic de + 150 pb à 10,75 % lors du COPOM de la semaine dernière, mais a indiqué que son cycle de resserrement monétaire touchait à sa fin. La Banque centrale brésilienne prévoit une inflation à 5,4 % en fin d’année. Le taux Selic dépasse de 75 pb le taux d’inflation actuel. Depuis mars 2021, le Brésil a relevé de + 875 pb son taux Selic, tout en réduisant drastiquement ses dépenses publiques. L’impact récessif sur l’activité a probablement influencé la décision de la Bacen.
L’enquête pour le Mexique confirme que le pays est entré en récession en fin d’année dernière. Le PIB s’est contracté de 0,1  % au quatrième trimestre 2021, après - 0,4 % au troisième trimestre 2021, faisant entrer le pays en récession. La croissance a été de 5 % en 2021, après une contraction de - 8,5 % en 2020. Le PIB mexicain n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2017 et reste inférieur de 3 % par rapport à ce niveau. Le Mexique n’arrive pas à tirer parti de la robuste dynamique américaine. Le prochain conseil de politique monétaire risque d’être animé pour le nouveau gouverneur de la Banque centrale. Le pays ne dispose pas de marges de manœuvre budgétaire afin de soutenir l’activité. L’enquête pour la Hongrie enregistre une baisse spectaculaire de 15 points ?! Les nouvelles commandes se contractent, liées aux hausses de taux, qui ont pénalisé la demande domestique. En Turquie, l’activité manufacturière ralentit également et pourrait servir de prétexte pour assouplir davantage la politique monétaire.
Dans d’autres pays,  l’activité se porte plutôt bien. En Russie, l’activité a accéléré en janvier, liée à la forte demande domestique. En Afrique du Sud, l’activité a rebondi, suite à l’amélioration de la situation sanitaire. En Colombie, l’activité se modère, mais reste en territoire d’expansion. La Colombie, à la différence du Brésil et du Mexique, continue d’avoir une politique budgétaire expansionniste, ce qui limite l’effet récessif des hausses de taux sur l’activité. Depuis 2021, la Banque centrale colombienne a relevé de 400 pb son taux directeur à 4 %.

En Asie, le profil des dynamiques d’activité est également mixte.

L’activité a rebondi en janvier en Corée du Sud et dans plusieurs pays de l’ASEAN. A contrario, l’activité se modère en Chine, Inde, Malaisie et Taïwan. Aux Philippines, l’enquête se détériore à 50, pile sur le seuil de neutralité, reflétant la résurgence du nouveau virus Omicron qui a pénalisé l’activité. L’Asie est la seule région où les Banques centrales n’ont pas procédé à des hausses de taux, car, dans l’ensemble, il n’y a pas de pressions inflationnistes. C’est aussi la région qui a les marges de manœuvre budgétaires pour soutenir l’activité.

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Stratégie et marchés

Les facteurs qui expliquent la résilience des EM en ce début d’année.
Les marchés émergents ont montré une certaine résilience en ce début d’année 2022, malgré l’accélération de la politique de sortie de crise de la Fed. Le crédit a bien résisté, à l’image du spread EMBIGD qui s’est élargi de 9 pb depuis le début d’année à 377 pb, après le « sell-off » de novembre  2021 qui a élargi le spread de 40 pb à un plus haut de l’année 2021 à 390 pb.
Le facteur expliquant cette résilience est principalement l’absence de flux de portefeuilles.  
Par rapport aux précédents cycles de hausses de taux de la Fed, il n’y a plus de flux de capitaux qui pourraient sortir et engendrer de la volatilité sur les marchés émergents. Cela devrait limiter l’impact du resserrement monétaire de la Fed. L’indice JPM de volatilité sur le change EM avait augmenté en fin d’année 2021 (cercle vert sur le graphe) lié à Omicron et aux craintes sur les perspectives de croissance mondiales, pour ensuite baisser en ce début d’année.  Par contre , cela devrait poser problème aux pays émergents qui ont des déficits courants, car les flux de portefeuille ne permettent plus de les financer.

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Le yuan agit également comme base de stabilité pour les devises EM, ce qui explique également la résilience des marchés émergents. C’est particulièrement vrai pour les devises asiatiques. Le graphique ci-dessous montre la stabilité des devises asiatiques à l’image de l’indice JPM Asie par rapport au MSCI Asie.

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  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents