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Chine : l’activité se stabilise en fin d’année 2021

Les enquêtes PMI, officielles et Caixin, pour le mois de décembre, indiquent une stabilisation de l’activité économique en fin d’année 2021.
Pour la première fois depuis 4 mois, les deux enquêtes vont dans le même sens. La croissance du PIB du quatrième trimestre 2021 devrait se stabiliser autour de celle du troisième trimestre (4,9 % GA), d’après le graphique ci-dessous.

Chine-pib (% ga)-et-enquete-caixin-pmi-composite
L’activité manufacturière s’est redressée et les pressions inflationnistes se sont atténuées, reflétant l’assouplissement des contraintes sur les chaînes de production. La résolution de la crise énergétique et l’assouplissement de la politique monétaire, notamment en ciblant l’immobilier, ont également permis de stabiliser l’activité en fin d’année. L’activité des services reste robuste également.
Cependant, l’incertitude forte sur l’évolution de l’épidémie au sein du pays et chez ses principaux partenaires commerciaux, risque de détériorer les perspectives d’activité en ce début d’année. Le risque est une paralysie du commerce mondial, à cause de la résurgence du nouveau virus Omicron.
Les autorités chinoises ont pour objectif de stabiliser l’activité en 2022. Les politiques économiques seront donc orientées procroissance. La politique monétaire est déjà devenue plus accommodante en 2021 (deux baisses du taux de réserves obligatoires, assouplissement de l’octroi de crédit aux promoteurs immobiliers…) et devrait continuer à l’être. La politique budgétaire devrait venir en renfort. Le contexte financier international devrait également inciter les autorités à assouplir davantage la politique monétaire. Plus la Fed resserrera, plus la Banque centrale chinoise assouplira, afin de soutenir sa demande domestique.

Turquie : accélération de l’inflation en décembre liée à la chute de la livre

L’inflation a accéléré en décembre à 36 % (contre 21,3 % en novembre), en lien avec la dépréciation de la livre, soit un plus haut depuis septembre 2002.

Turquie-inflation-et-usd
C’est l’inflation la plus élevée enregistrée sous la présidence d’Erdogan. La hausse de l’inflation érode le pouvoir d’achat des ménages et provoque de nombreuses pénuries, dont celle des médicaments. Depuis septembre 2021, la Banque centrale a baissé de 500 pb son taux directeur encouragée par le président Erdogan, afin de soutenir l’activité.
La livre s’est stabilisée en décembre après l’introduction d’un mécanisme de compensation pour les détenteurs de livre lorsque celle-ci faiblissait jusqu’à un certain niveau. Cependant, la devise turque reste faible contre le billet vert et loin de son niveau de parité de septembre 2021 à 8,4. L’accélération de l’inflation a fait chuter les taux réels à - 22 %, les plus bas de toutes les devises émergentes, ce qui limite l’attrait pour la livre. La Banque centrale ne devrait pas baisser ses taux au regard des dernières déclarations verbales et des mesures pour stabiliser la livre.

Les taux d’intérêt locaux n’augmentent pas qu’en Turquie

La récente baisse de taux directeur en Turquie a exacerbé le « sell-off » sur les emprunts d’État turcs , ce qui a engendré la hausse des taux locaux et la dépréciation de la livre. Le niveau du taux d’intérêt à 10 ans est sur un plus haut depuis 2014 et dépasse son niveau de 2018, lorsque la livre s’était dépréciée fortement à cause de l’incertitude géopolitique. Cette fois-ci, les conditions financières se sont fortement resserrées en Turquie ; la récession n’est pas loin.
La hausse des taux d’intérêt domestiques turcs n’est pas uniquement idiosyncratique. Certes, l’ampleur de la hausse est plus spectaculaire qu’ailleurs, cependant,  les taux d’intérêt locaux dans d’autres pays émergents ont également augmenté dans le sillage des taux d’intérêt américains.
Les problématiques budgétaires de nombreux pays émergents avaient été occultées, car les taux d’intérêt internationaux étaient bas et le risque sanitaire semblait écarté. Les pays fortement endettés en dollar sont les plus exposés au risque d’une hausse rapide des taux d’intérêt US, mais aussi ceux qui se sont financés à travers leurs propres marchés obligataires, car les taux d’intérêt augmentent partout. C’est le cas du Brésil, de l’Afrique du Sud et de l’Inde. De nombreuses Banques centrales émergentes, dont celle du Brésil, ont relevé plusieurs fois leurs taux directeurs pour freiner l’accélération de l’inflation, ce qui augmente également leurs coûts d’emprunt.

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  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents