Le magazine expert d’Ostrum AM

Les prix alimentaires (biens de première nécessité) ont continué de grimper en novembre.

Les prix alimentaires continuent de grimper…

Les prix alimentaires (biens de première nécessité) ont continué de grimper en novembre. L’indice FAO des prix alimentaires a progressé de 1,2 % GM sur le mois, soit 27,3 % depuis novembre 2020. La hausse est liée principalement à celle des produits laitiers (3,4 %) et des céréales (3,1 %). L’indice est au plus haut depuis juillet 2011.

Indice FAO des prix alimentaires réel
Le blé résume bien les pressions et les risques sur les prix alimentaires mondiaux.

Ses cours sont au plus haut depuis neuf ans et les stocks baissent pour la seconde année consécutive depuis les plus bas de 2012-2013. Le blé étant un aliment de base qui sous-tend la sécurité alimentaire, la hausse des prix peut avoir de graves conséquences géopolitiques. La Russie, important producteur de blé, a augmenté les taxes à l’exportation pour inciter les producteurs à garder au niveau domestique leur production.

Prix du blé (USD-BU)
C’est inquiétant, car des évènements comme le « printemps arabe » ont été imputés aux prix élevés des denrées alimentaires de base.

Depuis août 2020, les coups d’État et les conflits armés (Éthiopie) sont de retour en Afrique et on note aussi la dégradation de la gouvernance de certains pays (Tunisie). Les pays d’Afrique subsaharienne sont encore fragilisés par les effets économique et sanitaire de la pandémie. La reprise est lente dans ces pays et beaucoup n’ont pas les marges de manœuvre budgétaires pour empêcher cette hausse en subventionnant les prix des denrées de base. La hausse des prix alimentaires est un facteur aggravant d’instabilité sociale et politique.

… Et le FMI s’inquiète d’un « effondrement économique » de certains pays.

Le FMI alerte sur la nécessité de renforcer la coopération financière internationale vis-à-vis des pays émergents.

Depuis le début de la pandémie, les pays à faibles revenus ont bénéficié de nombreuses mesures d’allègement de la dette au niveau international.

Il y a eu l’Initiative de suspension de la dette des pays du G20 qui a permis de suspendre temporairement le paiement des intérêts de la dette et du cadre du G20 pour aider ces pays à restructurer leurs dettes.

La communauté internationale a également augmenté son soutien financier qui s’est traduit par un nombre record de lignes de crédit d’urgence du FMI, ainsi qu’une allocation de 650 milliards $ de droits de tirages spéciaux (DTS), dont 21 milliards ont été alloués directement aux pays pauvres. Les pays à faible revenu avaient également bénéficié de taux d’intérêt internationaux extrêmement bas, ce qui avait contribué aussi à limiter l’impact financier de la pandémie.

Malgré les mesures d'allègement importantes apportées par la crise du COVID-19, environ 60 % des pays à faible revenu sont à haut risque ou déjà surendettés. En 2015, ce nombre était inférieur à 30 %.

Avec l’expiration de l’initiative de suspension du service de la dette en fin d’année et la hausse des taux d’intérêt, les pays à faibles revenus auront de plus en plus de mal à assurer le service de leur dette.
Pour de nombreux pays, les défis s’intensifient. La résurgence de l’épidémie, ainsi que des facteurs aggravants, tels que la hausse des prix alimentaires et les effets du changement climatique, provoquent de nouvelles dégradations des perspectives économiques.

Ainsi, le FMI appelle à renforcer le cadre commun de négociation de la dette, notamment la coordination de la multitude de créanciers qui peut ralentir la décision.

La Chine est devenue le premier créancier du monde, et notamment des pays pauvres, et ne souhaite pas dévoiler le montant et les conditions de ses prêts. C’est le cas de la Zambie dont la dette contractée auprès de la Chine pourrait être le double (6,6 milliards $, soit 34 % de son PIB 2020) que ce qui était auparavant estimé. Cette annonce intervient au moment où le pays est en pleine négociation avec ses créanciers.

C’est une des raison pour laquelle le secteur privé ne souhaite pas contribuer à la restructuration de la dette, car il risque d’être lésé au profit de la Chine. En effet, les pays peuvent s’en servir pour rembourser la Chine à leur détriment. La Zambie a obtenu récemment un accord de principe du FMI sur une aide de 1,4 Mds $. Les créanciers du G20 devraient rapidement former un comité de créanciers officiels et commencer à dialoguer avec les autorités et les créanciers privés sur l'allégement de la dette, tout en prévoyant une suspension temporaire du service de la dette pendant la durée des discussions sur la restructuration de la dette. Sinon, le pays serait confronté au choix impossible de réduire les dépenses prioritaires ou d'accumuler des arriérés. L’instabilité politique retarde aussi la décision de restructuration.

Stratégie & marchés

Après avoir enregistré des performances honorables en 2019 et 2020, le segment de la dette souveraine externe « high yield », pays très mal notés, a enregistré ses pires performances depuis 2018, de - 4 % cette année pour l’indice Bloomberg EM high yield.
 

Jusqu’à fin août, la performance de l’indice était de 1,5 % pour cette année. Les craintes liées aux  perspectives de croissance chinoise, à Omicron et au durcissement des conditions financières internationales ont pénalisé les pays notés « high yield ».

 

Performances annuelles de l'indice Bloomberg EM US dollar High-Yielding Bonds
Sur le graphique ci-dessus, 2013 et 2014 sont les deux seules périodes où les performances de l’indice ont été négatives de manière consécutive.

Ces périodes correspondent à la chute des cours du pétrole qui a pénalisé les pays producteurs et exportateurs, très mal notés.

Si la baisse actuelle des cours liée à Omicron devait persister et que ces derniers convergent vers leurs niveaux de 2020, alors 2022 devrait être une répétition de 2021 pour la dette externe souveraine « high yield ». C’est un risque qu’il faut avoir en tête. Un des facteurs important qui peut expliquer la persistance de la baisse des cours du brut est le ralentissement économique chinois.

Cours du Brent en dollar
La Chine a encore une fois baissé de 0,5 % ses taux de réserves obligatoires à cause de l’empilement des risques sur ses perspectives d’activité : Omicron, immobilier et secteur énergétique. Selon la PBoC, une baisse de 50 pb des taux de réserves obligatoires, se traduit par 1,2 trillions de yuans de liquidités pour le secteur bancaire. Cela devrait permettre de soutenir le crédit au secteur privé, toujours fragilisé par la crise sanitaire.

 

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents