Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Asie : accélération de l’activité manufacturière en mars

L'activité manufacturière continue d'accélérer en Asie, à l'image des enquêtes Markit-PMI pour le mois de mars. La région bénéficie pleinement de la forte demande mondiale pour ses produits, notamment électroniques, mais aussi automobiles,  à cause de la pénurie en semi-conducteurs.

Taiwan, Corée du Sud , Japon et Vietnam en bénéficient pleinement. La pénurie mondiale en semi-conducteurs explique probablement le fort rebond de l’enquête nipponne qui est devenue optimiste pour la première fois depuis septembre 2019.

La dynamique des exportations de la zone devrait continuer d’être soutenue par le massif plan de relance américain et par la reprise robuste de la Chine. Cela valide les données du commerce mondial : sa dynamique est asiatique.

A contrario, les mesures de distanciation sociale continuent de pénaliser d’autres secteurs comme le tourisme et détériorent les perspectives d’activité des pays comme la Thaïlande dont les recettes touristiques représentent 12 % du PIB.

À noter : la reprise du commerce mondial bénéficie également aux petites entreprises chinoises, à l'image de l'optimisme affiché dans l'enquête Caixin à travers sa sous-composante « nouvelles commandes à l'export ».

•    Chine : vers une reprise plus équilibrée , qui permet à la Pboc de se concentrer sur les risques financiers

Rebond de l’enquête Caixin-PMI pour les services en mars à 53,1, soit une moyenne de 52,6 pour le premier trimestre contre 57 pour le quatrième trimestre 2020. L’activité des services reste robuste et c’est encourageant pour une reprise plus équilibrée, pas seulement basée sur le secteur manufacturier.

À noter : selon Bloomberg, la PBOC aurait demandé aux banques de maintenir le niveau de crédit égal à celui de 2020. Cela signifie que la croissance du crédit va ralentir modérément, tout en restant soutenue pour accompagner la reprise de l’activité.

Cependant, c’est aussi  une légère inflexion de la part de la Banque centrale chinoise qui se focalise désormais sur les risques financiers. L’endettement a fortement accéléré à cause de la pandémie et a atteint 285 % du PIB au troisième trimestre 2020, contre une moyenne de 251 % du PIB entre 2016-2019.

Ce sont surtout les entreprises d’État qui se sont fortement endettées pour soutenir la reprise à cause de leurs liens étroits avec les autorités.

Le Beige book de la Chine montre que l’endettement des entreprises d’État chinoises sur le premier trimestre a diminué à un plus bas sur 3 ans et celui des grandes entreprises à un plus bas sur 5 ans. C’est un signal qui montre la volonté des autorités de contrôler l’endettement et réduire les risques financiers.

L’objectif des autorités chinoises d’atteindre un pic d’émissions en carbone en 2030, devrait se traduire par une forte demande de crédit par les entreprises du secteur pour financer des projets d’énergies renouvelables. Cependant, les banques pourraient être réticentes, à cause des nombreuses faillites des entreprises du secteur photovoltaïque qui avaient eu lieu.

•    Mexique :  envois de fonds par les travailleurs migrants ont enregistré leur plus forte hausse pour une mois de février depuis 1995.

Le massif plan de relance budgétaire américain se reflète sur les envois de fonds par les travailleurs migrants mexicains qui ont atteint 3,174 Mds $ en février (contre 2,732 Mds $ en février 2020), soit  la plus forte hausse pour un mois de février depuis 1995.

L’année dernière, ils avaient totalisé 40,6 Mds $ avec un pic atteint en mars 2020. Pour janvier et février 2021, le montant est de 6,47 Mds $, supérieur à celui de 5,35 Mds $ enregistré sur la même période l’année dernière.

Cela montre aussi que la pandémie continue d’impacter négativement l’économie mexicaine, notamment le marché du travail et les revenus associés. Je l’avais déjà évoqué, les envois de fonds par les travailleurs migrants est important pour le Mexique dont les marges de manœuvre budgétaires sont inexistantes (sauf pour Soutenir Pemex). Ils permettent de venir en aide à la population la plus vulnérable touchée de plein fouet par l’épidémie et est un soutien à la consommation du pays.

•    Turquie : Accélération de l’inflation à 16,1 % en mars, un test pour le nouveau gouverneur de la Banque centrale

L’inflation a accéléré en mars à 16,1 % (contre 15,6 %), liée à la hausse des prix de l’énergie (12,4% GA contre 8,8 %). L’inflation core a également accéléré à 16,9 % contre 16,2 % indiquant que les pressions inflationnistes sont élevées.

Que fera le nouveau gouverneur de la Banque centrale ? Celui-ci avait promis la semaine dernière qu’il s’engageait à ce que son taux directeur (19 %) reste au-dessus du taux d’inflation… Cela sera difficile à tenir, car la dynamique de l’inflation sous-jacente s’aggrave.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents