Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Le spectre de la crise de la dette souveraine des pays émergents ressurgit…

En avril 2020, le G20 avait lancé l’Initiative de Suspension du Service de la Dette (ISSD), qui permettait aux pays qui en font la demande une suspension des intérêts de la dette jusqu’à la fin de l’année 2020.

Le but étant de permettre à ces pays de faire face aux dépenses qu’a engendré la crise sanitaire et leur permettre d’enrayer l’épidémie.

Cela ne sera pas suffisant. Le FMI appelle désormais à une extension à fin 2021, ainsi qu’à une réforme de l’architecture de la dette internationale.

Le constat est le suivant : la crise sanitaire continue de sévir dans de nombreux pays (Amérique Latine et Inde) et l’environnement économique et financier international est dégradé, ce qui détériore davantage les perspectives de croissance de ces pays avec un risque sur la soutenabilité de leurs dettes.

La pandémie a poussé les ratios d’endettement à des niveaux historiquement élevés. Dans les pays émergents, l’endettement devrait augmenter de 10 % et de 7 % dans les pays les plus pauvres.

Contrairement aux pays des principales places monétaires qui ont la capacité à emprunter, les pays émergents, notamment les plus pauvres,  n’ont plus cette capacité .

Les niveaux d’endettement sont déjà très élevés et l’augmentation de la dette récente est alarmante pour de nombreux pays. Le risque est qu’au moment où ils commencent à se remettre de la pandémie, les pays émergents pourraient subir une deuxième vague de dégradation économique déclenchée par des défauts de paiement, des sorties de capitaux, ainsi que l’austérité budgétaire.

C’est pour prévenir une telle crise qui fera perdre une décennie de croissance et développement aux pays émergents que le FMI demande la réforme urgente de l’architecture de la dette internationale.

L’autre point est le rôle de la Chine qui brouille les cartes.

Une des propositions du FMI porte sur l’augmentation de la transparence de la dette. Sans savoir ce que les pays doivent déjà et à quelles conditions, les créanciers ne peuvent pas prendre de décision de prêts éclairées. Ils hésiteront également à participer à des restructurations, à moins d’en connaitre les conditions accordées aux autres créanciers. C’est exactement ce qui se passe actuellement avec la Chine.

La Chine est devenue le prêteur « officiel » du monde, dépassant le FMI et la Banque Mondiale.  Ainsi, 400 Mds $ de prêts cachés chinois ont été octroyés à 106 pays, notamment d’Afrique subsaharienne. Les créanciers publics (Banque mondiale et FMI) ont soutenu l’initiative, mais les créanciers privés ont montré une certaine réticence à cause de la Chine. Les créanciers privés craignent qu’en donnant leur accord à l’ISSD, ils permettent à la Chine de se faire rembourser à leur insu, car ils ne connaissent pas les conditions des prêts.  La Chine, de son côté, ne souhaite pas non plus faire un précédent dans l’annulation de la dette et continue de négocier unilatéralement avec les pays concernés, afin d’éviter des défauts de paiement.  

•    Corée du Sud : rebond des exportations pour la première fois depuis la crise sanitaire, mais lié à la peur de nouvelles sanctions des  États-Unis

Les exportations coréennes ont rebondi pour la première fois depuis février à 7,7 % GA, liées aux exportations vers les États-Unis qui ont contribué à 3,4 ppt à la croissance annuelle. Les exportations vers la Chine ont contribué à 2 ppt.

La peur de nouvelles sanctions américaines contre la Chine (Huawei) a incité les entreprises américaines à augmenter leurs importations en puces mémoires coréennes.

La guerre technologique États-Unis-Chine peut être vue comme une opportunité pour la Corée du Sud, mais aussi comme une menace, car cela peut inciter des entreprises américaines à regagner des parts de marché qu’elles avaient  laissées à la Chine.

D’autre part, la baisse des prix des puces mémoires inquiète les fabricants sud-coréens.

Le rebond des exportations ne devrait donc être que temporaire, d’autant que la reprise chez ses principaux partenaires commerciaux reste incertaine, à cause du regain de la pandémie.


Zouhoure Bousbih
Économiste
Ostrum Asset Management