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Les enquêtes PMI officielle et Caixin indiquent une contraction de l’activité au mois de mars, reflétant le retour des restrictions sanitaires en Chine.

Chine : zéro Covid = zéro PIB ?

Les enquêtes PMI officielle et Caixin indiquent une contraction de l’activité au mois de mars, reflétant le retour des restrictions sanitaires en Chine, notamment à Shanghai et Shenzhen. Les enquêtes officielles par tailles d’entreprises, indiquent une détérioration généralisée. Les perspectives d’activité des PME, principal bassin d’emploi, continuent de se détériorer et n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant pandémie. Les deux autres enquêtes pour les grandes et moyennes entreprises se sont également détériorées, indiquant un ralentissement de l’activité. Shanghai et Shenzhen représentent respectivement 4 % et 3 % du PIB chinois, l’impact sur la croissance du PIB du premier trimestre n’est donc pas négligeable.  

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L’enquête de la PBoC pour le premier trimestre, l’équivalent du Beige book de la Chine, indique que la croissance des exportations a chuté sur la période de 16 % GA, après une hausse de 15 % sur la même période en 2021, reflétant la faiblesse de la demande globale, notamment chez son principal partenaire commercial, l’Union européenne. La hausse des prix de l’énergie (et alimentaires) liée au conflit ukrainien, réduit les dépenses des ménages européens pour les produits chinois.

Le commerce extérieur était le moteur de la croissance chinoise depuis le début de la pandémie en 2020. La demande interne chinoise est faible, pénalisée par la politique zéro Covid. Les perspectives de croissance de la Chine se détériorent rapidement et devraient inciter les autorités chinoises à redoubler d’efforts pour soutenir l’activité. La politique monétaire devrait être ciblée sur les PME, principal bassin d’emploi de la Chine. Les mesures fiscales destinées à alléger la pression financière sur les PME semblent être inefficaces. Sans chiffre d’affaire, les PME sont dans l’incapacité de payer leurs impôts.

 

La demande interne et externe faiblit ; les perspectives de croissance de la Chine se détériorent.

Stratégie :

Le différentiel de taux entre la Chine et les États-Unis s’est réduit rapidement depuis le dernier commentaire « Hawkish » de J. Powell. Le différentiel de taux d’intérêt 10 ans est passé de 100 pdb début janvier à 38 pdb actuellement. Cela limite le potentiel d’appréciation de la devise chinoise face au billet vert. Depuis le début du conflit en Ukraine, le yuan a effacé ses gains contre USD et a enregistré une performance de - 0,44 %. Les taux locaux devraient baisser dans la perspective d’assouplissement de la politique monétaire de la PBoC.

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Amérique Latine : la fin du cycle de hausses de taux est proche

Après le Brésil, c’est au tour du Chili et de la Colombie d’indiquer la fin de leurs cycles de hausses de taux.

Le Chili a relevé de 150 pb son taux directeur à 7 %, alors que le consensus Bloomberg attendait une hausse de 150 pb. Depuis décembre 2021, la Banque centrale a relevé de 375 pb son taux d’intérêt de référence. La Banque centrale du Chili devrait continuer à relever ses taux si l’inflation (7,8 % en février) et les anticipations d’inflation demeurent sous pression, mais les hausses de taux seront plus graduelles, à cause de la faiblesse de l’activité.

La Colombie, a relevé de 50 pb son principal taux d’intérêt à 5 %, alors que le consensus attendait une hausse de 150 pb. La Banque centrale de Colombie montre moins d’appétence à relever ses taux, malgré une inflation élevée à 8 % en février (cible à 3+/-1%) et une activité qui reste robuste.

La Colombie et le Chili sont les seuls principaux pays d’Amérique Latine qui ont gardé leur politique budgétaire expansionniste, ce qui a détérioré rapidement leurs comptes courants et a généré des tensions inflationnistes. L’incertitude élevée liée au conflit en Ukraine, ainsi que la détérioration des perspectives de croissance de la Chine, plus gros consommateur de matières premières, ont probablement influencé les décisions de politique monétaire de la région.

Les Banques centrales d’Amérique Latine sont proches de leur fin de cycle de resserrement monétaire.

Stratégie :

Le différentiel de taux d’intérêt élevé par rapport aux États-Unis a permis aux principaux pays d’Amérique Latine d’amortir les chocs géopolitiques et le ton plus hawkish de la  Fed.    

Cela explique les très bonnes performances des devises Latam depuis le début de l’année face au billet vert. Le peso chilien a enregistré une performance de près de 9 % face au dollar et le peso colombien de + 8.67 %.

Lorsque l’on prend en compte les anticipations de marché sur les taux directeurs à horizon 3 ans et depuis le 21 février, celles-ci ont le plus augmenté pour le Chili, indiquant des anticipations de hausses de taux persistantes (graphe ci-après). Cela devrait soutenir le peso chilien face au billet vert. Pour la Colombie et le Mexique, les anticipations de marché sur les taux directeurs ont le moins augmenté sur la période, indiquant un potentiel d’appréciation plus limité du MXN et COP par rapport au dollar.

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  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents