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Lors de l’Assemblée populaire nationale, la réunion annuelle du parlement chinois, le premier ministre Li Keqiang a fixé l’objectif de croissance du PIB « autour » de 5,5 % cette année.

Chine : objectif de croissance « autour » de 5,5 % en 2022 sur fond de crise en Ukraine

Lors de l’Assemblée populaire nationale, la réunion annuelle du parlement chinois, le premier ministre Li Keqiang a fixé l’objectif de croissance du PIB « autour » de 5,5 % cette année.  

Li Keqiang a indiqué que la réalisation de cet objectif nécessitera « des efforts ardus » et que la Chine
« rencontrera beaucoup plus de risques et de défis » liés à « l’évolution de la dynamique à l’étranger », c’est-à-dire la crise en Ukraine.

L’année dernière, la cible de croissance était de 6 % et la croissance du PIB avait été de 8,1 %, reflétant un effet de rattrapage par rapport à 2020. Au dernier trimestre 2021, la croissance avait ralenti à 4 % liée à la crise immobilière et énergétique.

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Cette année, la priorité des autorités chinoises est de stabiliser l’activité, mais la Chine fait face à de nombreux vents contraires : sa crise immobilière, l’atonie de sa consommation liée à sa stratégie sanitaire
« zéro Covid » et la crise ukrainienne qui crée de l’incertitude sur les perspectives du commerce mondial. L’économie chinoise avait rebondi rapidement, suite à la pandémie, soutenue par son secteur industriel et ses exportations robustes.

La hausse des cours des matériaux de base devrait pénaliser le secteur manufacturier en créant des distorsions dans les chaînes de productions mondiales. Des constructeurs automobiles ont déjà indiqué qu’ils allaient réduire leurs productions. La Russie est un grand producteur de métaux, notamment du palladium dont elle assure 40 % de la production mondiale, entrant dans la composition de pièces d’automobiles comme les pots catalytiques.  Cependant,  le pays est également le principal producteur de néon (40 %-50 % de la production mondiale) qui est nécessaire dans l’industrie des semi-conducteurs, utilisés également dans le secteur automobile. Les pays exportateurs de biens manufacturiers devraient également pâtir de cette situation.

Sur le volet budgétaire, la cible du déficit budgétaire est fixée à 2,8 % du PIB, inférieure à la cible de 3,2 % du PIB fixée en 2021. Les quotas pour les émissions spéciales des gouvernements locaux restent inchangés à 3,65 trillions RMB, pour financer les projets d’infrastructures. Des abattements fiscaux ont également été mentionnés pour les PME.

La Chine veut garder une croissance forte en 2022, malgré les différents vents contraires. La politique économique, notamment monétaire, sera de plus en plus accommodante pour atteindre cet objectif de croissance ambitieux. À noter : la croissance moyenne du PIB entre 2020 et 2021 a été 5,2 %. Cependant, la Chine a besoin de reformes structurelles importantes pour surmonter les risques liés aux gouvernement locaux et à la crise immobilière, ainsi qu’au vieillissement de sa population. C’est le changement du modèle de croissance chinoise qui est le plus important.

Implications en termes de stratégie d’investissement : la politique monétaire accommodante devrait soutenir les emprunts d’État souverains chinois. Quid du yuan ? La devise chinoise a joué le rôle de valeur refuge dans ce contexte de tensions géopolitiques élevées. Le yuan devrait continuer à bénéficier de l’aversion au risque élevée, mais son potentiel d’appréciation devrait être limité à cause de la divergence de politique monétaire par rapport aux États-Unis et l’impact sur les exportateurs chinois. Les Russes ont probablement augmenté leurs détentions en yuans, afin de faire face aux sanctions financières de l’OTAN, ce qui expliquerait également la stabilité du yuan vis-à-vis du dollar depuis le début du conflit.

Nouveau record historique pour les prix alimentaires en février : principale arme déstabilisatrice pour les pays émergents

L’indice FAO des prix alimentaires a atteint un nouveau record  historique en février, lié à la hausse des prix des huiles végétales et des produits laitiers.

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L’indice des prix alimentaires (réel, indice nominal ajusté d'après l'indice de valeur unitaire des produits manufacturiers publiés par la Banque mondiale) a augmenté de 3,9 % en février par rapport à janvier, soit 18,7 % GA. Depuis la fin de l’année 2019, les prix alimentaires ont augmenté de 35,5 %.

Les potentielles distorsions dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires liées à la crise ukrainienne interviennent à un moment critique pour les pays émergents, car les prix alimentaires sont déjà élevés.

Le graphique ci-dessous montre les pays les plus dépendants du blé russe et ukrainien et donc susceptibles de souffrir d’une perturbation prolongée des chaînes d’approvisionnement liée au conflit entre l’Ukraine et la Russie.

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Ce sont également des pays qui subissent aussi des conflits armés et de l’instabilité politique comme l’Égypte, la Turquie et le Kenya et, donc, qui risquent de voir leur situation s’empirer lorsque leurs populations auront faim.

La Turquie importe 75 % de son blé de Russie et d’Ukraine ; 51 % de sa population ont déclaré n’avoir pas pu se procurer de la nourriture durant les 12 derniers mois, selon un sondage Gallup de 2021. La vulnérabilité actuelle de la Turquie pourrait être encore aggravée par sa crise économique persistante et son taux d’inflation élevé.

Il en est de même pour l’Égypte, où le sondage Gallup montrait que 4 Égyptiens sur 10  avaient déclaré en 2021 n’avoir pas pu se procurer de la nourriture durant les 12 derniers mois. Cependant, l’inflation a augmenté dans le pays (7,3 % en janvier) et de nouvelles augmentations des prix des denrées alimentaires, liées à l’invasion de l’Ukraine par la Russie pourraient effacer les gains économiques modestes réalisés par l’économie égyptienne.

L’impact de la crise en Ukraine se fait déjà sentir sur les prix alimentaires qui ont augmenté partout dans le monde. Pour les pays émergents, c’est le facteur déstabilisant et qui peut entraîner une instabilité supplémentaire. L'Ukraine était le deuxième fournisseur de blé du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies en 2020 et 2021. Incapable de se procurer du blé en Ukraine, le PAM devra probablement acheter le grain auprès d'autres sources plus chères et disposera donc de moins d'aide à offrir aux populations les plus vulnérables.

Implications en termes de stratégie d’investissement : les pays importateurs, cités ci-dessus, devraient être les plus pénalisés par le conflit. L’Australie devrait tirer son épingle du jeu en approvisionnant l’Asie. Y a aura-t-il un rapprochement de circonstance avec la Chine qui avait interdit ses importations ?…

 

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents