Le magazine expert d’Ostrum AM

Un retour aux années 1970 ?

L’enquête S&P global MI sur le secteur manufacturier des pays émergents indique un rebond de l’activité en juin lié à la Chine.
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L’allégement des restrictions de mobilité a permis à l’activité chinoise de rebondir. Cependant, la reprise est plus lente que lors du confinement de 2020 et reste déséquilibrée. La soutenabilité de la reprise de l’activité des services reste incertaine. La dernière enquête trimestrielle de la PBoC sur la confiance du consommateur dans ses perspectives d’emploi pour le deuxième trimestre – et donc sur ses revenus
futurs – est au plus bas depuis le début de la pandémie. Le taux de chômage des jeunes est au plus haut à 18,4 %. Xi Jinping a réitéré le maintien de sa stratégie zéro Covid, qui est, selon lui, "la plus efficace sur le plan économique et sanitaire". Le zéro-Covid continuera de caper la croissance chinoise.

 

La soutenabilité de la reprise chinoise post-confinement omicron est mise en doute par la détérioration du marché du travail.

Sur le reste de l’Asie, l’activité se modère légèrement, mais les indices PMI restent, dans l’ensemble, au-dessus du seuil de neutralité. Les indices PMI manufacturiers de Thaïlande, d'Indonésie, des Philippines, de Corée du Sud, d'Inde et du Vietnam restent au-dessus du seuil de neutralité, indiquant que l'activité continue de croître, mais à un rythme moindre que les mois précédents. La Malaisie est le seul pays qui voit son enquête s'améliorer à 50,4 (contre 50,1). C'est l'économie la plus diversifiée de la région. L'Asie est la seule région qui n’a commencé que récemment à relever ses taux directeurs  pour lutter contre l'inflation et les taux réels restent négatifs dans l'ensemble (à l'exception de l'Indonésie), ce qui continue de soutenir l'activité.

Le principal risque pour la région asiatique est une contraction du commerce mondial liée à une récession aux États-Unis et en Europe.
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La composante « nouvelles commandes à l’export » dans l’enquête S&P Global MI sur le secteur manufacturier se stabilise à 49,5 en juin, mais reste sous le seuil de neutralité, reflétant un ralentissement du commerce mondial. Cette composante est bien corrélée avec les exportations asiatiques (volume) du CPB. L’Asie devra se focaliser sur sa demande interne pour prendre le relais du commerce extérieur ; or la demande interne montre des signaux de faiblesse, à l’image de la baisse du ratio « nouvelles commandes » sur stocks de l’enquête S&P global Asie ex Chine. C’est un point auquel il faudra être attentif.
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A contrario, en Europe de l’Est, le plongeon s’accélère, en Pologne et en Tchéquie, reflétant leur exposition directe à la hausse des prix des matières premières, notamment de l’énergie et des matériaux de base qui pénalisent leur production manufacturière, alors que les distorsions dans les chaînes d’approvisionnement persistent. Ces pays risquent de subir un arrêt soudain de leur approvisionnement en gaz russe, alors que la Hongrie devrait être épargnée, à cause de sa relation étroite avec le gouvernement russe. En tous cas, c’est ce que révèle son enquête S&P Global MI sur le secteur manufacturier qui a rebondi fortement en juin (+ 5 points en juin par rapport à mai à 57), reflétant ces suppositions.
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En Turquie, l’activité continue de se contracter en juin, en lien avec l’hyperinflation (le taux d’inflation est proche des 80 % en juin). Le pic d’inflation est loin d’être atteint, à cause des coûts élevés de l’énergie, de la faiblesse de la livre et de la Banque centrale qui ne veut pas relever ses taux.


En Amérique latine, les enquêtes indiquent un fort rebond de l’activité en Colombie et Mexique, malgré la hausse des prix des intrants. Au Brésil, l’activité continue de croître également. Pour la Colombie, l’enquête justifie la hausse de 150 pdb du taux directeur à 7,5 % pour calmer les pressions inflationnistes issues de l’activité. C’est le seul pays qui continue d’avoir une politique budgétaire expansionniste. Le Mexique bénéficie du report de clients qui n’arrivent pas à s’approvisionner ailleurs, notamment grâce à la création de nouveaux pipelines. Le choc ukrainien constitue une opportunité pour l’Amérique latine dont les sols regorgent de matières premières pour résoudre les problèmes de pénuries.

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Les pays producteurs et exportateurs de matières premières bénéficient pleinement des prix élevés, ce qui permet de limiter l’impact du resserrement monétaire américain.

Pourquoi 1970 ? L’environnement économique actuel ressemble à celui des années 70, caractérisé par des prix de matières premières élevés, notamment de l’énergie. Les années 70 étaient caractérisées par une décennie de forte croissance pour les pays émergents, notamment pour les pays producteurs et exportateurs de matières premières. Les enquêtes sur le secteur manufacturier pour le mois de juin indiquent une expansion de l’activité seulement en Amérique latine, région riche en matières premières, malgré les hausses de taux agressives des Banques centrales de la région. Le choc ukrainien constitue une opportunité pour l’Amérique latine dont les sols regorgent de matières premières pour résoudre les problèmes de pénuries.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents