Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Chine : la reprise reste intacte

Les enquêtes officielles (secteurs manufacturier, services et composite) et Caixin (secteur manufacturier) pour le mois d’avril indiquent que la reprise de l’activité chinoise reste intacte :

  1. L’indice de l’enquête officielle pour le composite (manufacturier + services) est sorti à 53,8, supérieur à la moyenne du premier trimestre 2021 de 53,2. L’indice PMI manufacturier (51,1) reste proche de sa moyenne du premier trimestre de 51,2. La reprise continue ;
  2. L’enquête Caixin pour le secteur manufacturier, qui interroge les petites entreprises privées, s’améliore significativement en avril à 51,9 contre 51 pour sa moyenne du premier trimestre. On note aussi une nette amélioration de l’emploi et des nouvelles commandes, ce qui indique un raffermissement de la demande interne chinoise ;
  3. Les composantes nouvelles commandes à l’export restent bien orientées, indiquant la reprise de la demande globale ;
  4. Tensions sur les prix et délais de livraisons : ce qui ne change pas, dans les deux enquêtes officielles et Caixin, les composantes prix des entrants et prix à la vente continuent à accélérer reflétant la hausse des prix des matières premières. Les entreprises chinoises répercutent une partie de la hausse des prix des entrants sur leurs prix de ventes.

Les délais de livraisons sont plus longs, reflet des pénuries de semi-conducteurs qui inquiètent les entreprises chinoises interrogées. Elles évoquent « un risque sérieux » pour leurs processus de production.

Les tensions sur les prix seront-elles qualifiées aussi « d’effets transitoires » par la Pboc ? Probablement. La politique monétaire chinoise restera ciblée vers les entreprises du secteur privé, afin d’accompagner la reprise du secteur. La pénurie mondiale en semi-conducteurs est un risque baissier sur l’activité. Il faudra être attentif à cela.

  • PIB du premier trimestre

La semaine a été également marquée par la publication des chiffres du PIB du premier trimestre.

                               En Corée du Sud, le PIB a dépassé son niveau d’avant pandémie au premier trimestre.

La croissance du PIB a été d'1,6 % GT (contre 1,2 %), soit 6,6 % en rythme trimestriel annualisé et 1,7 % GA.

Les changements dans les contributions à la croissance trimestrielle sont intéressants : c’est la demande domestique qui contribue le plus à 1,2 ppt et non les exportations nettes (0 %). Cela reflète essentiellement la hausse de l’investissement (0,7 ppt de contribution) liée à l’accélération de la demande mondiale en semi-conducteurs et qui a conduit les entreprises à investir davantage pour faire face aux carnets de commandes. La consommation reste fragile.

La forte demande mondiale et les investissements mis en place devraient continuer de soutenir la croissance au cours des prochains trimestres.

Le principal risque baissier sur les perspectives de croissance reste la pandémie. Les autorités sud-coréennes ont mis de nouvelles restrictions pour freiner la propagation du virus, ce qui risque de  freiner la reprise de  l’activité.

                          Mexique : la persistance de l’épidémie ne fait pas profiter le Mexique du plan de relance massif US

La persistance de l’épidémie ne fait pas profiter le Mexique du plan de relance massif américain. C’est ce que nous dit le chiffre du PIB du premier trimestre qui a progressé de 0,4 % GT, soit - 2,1 % GA . C’est la 6e contraction en glissement annuel, du jamais vu depuis 1982.

Le PIB n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant pandémie, à cause de la résurgence de l’épidémie qui freine sa reprise.

La croissance de la consommation américaine a augmenté de 10 % et pourtant le Mexique n’en profite pas. C’est préoccupant.

Le gouvernement refuse de faire un plan de relance budgétaire, car ses marges de manœuvres sont inexistantes. Il compte sur les envois de fonds des travailleurs migrants pour soutenir la consommation. La politique monétaire est dans une situation compliquée à cause du resserrement des conditions financières internationales.

                             La résurgence de l’épidémie met sous pression les finances publiques

Dernier point, la résurgence de l’épidémie met sous pression les finances publiques, notamment en Amérique Latine.

  • Le Chili a voté une troisième loi pour autoriser les épargnants à puiser dans leurs fonds de pension, malgré l’opposition de son président. La première fois, était en juillet 2020, en pleine pandémie et cela avait permis de relancer la consommation, comme le montre le graphique ci-contre sur les importations chiliennes. En février 2021, le gouvernement a procédé à une deuxième autorisation, mais l’effet a été moindre sur la consommation. Si cette initiative est positive sur le court terme, elle détériore en revanche les perspectives de long terme. 37,5 Mds $ d’épargne retraite ont été retirés par les Chiliens depuis le début de la pandémie.

  • En Colombie, le président veut mettre en place une réforme fiscale pour assainir les dépenses publiques qui ont dérapé à cause de la pandémie.
  • Cependant, cette proposition s’est heurtée à des contestations, même auprès de son camp à cause de la résurgence de l’épidémie.
  • Le profil de crédit du pays est à risque, car les agences de notation ont indiqué que la réforme fiscale était primordiale pour que le pays garde sa notation BBB -.
  • La Colombie est le seul pays en Amérique Latine à enregistrer un creusement de son déficit en 2021 selon le FMI à - 8,3 % du PIB contre - 6,9 % du PIB en 2020 et - 2,6 % du PIB en 2019. Sans cette réforme, le risque est un dérapage des finances publiques, surtout que les prochaines élections présidentielles approchent (mai 2022) et risquent d’augmenter l’incertitude sur la gestion des finances publiques du pays.
  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents