Le magazine expert d’Ostrum AM
  • Le début de normalisation de la politique monétaire US a forcé la main à des banques centrales de pays émergents pour relever leurs taux directeurs

 

La semaine dernière a été marquée par un revirement de banques centrales de pays émergents qui sont devenues plus « hawkish ». 

Ainsi, le Mexique a relevé par surprise de +25 pb son taux directeur à 4,25 % , la Hongrie a relevé de +30 pb à 0,90 %. La semaine dernière c’étaient le Brésil  (+75 bp à 4,25 %) et la Tchéquie (+25 pb à 0,5 %) qui avaient relevé leurs taux d’intérêt de référence.  Ce matin, la Russie a indiqué considérer des hausses entre 25-100 pbs de son taux d’intérêt principal.


A l’exception de quelques banques centrales ( Brésil, Ukraine, Afrique du Sud , Russie) qui avaient commencé ou indiqué dès la fin de l’année dernière un resserrement de leur politique monétaire, les autres étaient plus réservées. La résurgence de l’épidémie et l’incertitude sur le caractère persistant ou transitoire de l’inflation ont continué de peser sur les banques centrales des pays émergents. 

Cependant, le début de « normalisation » des taux d’intérêt réels de la Fed au dernier FOMC , leur a forcé la main pour relever leurs taux directeurs afin de préserver leur avantage de taux réels. Le dollar s’est renforcé dans le sillage de la hausse de ses taux d’intérêt réels, à l’image de l’indice « ICE dollar » qui a enregistré une performance de +2 % après le FOMC du 15-16 juin et jusqu’au 22 juin. Des taux d’intérêt réels négatifs rendent moins attractifs les actifs financiers des marchés émergents, notamment leurs devises.  Le risque est que la dépréciation des devises via les effets de contagion à l’inflation entraine dans son sillage la hausse des taux d’intérêt domestiques. Les coûts d’emprunt augmentent ce qui fragilise les pays ayant un déficit budgétaire élevé comme la Turquie, l’Afrique du Sud et le Brésil qui doivent refinancer leur dette.

On peut  noter que les taux directeurs des banques centrales restent à des niveaux historiquement bas reflétant les baisses agressives de 2020 pour limiter l’impact de la pandémie , ce qui leur permet de ne pas trop contraindre l’activité ( les taux réels restent négatifs , graphique ci-contre).

Les devises des pays dont la politique monétaire est devenue moins expansionniste sont celles qui se sont appréciées face au dollar depuis le dernier FOMC ( graphique ci-contre). On retrouve en tête le réal et le peso mexicain.

Pour la Turquie, dont la livre enregistre une des plus mauvaises performances  (-2,4 %) contre dollar depuis le dernier FOMC, la rhétorique « hawkish »  n’est pas suffisante. Le rand sud-africain enregistre également la plus mauvaise performance contre le billet vert  (-2,6 %) , en dépit de la hausse des prix des matières premières notamment des métaux. L’inflation a accéléré à 5,2 % en mai, proche de la borne supérieure de sa cible de 6%. Son taux directeur est de 3,5 %. L’Afrique du Sud est également un pays à déficit budgétaire élevé (-10.6% du PIB prévu par le FMI pour 2021) qui doit refinancer sa dette.


L’Asie est l’exception.  L’inflation reste inférieure à la cible des banques centrales dans l’ensemble (sauf aux Philippines, Pakistan, Inde et Corée du Sud) et permet aux banques centrales de la région d’accompagner la reprise de leur activité. Cependant, la semaine dernière les Philippines ont gardé leur taux directeur inchangé à 2% à cause de la résurgence de l’épidémie dans le pays, qui a contraint à mettre en place de nouvelles restrictions sanitaires qui pèseront négativement sur l’activité. La Corée du Sud a indiqué normaliser sa politique monétaire au cours des prochains mois. L’inflation a été de 2,6 % en mai supérieure à sa cible de 2%. Les marges de manœuvre budgétaires sont plus importantes en Asie que dans les autres régions, ce leur permet de soutenir l’activité.
 

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents