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•    Chine : quelles implications de la nouvelle cible de croissance  « plus de » 6 % pour 2021 ?

La session annuelle du Parti communiste chinois s'est terminée vendredi dernier.  Les autorités ont donné leur cible de croissance pour 2021 qui est « plus de » 6 %.
En 2020, les autorités chinoises n'avaient pas donné de cible de croissance, à cause de la forte incertitude liée à la pandémie. La nouveauté est le terme « plus de » qui remplace « autour » de 6 % , ce qui signifie que la croissance sera d'au moins 6 %. La prévision de croissance du FMI est de 8,1 % pour cette année. Cela signifie que la croissance chinoise pourrait être supérieure à 6 % cette année. La Chine est le seul pays du G-20 à avoir enregistré une croissance positive en 2020 à 2,3 %. L'écart de croissance avec les États-Unis a été le plus fort de ces derniers années  à 5,8 % (les États-Unis ont un PIB qui a plongé de - 3,5 % en 2020).  L'écart est encore plus grand avec les autres économies développées.
Cependant, la cible de « plus de » 6 % n'est pas élevée et suggère une stabilisation des mesures de soutien mises en place lors de la pandémie, mais pas de stimulus important à venir.  La pandémie a exacerbé l’endettement, notamment celui des entreprises d'État qui est de 142 % du PIB, soit 12 ppt de plus qu'en 2019.  Leur part dans l’endettement total des entreprises non financières est le plus élevé au monde, à 85 %. Beaucoup d'entre elles ont fait défaut cette année et les autorités souhaitent corriger ce déséquilibre à  l’image du géant chinois, HNA, du tourisme et de l'aviation  qui est en procédure de faillite. Les autorités craignent que ces successions de défaut se matérialisent en un risque systémique sur le secteur bancaire, ce qu’elles souhaitent éviter. Le but est de corriger les déséquilibres macroéconomiques, tout en continuant de se développer économiquement.
Les deux principaux axes de développement économique sont la technologie et la transition énergétique. La Chine s’est fixée comme objectif « sans carbone » à horizon 2060. Le pays emploie désormais 4 millions de personnes pour assurer la transition énergétique, tandis que l'Europe, qui était auparavant leader dans le secteur des énergies renouvelables, compte désormais 1,2 million de personnes travaillant dans l'industrie, contre 700 000 aux États-Unis. C’est donc un secteur exploité par les autorités pour créer des emplois et in fine soutenir la consommation dont la part dans le PIB reste faible, à 40 %.


•    60 % de hausse des exportations chinoises en ce début d’année lié au faible effet de base de 2020, mais la Chine devrait continuer à profiter des plans de relance américains
Les exportations chinoises ont bondi de plus de 60 % GA en janvier-février, liées au faible effet de base de 2020 (- 17,4 % GA sur janvier-février 2020), en raison des restrictions mises en place pour freiner la propagation de l’épidémie. Les importations ont bondi de 22 % GA, soit un solde de la balance commerciale de 103,5 Mds $.


Cependant, le rebond des exportations reflète aussi une forte demande en produits informatiques et en matériel médical liés à la pandémie. La Chine profite aussi des plans de relance américains qui soutiennent la demande en ses produits. Par destination, les exportations vers ses principaux partenaires commerciaux ont enregistré une croissance de plus de 40 %.
Du côté des importations, on note une divergence entre les industries dites « lourdes » et technologiques à l’image des importations en minerais de fer (2, 8 % GA) et pétrole (4,1 % GA ) et de celles en circuits intégrés qui ont progressé de 36 % GA, soit au-dessus des 22,1 % enregistrés sur toute l’année 2020.
Cela reflète son besoin en semi-conducteurs vital pour son développement économique. La part des importations en circuits intégrés représente désormais 15 %  des importations totales, dépassant  celle des importations du pétrole (6,5 %), reflétant le virage technologique chinois.


Si la vaccination devrait en finir avec la pandémie et réduire la demande en produits informatiques et matériel médical, la Chine devrait cependant continuer à profiter des plans de relance américains qui ciblent la consommation des ménages.


•    OPEP : Production inchangée car les stocks des États-Unis restent élevés
L’OPEP+ a décidé de garder sa production de brut inchangée pour le mois d’avril. L’Arabie Saoudite a maintenu sa baisse volontaire de production d'1 Mbj. La Russie et le Kazakhstan sont autorisés à augmenter légèrement leurs productions à respectivement 130 kb/j et 20 kb/j.
Les raisons qui ont poussé l’OPEP+ à garder à l’unanimité leur production inchangée est à chercher du côté des stocks, notamment américains, qui restent aussi sur des niveaux élevés. Autrement dit, le marché du pétrole a des capacités réduites pour absorber une hausse de production du brut par l’OPEP.


Les récentes déclarations de Joe Biden, qui a récemment mis en cause la couronne saoudienne dans l’assassinat du journaliste Khashoggi a sans doute été aussi un moyen de pression sur l’Arabie Saoudite pour ne pas augmenter sa production et baisser les cours, ce qui pénaliserait l’industrie américaine du schiste.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents

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