Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Asie : la situation de l’emploi reste faible et c’est un mauvais signal pour la consommation

En Asie , la situation de l'emploi reste faible, voire se détériore, en janvier.  
La composante "emploi" dans les enquêtes IHS/Markit dans le secteur manufacturier reste au-dessous du seuil de neutralité pour un grand nombre de pays (sauf Taiwan). En Chine, la situation de l’emploi ne s’améliore plus en janvier.


C'est un mauvais signal pour la consommation et la soutenabilité de la reprise de la région.
Le rebond de l'activité en Asie avait été rapide, soutenu par la reprise du commerce mondial et de l’économie chinoise. Cependant, sa soutenabilité dépendra de la reprise du secteur des services qui dépend de celle de la consommation.  La détérioration de la situation de l'emploi et les restrictions de voyager liées à l’épidémie, notamment pour les pays liés au tourisme, pénalisent la reprise de la consommation.

•    L’accélération de la hausse des prix alimentaires au niveau mondial continue et menace les pays les plus pauvres…

La hausse des prix alimentaires au niveau mondial continue son accélération en ce début d’année.
L’indice FAO est au plus haut depuis juillet 2014 et à + 24 % depuis son plus bas de mai 2020. La hausse est liée à l’augmentation des prix des céréales (+ 27 % depuis mai 2020), ainsi que celle des huiles alimentaires (+ 78 %) qui ont fortement augmenté.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse :

  • les distorsions sur la production agricole liée à l’épidémie ;
  • le fort appétit chinois pour les céréales qui reconstitue ses stocks stratégiques dans lesquels elle peut puiser en cas de résurgence de l’épidémie ;
  • les mauvaises conditions climatiques, notamment le phénomène la Nina, qui a réduit la production agricole ;
  • Mais surtout les restrictions d’exportations des grands pays producteurs comme la Russie, premier producteur mondial de blé, qui a augmenté ses taxes sur ses exportations, afin de limiter l’inflation domestique ;
  • sur les huiles alimentaires, la hausse des prix est expliquée par celle de l’huile de palme, suite à la décision de l’Indonésie (qui produit la moitié de la production mondiale) de fortement augmenter ses tarifs douaniers à l’export de cette denrée, pour financer son programme de bio carburant.
  • les liquidités abondantes octroyées par les principales Banques centrales contribuent probablement aussi à l’envolée des prix agricoles.

La hausse des prix alimentaires menace la stabilité des prix domestiques des pays émergents, mais aussi leur stabilité sociale. Les pays les plus pauvres, notamment d’Afrique subsaharienne, sont déjà fragilisés par la pandémie. Des millions de personnes ont perdu leur emploi et les revenus associés. Ces pays sont des importateurs nets de produits agricoles et la hausse des prix risque de voir émerger des tensions sociales dans ces pays. C’est le principal risque.

•    … et complique aussi la tâche des Banques centrales des pays émergents

La hausse des prix alimentaires entraîne dans son sillage une accélération de l’inflation dans certains pays émergents, notamment dans des pays d’Asie. Cela complique la tâche des Banques centrales pour soutenir l’activité encore fébrile, liée à la résurgence de l’épidémie.

En Philippines, l’inflation a accéléré en janvier pour atteindre un plus haut depuis 2 ans à 4,2 % (contre 3,5 % en décembre),  lié principalement à la hausse des prix alimentaires à 6,6 % GA.


L’inflation dépasse désormais la cible de 4 % de la Banque centrale, limitant les marges de manœuvre de la Banque centrale, alors que l’épidémie repart dans le pays.

•    Les pays africains demandent la restructuration de leur dette dans le cadre de l’Initiative de Suspension du Service de la Dette du G20.

Tchad, Éthiopie et Zambie ont demandé la restructuration de leurs dettes dans le cadre de l’Initiative de Suspension Du Service de la Dette (ISSD) du G20.  
La crise sanitaire a mis sous pression les pays africains, notamment d’Afrique subsaharienne qui doivent faire un choix entre venir en aide à leur population la plus vulnérable ou continuer de rembourser leurs dettes.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’ISSD qui, avec l’aide du FMI et de la Banque mondiale, permet d’éviter des défauts désordonnés en coordonnant les restructurations avec la Chine, le principal créancier de ces pays et les détenteurs d’obligations souveraines, notamment des eurobonds (le Tchad n’a pas d’eurobond). 62 % de la dette bilatérale officielle de l’Afrique est détenue par la Chine. Le changement de financement des pays émergents, avec l’émergence de la Chine comme principal créancier, compliquent les négociations de restructuration de dette.

Sous ce nouveau cadre ISDD, les pays créanciers renégocient les termes de leurs dettes avec les pays surendettés et ensuite ces derniers font la même chose avec les créanciers privés.

D’autres pays pourraient suivre comme le Mozambique ou le Cameroun, où la crise sanitaire à fait chuter les exportations. L’Angola est également dans une position fragile, mais a  trouvé un accord en septembre avec trois de ses principaux créanciers, dont China Developement Bank, à qui il doit 14,5 Mds $, et EximBank (5 Mds $), pour un allégement de dette de 6,2 Mds $ au cours des trois prochaines années. L’Angola fait partie des 73 pays qui peuvent demander l’ISDD.  
La Zambie avait également trouvé un accord avec  China Développent Bank qui a reporté de 6 mois le paiement des intérêts et du principal jusqu’à avril 2021. EximBank a suspendu tous les paiements de son portefeuille de prêts de 110 millions $. Mais cela n’a pas suffi. La crise sanitaire continue et la crise économique aussi, ce qui met les pays africains sous pression.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents