Le magazine expert d’Ostrum AM

•  Le bénéfice de la hausse de prix des matières premières est annulé par l’accélération de l’inflation 

La semaine dernière c’était au tour de l’Afrique du Sud de publier son taux d’inflation pour le mois d’avril qui est sorti à 4.4% ( vs 3.2%), lié à la hausse des prix alimentaires et de l’énergie, soit  pile dans le milieu de la cible de la Banque centrale ( 3-6%). 

La banque centrale ( SARB) a également tenu son conseil de politique monétaire en gardant unanimement son taux directeur inchangé à 3.5% tout en indiquant que le prochain mouvement pourrait être une hausse de taux.

L’Afrique du Sud qui est un exportateur net de métaux précieux,  a bénéficié de l’envolée des prix des matières premières à l’image de son excédent courant  (2% du PIB sur un cumul du compte courant de 4 trimestre) qui explique la bonne performance du rand sud-africain par rapport aux autres devises des pays émergents, notamment celles des producteurs de matières premières. 

Des banques centrales d’autres pays ont été contraintes de relever leurs taux d’intérêt face à l’accélération de l’inflation , mais il est difficile de distinguer entre la nature transitoire ou temporaire du choc. Les politiques monétaires des pays émergents devrait accompagner la reprise de l’activité, surtout que la résurgence de l’épidémie, retarde leur reprise. 

Les banques centrales asiatiques, où les pressions inflationnistes restent pour l’instant contenues, continuent d’accompagner la reprise de leur activité. Toutefois, vu la composition des indices de prix à la consommation de la région avec un fort poids pour l’alimentaire et l’énergie, celle-ci devrait accélérer, si les prix des matières premières continuaient leur envolée.

La hausse des prix des matières premières réduit certes la pression sur la position budgétaire des pays producteurs et exportateurs nets. 

Cependant , les taux d’intérêt locaux, en plus d’être entrainés dans le sillage des taux d’intérêt US , augmentent aussi à cause de la hausse de l’inflation domestique. C’est le cas des pays dits « à forts rendements » dont fait partie l’Afrique du Sud.

C’est problématique car ces pays ont pour la plupart d’importants déficits budgétaires qui signifient d’importants besoins de financements. D’autre part, la pandémie persiste dans un grand nombre de pays et engendre des dépenses supplémentaires.  

Si la dette est essentiellement locale et que la part des non-résidents dans le marché de dette souveraine locale est faible dans la plupart de ces pays, le risque est que les institutions financières qui sont les principales détentrices de la dette se retrouvent à être solliciter davantage au détriment du crédit octroyé à l’économie réelle, ce qui serait un moindre soutien à l’activité. 
Dans le cas de l’Afrique du Sud, la part des non-résidents est de près de 30%, ce qui est loin d’être négligeable, et accentue le risque de hausse des taux locaux en cas de changement du sentiment des investisseurs étrangers.

  • Thaïlande : la lente reprise du tourisme et la résurgence de l’épidémie détériorent les perspectives de croissance du pays.

La croissance du PIB au T1 2021 a été de 0.2% GT ( vs 1.1%), soit -2.6% GA ( vs -4.2% GA). 

La Thaïlande fait face à une résurgence de l’épidémie depuis le mois de mars et qui s’est accentuée en avril, la contraignant à mettre en place de nouvelles mesures de restrictions afin de freiner la propagation de l’épidémie, ce qui devrait se traduire par une contraction du PIB au T2. 
Le gouvernement a également annoncé d’autres mesures budgétaires afin de soutenir la consommation intérieure qui vont se traduire par 16 mds $ de nouveaux emprunts, ce qui devrait augmenter le ratio dette publique à  58.6% du PIB d’ici septembre ( vs 53.3% en mars 2021), proche de la limite de 60% fixé par les autorités. 

La Banque centrale a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour cette année à 1.5-2.5% contre 2.5-3.5% en février (les nouvelles prévisions prennent en compte les dépenses supplémentaires). Le tourisme compte pour 12% du PIB du pays.


La lente reprise du tourisme a également des conséquences sur le compte courant de la Thaïlande, qui avec la Turquie, fait partie des rares pays à avoir une détérioration de son compte courant en 2020. Après avoir atteint en moyenne 7% du PIB entre 2018 et 2019, le surplus courant s’est réduit à 3.2% du PIB en 2020. Il n’est que de 0.5% du PIB en avril 2021. La persistance de la chute des revenus touristiques devraient augmenter la vulnérabilité extérieure du pays. 

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents