Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Chine : la reprise devient plus équilibrée

Les chiffres du PIB du premier trimestre étaient attendus fortement en hausse, à cause du faible effet de base de l’année dernière qui explique le fort rebond de 18,3 % GA.

Ce qui compte est la variation trimestrielle, 0,6 % au premier trimestre, après un chiffre pour le quatrième trimestre révisé à la hausse à 3,2 % (contre 2,6 %). La faible variation trimestrielle du PIB du premier trimestre est liée également aux nouvelles mesures de restriction mises en place pendant le nouvel an chinois, afin d’éviter une propagation de l’épidémie. Cela montre la sévérité des mesures de restrictions qui ont eu un impact important sur la croissance du PIB du premier trimestre et souligne ainsi la fragilité de la reprise qui est étroitement liée à l’évolution de la pandémie.

La kyrielle d’indicateurs conjoncturels pour le mois de mars était très attendue, car ils permettent de jauger la structure de la reprise : la demande interne chinoise se renforce. La reprise chinoise qui était jusqu’à présent tirée par la production industrielle et qui accompagnait le boom des exportations, bascule vers la demande interne (voir :  La Chine entame la Phase 2 de sa reprise). La reprise de l’activité chinoise devient plus équilibrée. La politique économique, notamment monétaire, devrait accompagner la reprise de la demande interne, en continuant de cibler les PME et le secteur manufacturier.

L’autre point important est l’amélioration du marché du travail. Le taux de chômage a baissé en mars à 5,3 % (contre 5,5 %). Même si celui-ci n’est pas très exhaustif, à cause de la difficulté à répertorier les travailleurs migrants, les données sur ces derniers sont plutôt encourageantes. Leur nombre a augmenté de 42,1 % GA en mars, soit à résorber la chute de - 31 % GA de mars 2020. Leur revenu mensuel moyen a augmenté également de 3 % au premier trimestre par rapport au quatrième trimestre, soit 13,8 % GA. L’amélioration du marché du travail est un soutien à la consommation des ménages.

•    Turquie : Statu quo pour le moment, mais il faut distinguer les intentions et les possibilités

L’autre événement attendu de la semaine a été le premier conseil de politique monétaire du nouveau gouverneur Şahap Kavcıoğlu.

La décision prise a été de garder le principal taux d’intérêt inchangé à 19 % et le communiqué a été plus dovish que son prédécesseur.

En effet, l’orientation prospective hawkish a été retirée : "The tight monetary policy stance will be maintained decisively, taking into account the end-2021 forecast target, for an extended period until strong indicators point to a permanent fall in inflation and price stability", ainsi que "Additional monetary tightening will be delivered if needed”.

À noter aussi : l'objectif d'inflation en fin d'année de 9,8 % a été supprimé. Ce qui est resté est un message qui se veut rassurant "The policy rate will continue to be determined at a level above inflation to maintain a strong disinflationary effect until strong indicators point to a permanent fall in inflation and the medium-term 5 percent target is reached."

En limogeant l’ancien gouverneur, le bénéfice de la hausse de taux a été totalement effacé.  
On peut le voir sur le graphique ci-dessous qui représente la volatilité de la parité USD-TRY accentuée suite à la décision.

Le changement à la tête de la Banque centrale reflète des perspectives politiques de court terme : l’inflation doit être sacrifiée au profit de la croissance. Celle-ci viendra de la dépréciation de la livre qui augmentera la compétitivité des exportations turques. C’est le pari actuel et les intentions des autorités turques. Cependant, la politique monétaire devrait être contrainte par la balance des paiements. Les besoins de financements sont importants (doubles déficits budgétaires et courant) et les réserves de change sont à un niveau faible. Cela ne laisse pas trop de place pour les intentions des uns et des autres…

À suivre.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents