Le magazine expert d’Ostrum AM

L’enquête trimestrielle réalisée par l’INSEE en octobre montre que les chefs d’entreprises deviennent plus prudents en matière d’investissement.

Après une hausse estimée à 4 % en 2019, ils prévoient de baisser leurs dépenses d’investissement d'1 % en 2020. Elles ralentiraient fortement dans le secteur de la fabrication des biens d’équipement (0 % en 2020, après 5 % en 2019) et de manière très marquée dans celui de la fabrication des matériels de transport (2 % en 2020, après 11 % en 2019), dont l’automobile (2 % en 2020, contre 18 % en 2019).
Variation annuelle de l'investissmeent dans l'industrie manufacturière 1993-2020. Sources : Datastream, Ostrum AM

L’enquête montre que les perspectives de demande, tant interne qu’externe, se sont nettement dégradées par rapport à 2018. Alors qu’elles se situaient à un niveau bien supérieur à leur moyenne de longue période depuis 2016, elles se sont franchement détériorées pour s’établir à un niveau bien inférieur à celle-ci en 2019 et 2020. Cela pèse sur les perspectives d’investissement en dépit de conditions de financement globales, et notamment d’un niveau de taux d’intérêt, restant jugées comme très favorables. Cela est, en effet, une condition nécessaire, mais pas suffisante, à une hausse de l’investissement.
Facteur influançant l'investissement : Perspectives de demande. Sources: Datastream, Ostrum AM

Cette enquête fait craindre un net ralentissement de l’investissement des entreprises en France au cours des prochains mois, comme le laisse présager le graphique suivant représentant les commandes adressées aux chefs d’entreprises du secteur des biens d’équipement et la contribution à la croissance de l’investissement productif à la croissance française.

France : Contribution à la croissance de l'investissment productif et commandes globales de biens d'équipement. Sources : Datastream, Ostrum AM.

Les chiffres des commandes allemandes publiés hier donnent le même signal. Leur rebond au mois de septembre doit être relativisé en raison de leur forte volatilité. Les commandes de biens d’équipement adressées aux industriels allemands continuent de se contracter au mois de septembre sur un an (- 3,4 %) présageant un plus faible investissement de la part des pays de l’OCDE, comme le montre le graphique suivant.

Commandes de biens d'équipement de l'industrie allemande en investissmeent des pays de l'OCDE en glissement annuel. Sources : Datastream, Ostrum AM.

Aux États-Unis, comme le laissaient présager les livraisons de biens d’équipement, l’investissement des entreprises a contribué négativement à la croissance du PIB au 3e trimestre. Cela est lié au fort repli, et ceci pour le 2e trimestre consécutif, de l’investissement en structure, mais aussi à la nette baisse de l’investissement en biens d’équipement, et ceci pour la première fois depuis le 2e trimestre 2016.
Etats-Unis : Contributions à la croissance trimestrielle du PIB de l'investissement non-résidentiel - Taux annuel 2013-2019. Sources : Datastream, Ostrum AM.
Ces données et enquêtes récentes révèlent un comportement plus prudent de la part des chefs d’entreprises face à la détérioration des perspectives de demande et au maintien d’une incertitude élevée liée aux tensions commerciales et au Brexit. Le risque est celui d’un plus faible investissement et, in fine, de moindres créations d’emplois qui pourraient à terme peser sur la demande interne qui restait jusque-là relativement résiliente.