Le magazine expert d’Ostrum AM

L’économie allemande a certes échappé de peu à une récession technique au 3e trimestre, mais les dernières enquêtes de conjoncture ne permettent pas d’écarter ce risque pour les prochains mois.

Après s’être contracté au 2e trimestre, le PIB allemand s’est légèrement repris au 3e trimestre pour progresser de 0,1 %, soit 0,3 % en taux annualisé. Le chiffre du 2e trimestre a été révisé en baisse pour ressortir à - 0,2 % (- 1 % en taux annuel), contre - 0,1 % initialement publié. De la sorte, l’acquis de croissance calculé pour l’année 2019 (croissance annuelle moyenne calculée en supposant une stabilité du PIB au
4e trimestre) est de seulement 0,5 %, à comparer à une croissance de 1,5 % en 2018 et 2,8 % en 2017.  

Dans le détail, la croissance a bénéficié au 3e trimestre du maintien d’une demande interne solide (contribution de 1,5 point de pourcentage [pp] en taux annuel), à travers la progression de la consommation des ménages, des dépenses publiques et de l’investissement résidentiel. Le point négatif est venu de la baisse de l’investissement en machines et équipements (- 9,8 % en taux annuel) et ceci pour la 1re fois depuis le 4e trimestre 2016, enregistrant son plus fort recul depuis le premier trimestre 2013. L’organisme de la statistique indique que cela vient principalement d’effets spéciaux liés à l’investissement des administrations publiques. Cela suggère également que les chefs d’entreprises sont devenus plus prudents et réduisent leurs investissements en biens d’équipement face au maintien d’une incertitude élevée et persistante liée aux tensions commerciales et au Brexit. Cela a contribué négativement à la croissance, à hauteur de - 0,7 pp.  

Après avoir pesé sur la croissance au 2e trimestre, le commerce extérieur a contribué positivement à celle-ci (à hauteur de 1,9 pp en taux annuel), en raison d’un rebond des exportations après un fort recul le trimestre précédent. Les importations n’ont que légèrement progressé.

Enfin les stocks ont fortement pesé sur la croissance au 3e trimestre (à hauteur de  - 3 pp en taux annuel contre + 0,9 pp au deuxième trimestre). Cet effet devrait corriger au 4e trimestre.

Zone Euro : Nouvelles Commandes Exportation Enquete PMI-Markit 2019
Les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprises ne sont pas réjouissantes, comme le montre le graphique suivant. Les indices d’activité ont certes eu tendance à se stabiliser en novembre, voire à légèrement s’améliorer pour le ZEW (moyenne de la composante anticipation et situation courante), mais ils restent très inférieurs à leur moyenne de longue période (0 sur le graphique), révélant une forte contraction de l’activité.

Allemagne : Enquête de conjoncture 1998 - 2019. Sources : Datastream, Ostrum AM
Clairement, les risques pesant sur la croissance germanique sont toujours prégnants et on ne peut exclure une entrée en récession au cours des prochains mois comme le montre le graphique suivant. L’indice composite PMI/Markit  recalculé reste très inférieur à 50 (47,8 en novembre), signalant une forte contraction de l’activité et présageant un recul du PIB. Il reste sur des plus bas depuis juin 2013. Cet indice est la moyenne pondérée des indices synthétiques du secteur manufacturier et des services par leur poids respectif dans la valeur ajoutée. Un indice synthétique des services est préalablement calculé en prenant comme modèle celui du secteur manufacturier. Il prend en compte les composantes production, nouvelles commandes, emploi et délais de livraison.
Allemagne : Croissance trimestrielle du PIB et indice synthétique de l'enquête PMI/Markit. Sources : Markit, Datastream, ostrum.com
Le secteur manufacturier continue de se contracter fortement (indice de 43,8), et ceci pour le 9e mois consécutif, en raison notamment de la nette baisse des nouvelles commandes à l’exportation. Il entraîne dans son sillage le secteur des services qui se contracte légèrement pour le 2e mois consécutif (49,5 en novembre).
Allemagne : Indices synthétiques d'activité. Sources : Markit, Ostrum AM
Cela s’est traduit par une nette inflexion de la composante emploi qui se stabilise à 50 en novembre, présageant une atonie du marché du travail. Il continue de se contracter fortement dans le secteur manufacturier et a nettement ralenti dans celui des services.
Allemagne : Variation trimestrielle de l'emploi et composante emploi de l'enquête PMI/Markit. Sources : Markit, Datastream, Ostrum AM

Conclusion

L’Allemagne a échappé de justesse à une récession technique, mais n’est pas tirée d’affaire pour autant. Les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprises se sont certes stabilisées en novembre, mais signalent toujours une forte contraction de l’activité. Le secteur manufacturier est en récession, affecté par l’impact des tensions commerciales sur le commerce mondial, les difficultés du secteur automobile et le ralentissement de la croissance mondiale. Sa contraction forte et durable affecte le secteur des services qui voit à son tour son activité diminuer, ce qui sera de nature à peser plus largement sur la croissance. Les chefs d’entreprises deviennent prudents face au maintien d’une incertitude élevée et persistante liée aux tensions commerciales et au Brexit. Ils ont réduit leurs dépenses d’investissement au 2e trimestre et fortement ralenti le rythme de création d’emplois depuis le début de l’année. Cela risque ainsi de peser sur la consommation des ménages et donc sur la croissance. Un accord éventuel de phase 1 entre la Chine et les États-Unis n’y changerait, rien puisqu’il ne permettrait pas de résoudre le cœur du problème, celui du leadership technologique, et ferait ainsi courir le risque d’une nouvelle escalade des tensions commerciales dans le futur. Ce serait juste une nouvelle trêve, rien qui puisse réduire l’incertitude actuelle et amener les chefs d’entreprises à se projeter dans le futur.