Le magazine expert d’Ostrum AM

La fin des voyages aériens et du tourisme pour limiter la propagation du virus et le confinement ont provoqué la baisse demande de pétrole d'un peu plus de 30%. Le marché de l'or noir s'est trouvé fortement déséquilibré puisque les producteurs continuaient d'exploiter leurs gisements sans relâche. Cela s'est traduit par un stockage massif du pétrole et une baisse de prix.

Le déséquilibre était tel, cependant, que lorsqu'un contrat est arrivé à échéance le 20 avril, le prix s'est effondré passant en territoire négatif pour la première fois. Le mécanisme est que des achats de contrats à échéance mai 2020 sur des barils de pétrole devaient être revendus ou roulés (opération qui permet de changer d'échéance). Cependant la demande était tellement faible que ces opérations n'ont pu avoir lieu. Personne ne voulait de ce pétrole maintenant. Il a été nécessaire d'offrir des prix négatifs pour les fourguer. Ce prix ne fait que refléter le déséquilibre du marché. Certes la demande s'est effondrée mais les principaux producteurs (USA, Arabie saoudite et Russie) se sont livré une bataille pour savoir qui baisserait sa production le premier. Celui qui lâche le premier perd des parts de marché. Aucun ne voulait être celui-ci. 
Ce mouvement sur le prix va avoir des effets sur l'ensemble des prix pétroliers puisque le déséquilibre est partout. Les pays producteurs vont souffrir et de nombreux puits de shale-oil aux USA fermeront. Cela pourra déstabiliser le marché de la dette risquée (high yield) aux USA car tous les producteurs de pétrole US sont d'importants acteurs sur ce marché. La Fed va redoubler de vigilance.
Un prix très bas favorisera la reprise de l'activité lorsque celle-ci se manifestera. En attendant, la production va baisser et l'exploration sera gelée. Le nombre de barils par jour va diminuer, rapidement maintenant, mais aussi dans la durée. De la sorte, lorsque la demande sera plus vive il remontera peut-être à un niveau très élevé.

L'autre point, est l'annonce du déconfinement en France pour le 11 mai. La question posée est notamment celle de l'allure de la consommation à ce moment-là alors que la crainte d'une deuxième vague épidémique entretiendra l'incertitude. Les ménages dans cette période difficile ont augmenté leur épargne. La collecte du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) est ainsi passée de 1.5 Mds d'euros en février à 3.8 Mds en mars. Pour que le déconfinement soit réussi, il faut qu'une partie de cette épargne soit réintégrer dans la consommation. C'est le challenge de ce déconfinement. Faire de telle sorte que les français sortent à nouveau de chez eux alors que l'incertitude sanitaire reste grande et que la consommation sociale (restaurant, évènements culturels) sera réduite pour maintenir la distanciation sociale nécessaire. La reprise de la croissance sera longue à se dessiner.

 

Philippe Waechter - Chef Economiste