Le magazine expert d’Ostrum AM

Après deux jours de négociation à Washington, la Chine et les États-Unis se sont entendus sur un accord de principe, vendredi 11 octobre. Sa portée est à relativiser à bien des égards : le peu de détail fourni, le travail restant à accomplir, la possibilité que l’accord ne soit finalement pas signé et surtout son champ d’application très restreint.

Cet accord partiel ne répond pas à l’enjeu principal des négociations commerciales : celui du leadership technologique. C’est juste une nouvelle trêve, qui se révèle fragile, dans la guerre commerciale que se livrent la Chine et les États-Unis depuis bientôt 2 ans.

Que contient cet accord ?

Donald Trump s’est révélé très enthousiaste sur la portée de cet accord de principe qu’il qualifie de « très important ». Selon lui, cet accord commercial partiel, la phase 1, comprend :
 

  • Des achats par la Chine de produits agricoles américains entre 40 et 50 Mrds de $. Cela est à comparer à des achats de l’ordre de 20 Mrds de $ en 2017. Selon les précisions de Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor US, ce montant serait annuel et pourrait être atteint d’ici 2 ans, sans donner plus de détail.
  • De manière très vague, Donald Trump a par ailleurs évoqué :
    - des avancées sur certains aspects de la propriété intellectuelle ;
    - un accord serait quasiment conclu sur les devises ;
    - ainsi que sur l’ouverture du marché chinois aux entreprises américaines de services financiers.
  • La hausse des droits de douane qui devait s’opérer le 15 octobre, pour passer de 25 % à 30 % sur 250 Mrds de $ d’importations de produits chinois, a été suspendue.
     

Liu He, le vice premier ministre chinois, a simplement déclaré : « Nous avons réalisé de nombreux progrès dans beaucoup de domaines. Nous en sommes heureux. Nous allons continuer nos efforts », sans donner plus de détail. Il ne mentionne pas d’accord, tout comme les sites officiels chinois, et ne fait notamment pas état du montant des achats de produits agricoles US de 40 à 50 Mrds de $ avancé par D. Trump.

Les communications très différentes de la Chine et des États-Unis montrent que rien n’est encore décidé : tout reste à faire. Selon Donald Trump, 4 à 5 semaines seraient nécessaires pour rédiger les termes définitifs de cet accord de phase 1. Il pourrait ainsi éventuellement être signé par Donald Trump et Xi Jinping lors du prochain sommet de l’APEC (Coopération Économique pour l’Asie Pacifique) qui se tiendra en novembre au Chili.


Après la signature de l’accord concernant la phase 1, Donald Trump a indiqué que les négociations reprendraient rapidement pour la phase 2. Il pourrait y avoir une phase 3, sans donner de précision sur le timing. Il a indiqué que la problématique du transfert  technologique forcé pourrait s’étendre sur les phases 2 et 3.
 

Pourquoi cet accord de principe ne résout rien ?

La 1e phase de l’accord commercial reste encore à rédiger et n’est pas acquise. La Chine a indiqué, le 14 octobre, qu’elle souhaitait de nouvelles discussions et Steven Mnuchin a menacé, le lendemain, de relever de nouveau les tarifs douaniers, le 15 décembre, s’il n’y avait pas d’accord. Selon Bloomberg, la Chine est prête à augmenter ses achats de produits agricoles américains, mais ne s’engagera pas sur un montant de 50 Mrds de $ dans les conditions actuelles. Elle souhaiterait pour cela une baisse des tarifs douaniers américains.

D’importantes différences demeurent ainsi entre les deux parties avant de trouver un éventuel accord et ceci concernant seulement  la 1e phase de l’accord commercial, celle posant le moins de problème. Les Chinois se sont en effet déclarés prêts, et ceci dès le début de la guerre commerciale, à augmenter significativement leurs importations de produits américains. Cela est d’autant plus justifiable aujourd’hui, compte tenu de l’épidémie de fièvre porcine africaine qui touche la Chine et l’amène à accroître significativement ses importations en la matière.

Les sujets les plus sensibles ont été reportés à plus tard. Les négociations sur les phases 2 et 3 vont se révéler encore plus difficiles, puisqu’elles porteront sur les véritables points d’achoppement entre la Chine et les États-Unis : le transfert technologique forcé, la propriété intellectuelle et les subventions massives accordées par l’État aux entreprises. Huawei n’a pas été abordé lors des discussions. L’enjeu porte sur le leadership technologique et la Chine ne cédera pas aux exigences démesurées des Américains visant à remettre en cause son programme « Made in China 2025 » destiné à devenir le leader dans ce domaine.

Conclusion

Cet accord partiel est loin de l’accord commercial voulu par Donald Trump et répond davantage aux demandes initiales de la Chine désirant procéder par étapes. L’hôte de la Maison Blanche a probablement été amené à changer de tactique face au ralentissement de la croissance américaine et au lancement d’une procédure de destitution à son encontre à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle. La première phase est la moins difficile et concerne essentiellement une hausse des importations de produits agricoles américains par les Chinois. Elle n’est pourtant pas acquise. Cela profiterait à une partie de l’électorat de Trump, les agriculteurs, notamment du Midwest, qui ont été lourdement affectés par le relèvement des tarifs chinois opéré en représailles sur les produits agricoles américains, et sur le soja en particulier. Les négociations concernant les 2e et 3e phases vont porter sur des sujets beaucoup plus problématiques, voire insolubles, visant à freiner les avancées technologiques de la Chine. En outre, les tarifs douaniers appliqués sur 360 Mrds de $ d’importations chinoises demeurent et la Maison Blanche est prête à augmenter les tarifs (à 15 %), le 15 décembre, sur 160 Mrds de $ de produits chinois qui ont été jusque-là épargnés, si l’accord de phase 1 n’est finalement pas signé.
 

Rien n’est ainsi résolu et l’incertitude liée aux tensions commerciales va donc perdurer et continuer de peser sur la croissance mondiale à travers les échanges internationaux, du secteur manufacturier et de l’investissement des entreprises. Cela a été la raison principale de la nouvelle révision en baisse des perspectives de croissance mondiale du FMI à seulement 3 % en 2019, plus faible croissance depuis la crise économique et financière de 2009, et 3,4 % en 2020. Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis sont estimées peser à hauteur de 0,8 % sur le PIB mondial, en cumulé, d’ici 2020.