Le magazine expert d’Ostrum AM

En marge du sommet du G20 qui s’est tenu au Japon, les présidents chinois et américain ont décidé d’observer une trêve dans la guerre commerciale qu’ils se livrent depuis plus d’un an maintenant.

 

Les États-Unis s’abstiennent pour le moment de relever les tarifs douaniers sur près de 300 milliards de dollars supplémentaires de produits chinois, comme ils menaçaient de le faire.
 

Des licences seraient par ailleurs temporairement accordées concernant la vente de certains produits de haute technologie américains à l’opérateur de télécom chinois Huawei. Elles concerneront surtout des produits qui sont largement disponibles dans d’autres pays et qui ne constituent pas un risque pour la sécurité nationale américaine.
 

La Chine devrait augmenter ses achats de produits alimentaires et agricoles américains. Cela n’a toutefois pas encore été confirmé par la Chine.
 

Les marchés ont salué la nouvelle de cette trêve. L’indice Nikkei a progressé de 2,1 %, l’indice chinois CSI 300 de 2,9 %, et les indices européens et américains s’inscrivent en hausse ce lundi après-midi.  Pour autant rien n’est réglé. Cette trêve permet simplement d’éviter une hausse imminente des tarifs douaniers américains sur le reste des importations de produits chinois qui aurait pu être mise en place dès le 2 juillet. Mais cette menace reste toujours d’actualité, en cas d’échec des négociations. Aucune date n’a encore été fixée pour la reprise des pourparlers.

Le 1er décembre, lors du sommet du G20 qui s’est tenu en Argentine, les présidents chinois et américain s’étaient également entendus pour observer une trêve dans leur guerre commerciale. Alors que la délégation américaine se montrait très optimiste quant à la signature rapide d’un accord, les pourparlers ont brutalement cessé au début du mois de mai et les États-Unis ont relevé les tarifs douaniers de 10 % à 25 %, sur
200 milliards de dollars de produits chinois, comme ils menaçaient de le faire en cas d’échec des négociations. La Chine a pris des mesures de représailles en conséquence. Les tensions se sont par ailleurs accentuées avec la mise sur une liste noire du géant des télécoms chinois Huawei et l’interdiction pour les entreprises américaines de lui vendre des produits de haute technologie. En réponse, la Chine constitue sa propre liste d’entreprises étrangères « non fiables ».

Clairement, les chances d’un accord commercial paraissent tout aussi illusoires qu’avant, compte tenu des exigences démesurées des Américains envers la Chine. Le problème ne vient pas du déficit commercial bilatéral, mais porte sur le leadership technologique. Et sur ce plan, la Chine ne cédera pas aux demandes américaines visant à freiner ses avancées technologiques.

L’intensification de la guerre commerciale depuis le mois de mai pèse sur le commerce international et les perspectives de croissance mondiale, comme l’atteste la nouvelle dégradation des enquêtes de conjoncture menées auprès des chefs d’entreprises, que ce soit en Asie, en zone euro ou aux États-Unis. En cas d’un nouvel échec des négociations, Donald Trump ne devrait pas hésiter à mettre en œuvre ces menaces de hausse des tarifs douaniers sur l’ensemble des importations chinoises. Elles concerneront cette fois-ci essentiellement des biens de consommation affectant en premier lieu les ménages américains. À cela s’ajoute le risque toujours prégnant d’un relèvement des tarifs sur les importations de voitures pour des raisons de sécurité nationale. Il pourrait intervenir en novembre en fonction de l’avancée des négociations avec l’Union européenne et le Japon. Et n’oublions pas les tarifs éventuels sur l’ensemble des importations mexicaines, en septembre, en fonction de la revue des mesures promises par le gouvernement mexicain pour réduire les flux de migrants clandestins entrant aux États-Unis. Cette incertitude persistante va continuer de peser sur les perspectives de croissance mondiale, au risque de se traduire par une nette inflexion de l’investissement des entreprises et d’affaiblir davantage la croissance. Finalement, la seule vraie bonne nouvelle du sommet du G20 réside dans la signature de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) après 20 ans de négociations. C’est un message fort dans un contexte marqué par la montée du protectionnisme.