Le magazine expert d’Ostrum AM

L’enquête PMI-Markit révèle le maintien d’une activité solide au sein du secteur manufacturier de la zone euro en ce début d’année. L’indice PMI-Markit demeure bien au-dessus de 50 : à 54,8, proche de sa moyenne du dernier trimestre 2020 de 54,6. Ce secteur résiste au prolongement et au durcissement des mesures de restriction instaurées dans la plupart des pays et qui touchent plus fortement le secteur des services. Le détail par sous-secteur montre néanmoins une faible activité dans le secteur des biens de consommation liée à une moindre demande, contrastant avec une croissance vigoureuse dans ceux des biens intermédiaires et des biens d’équipement.

On distingue 4 groupes de pays :

  • en tête : les Pays-Bas et l’Allemagne qui dépendent plus fortement des exportations et dont l’indice est proche de 58 révélant une forte croissance de l’activité ;
  • suivent l’Italie et l’Autriche qui bénéficient d’une activité soutenue (indice autour de 55). En Italie, l’activité s’est sensiblement accélérée en janvier pour progresser au rythme le plus élevé depuis juillet 2018 ;
  • la France et l’Irlande affichent une croissance modérée de l’activité (indice proche de 52). Après s’être nettement accélérée en décembre en prévision du Brexit effectif à la fin de l’année, l’activité irlandaise a ralenti en janvier pour retrouver le rythme du mois de novembre ;
  • en Grèce, l’activité a cessé de se détériorer pour stagner, alors qu’elle se contracte légèrement en Espagne (indice inférieur à 50 : 49,3), affectée en partie par la tempête Filomena.

L’indice de production demeure à un niveau robuste (proche de 55), mais se modère depuis le mois de juillet, sous le fait essentiellement de l’Allemagne. La production s’accélère, en revanche, aux Pays-Bas et, dans une moindre mesure, en Italie. Elle se contracte en Irlande, en Grèce, en Espagne et légèrement en France.


Les nouvelles commandes restent robustes au sein de la zone euro. La situation est très contrastée : la demande est vigoureuse aux Pays-Bas et en Allemagne, soutenue en Italie, où elle s’accélère, et en Autriche. La demande ne progresse que très marginalement en France, elle se contracte en Espagne, pour le troisième mois consécutif, et en Grèce depuis le mois de mars où la demande interne est actuellement affectée par un confinement généralisé depuis le 7 novembre.


Les nouvelles commandes à l’exportation demeurent soutenues, à l’exception de la France et de l’Espagne où elles stagnent, et de la Grèce et de l’Irlande où elles se contractent.


Les chefs d’entreprises du secteur manufacturier continuent de réduire leurs effectifs en janvier à un rythme toutefois beaucoup plus réduit que les mois précédents. En Italie, aux Pays-Bas, en Irlande, en Autriche et en Grèce, les chefs d’entreprises augmentent leurs effectifs, alors qu’ils les réduisent en France, en Allemagne et en Espagne.


Les délais de livraison des intrants augmentent encore fortement en janvier pour atteindre en zone euro leur niveau le plus élevé depuis avril (où ils avaient atteint un plus haut historique en raison du confinement quasi généralisé). Cela ne résulte pas d’une plus forte demande (les nouvelles commandes n’ont pas accéléré), mais de difficultés d’approvisionnement causées par des pénuries de certaines matières premières et de composants, les mesures de restriction liées à l’épidémie de Covid-19 et un engorgement des ports à l’approche du Brexit. Les chefs d’entreprises ont notamment signalé des difficultés d’approvisionnement en provenance d’Asie.

Le fort allongement des délais de livraison, ajouté à la hausse du coût des transports et de certaines matières premières, s'est traduit par une forte augmentation du prix des intrants. Ils progressent au rythme le plus élevé depuis février 2018 au sein de la zone euro (indice de 68,3).


Cette augmentation du prix des intrants n’a été que partiellement répercutée sur les prix de vente qui progressent modérément (indice de 54,6 contre 56,3 en décembre).  


Conclusion :
Cette enquête montre le maintien d’une activité solide du secteur manufacturier de la zone euro en ce début d’année, avec toujours une nette divergence entre les pays. La production a toutefois tendance à ralentir pour progresser à son rythme le plus modéré depuis juillet dernier. Elle est notamment affectée par les mesures de restriction plus sévères mises en place dans un grand nombre de pays et les fortes hausses des délais de livraison traduisant des difficultés d’approvisionnement. Si l’activité continue de progresser dans le secteur manufacturier, elle se contracte en revanche davantage dans les services, comme l’ont montré les chiffres provisoires publiés la semaine dernière. Les chiffres définitifs sortiront mercredi et on disposera du détail par pays. Ils devraient révéler une plus forte contraction de l’activité en zone euro, justifiant le maintien d’une politique monétaire très accommodante dans la durée et la nécessité de politiques budgétaires toujours très actives.

  • Aline Goupil-Raguénès

    Aline Goupil-Raguénès

    Stratégiste pays développés