Le magazine expert d’Ostrum AM

La BCE a décidé de laisser inchangée sa politique monétaire, et notamment le rythme de ses achats d’actifs.  Les achats réalisés dans le cadre de son programme d’achats d’urgence face à la pandémie se poursuivront à un rythme significativement plus élevé au cours des trois prochains mois par rapport aux premiers mois de l’année. La BCE avait décidé en mars d’accélérer ses achats pendant 3 mois, afin de préserver des conditions de financement favorables en zone euro, les taux européens subissant par effet de contagion les tensions sur les taux américains. Elle devait ainsi se prononcer lors de sa réunion de juin sur l’évolution à venir de ces derniers.

Les raisons : cette décision résulte de l’évaluation conjointe des conditions de financement et des perspectives d’inflation :

  • Si les conditions de financement pour les entreprises et les ménages sont restées globalement inchangées, les taux d’intérêt sur les marchés financiers ont continué d’augmenter. Cela traduit en partie des perspectives de croissance plus élevées, mais la BCE indique dans son discours introductif qu’une hausse prolongée des taux d’intérêt pourrait se traduire par un resserrement des conditions financières de manière plus large, ce qui serait prématuré et de nature à affecter la reprise à l’œuvre, ainsi que les perspectives d’inflation. Or ces dernières restent encore très en dessous de l’objectif d’un taux d’inflation proche, mais inférieur, à 2 % à moyen terme.
  • La BCE en conclut qu’il est ainsi nécessaire de maintenir un degré très accommodant de politique monétaire.

Révisions en hausse des perspectives en 2021 et 2022, inchangées en 2023 :

  • Les perspectives de croissance ont été revues à : 4,6 % en 2021, et 4,7 % en 2022, contre 4 % et 4,1 % respectivement annoncés en mars. Pour 2023, elles demeurent à 2,1 %.

          Les révisions en hausse sont liées à un impact plus faible qu’attendu de la pandémie, en raison de l’accélération de la campagne de vaccination permettant une levée plus rapide des mesures de restriction sanitaires, de mesures supplémentaires de politiques budgétaires, dont Next Generation EU, et une plus forte demande étrangère, avec notamment l’annonce des plans de relance américains. À moyen terme, la croissance bénéficiera d’une demande domestique et globale plus robuste et du soutien des politiques monétaires et budgétaires. La BCE anticipe que la croissance de la zone euro excèdera son niveau d’avant crise à partir du 1er trimestre 2022.

  • La BCE est un peu plus optimiste, ce qui l’amène à relever son appréciation sur les risques concernant les perspectives de croissance : ils sont jugés équilibrés et non plus orientés à la baisse à court terme et plus équilibrés à moyen terme. Les risques d’une plus forte reprise sont contrebalancés par ceux relatifs à la pandémie, dont l’apparition de nouveaux variants.
  • Les perspectives d’inflation ont été revues à : 1,9 % en 2021, 1,5 % en 2022, contre 1,5 % et 1,2 % respectivement annoncés en mars. Elles restent inchangées à 1,4 % en 2023.

          Cela reflète le caractère temporaire de l’accélération récente de l’inflation (à 2 % en mai, contre 1,6 % en avril et 1,3 % en mars). Christine Lagarde a longuement insisté sur l’importance des effets de base, liés notamment à la forte baisse des prix énergétiques il y a un an, pour expliquer la nette accélération de l’inflation. À cela se sont ajoutés des facteurs temporaires plus récents comme les goulets d’étranglement et la hausse des prix énergétiques. L’inflation devrait continuer d’augmenter au 2e semestre, suite à l’effet de base lié à la baisse temporaire du taux de TVA en Allemagne à partir de juillet dernier. Elle devrait ensuite se modérer avec la dissipation progressive de ces facteurs.

  • L’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) a été revue en légère hausse:  1.1% en 2021, 1.3% en 2022 et 1.4% en 2023 à comparer à 1%, 1.1% et 1.3% respectivement prévu en mars. Les perspectives d’inflation restent bien inférieures à l’objectif de la BCE en raison de faibles tensions sur les salaires et loin du niveau auquel la banque centrale souhaiterait qu’elles soient une fois la crise liée à la pandémie terminée.

Aucune précision n’a été apportée quant à la publication de la revue stratégique : celle-ci est toujours attendue durant la deuxième partie de l’année.

Conclusion :

La BCE va poursuivre au cours des trois prochains mois ses achats dans le cadre du PEPP à un rythme nettement plus élevé qu’au début de l’année, afin de maintenir des conditions de financement favorables et ne pas peser ainsi sur les perspectives d’inflation qui restent encore très inférieures à l’objectif d’un taux d’inflation proche, mais inférieur, à 2 %. Celles-ci ne sont que de 1,4 % en 2023 et 1,3 % pour l’inflation sous-jacente. Les achats se poursuivront ainsi jusqu’à la réunion du 9 septembre au rythme moyen de 18,6 milliards d’euros par semaine contre 13,9 milliards sur les premiers mois de l’année. À ce jour, il reste 735 milliards d’euros non utilisés dans l’enveloppe de 1 850 milliards disponible jusqu’en mars 2022 au moins, et tant que la phase de crise du Covid 19 n’est pas terminée. La BCE fera preuve de flexibilité dans ses achats en fonction des conditions de marché. Lors de la session des questions-réponses, Christine Lagarde a déclaré qu’il était « trop tôt, prématuré, et inutile » de discuter d’une éventuelle sortie du PEPP. La croissance reste encore inférieure de 5,1 % par rapport au niveau d’avant crise et l’emploi inférieur de 2,1 %, alors que les gouvernements vont sortir progressivement des dispositifs de chômage partiels mis en place au plus fort de la crise. La politique monétaire doit ainsi rester très accommodante pour éviter tout resserrement injustifié des conditions financières et travailler de manière coordonnée avec les gouvernements pour permettre à la croissance et à l’emploi de retrouver plus rapidement leur niveau d’avant crise. 

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  • Aline Goupil-Raguénès

    Aline Goupil-Raguénès

    Stratégiste pays développés