Le magazine expert d’Ostrum AM

Les cours du brut ont triplé depuis leur plus bas d’avril 2020, menaçant la stabilité des prix dans les pays émergents. Est-ce que cela pourrait remettre en cause l’orientation des politiques monétaires dans ces pays ? L’année dernière , la politique monétaire était très homogène et s’était traduite par des baisses agressives des taux directeurs , accompagnées par des achats d’actifs financiers pour certaines banques centrales. C’est important car la pandémie perdure et nombreux pays émergents n’ont pas retrouvé leur niveau d’activité d’avant crise sanitaire. Le risque est un resserrement brutal de la politique monétaire, alors que dans certains pays elle constitue la seule marge de manœuvre possible pour soutenir l’activité. 

Sur les marchés financiers, la hausse des cours du brut bénéficie généralement aux devises des pays producteurs de brut ce qui vient contrecarrer l’effet de la hausse des prix du brut sur leurs taux d’inflation. Est-ce que c’est toujours le cas ? 
La hausse des cours du brut se lit également dans les points morts d’inflation, qui reflètent les anticipations d’inflation des opérateurs de marché. Les points morts d’inflation donnent aussi une indication sur la crédibilité de la politique monétaire menée par la Banque centrale. L’élargissement de ces points morts est donc un indicateur que prennent également en compte les banques centrales dans leurs décisions de politique monétaire. Au Brésil et en Afrique du Sud, les points morts d’inflation à 1 an s’écartent, ce qui devrait renforcer la position des banques centrales de ces deux pays à relever leurs taux d’intérêt. 
 

On distingue une hétérogénéité dans les profils d’inflation. L’inflation part d’un niveau historiquement bas dans l’ensemble, mais on observe des pressions inflationnistes dans certains pays.

Le graphe ci-contre montre l’écart du taux d’inflation par rapport à sa cible ( médiane), et peut donner une image des pays qui ont la capacité à absorber le choc lié à la hausse des prix du pétrole. 

La  Malaisie, Thaïlande, Corée du Sud, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et la Colombie, apparaissent comme ayant « un coussin » pour absorber le choc. Ce n’est pas le cas, pour les Philippines, la Turquie, le Brésil, le Mexique, où les taux d’inflation dépassent la cible de la Banque centrale.

Généralement, la hausse des cours du brut se traduit par une appréciation des devises des pays producteurs tels que la Russie, la Malaisie et le Mexique, ce qui vient contrecarrer l’effet de la hausse des cours du brut dans le taux d’inflation

La hausse des taux d’intérêt américains  parait prendre le dessus cette fois-ci, en réduisant l’attrait des stratégies de portage, ce qui pénalise les devises des pays producteurs. Le différentiel de taux américain avec le reste du monde s’accroit , et renforce le billet vert.

Cette intuition semble juste. Les graphes ci-contre, montrent que les devises « pétrole » sont plus sensibles à l’évolution du dollar( les bétas sont plus élevés) qu’au prix du pétrole sur la période récente. 

A noter, que le ringgit malaisien est la devise qui n’est pas du tout sensible au dollar et au pétrole. Cela reflète son intégration et ancrage financier au yuan ( cela fera l’objet d’un notre papier).

Qu’en est-il des anticipations d’inflation de marché ? 

 

Les anticipations d’inflations sont en nette hausse au Brésil, à l’image du point mort d’inflation ( breakeven)  à 1 an, tirées par la hausse des cours du brut. Cela devrait conforter la Banque centrale brésilienne qui avait indiqué vouloir resserrer  sa politique monétaire. La hausse des cours du baril devrait renforcer sa position. Au passage, la hausse des prix du brut a déjà valu la place au PDG de Petrobras.

En Afrique du Sud, les anticipations d’inflation augmentent également. Tout comme le Brésil, la Banque centrale avait indiqué vouloir resserrer sa politique monétaire cette année. Cela devrait renforcer sa position également.

Au Mexique, et au Chili en dépit d’une inflation supérieure à la cible, les anticipations d’inflation à 1 an restent stables pour l’instant. 


Pour le Mexique, cela explique la dernière décision de la Banxico de baisser son taux directeur avant que les perspectives d’inflation se détériorent. La politique monétaire reste la seule marge de manœuvre pour soutenir l’activité pour le Mexique car le gouvernement utilise le peu de marge de manœuvre budgétaire pour soutenir Pemex, la compagnie nationale de pétrole et son unique source de revenus.

  • Zouhoure Bousbih

    Zouhoure Bousbih

    Stratégiste pays émergents