Le magazine expert d’Ostrum AM

•    La dernière enquête de l’INSEE révèle un fort rebond de l’activité dans l’ensemble des secteurs depuis le mois de mai, consécutif au déconfinement. Toutefois, les indices restent encore en juillet très inférieurs à leur moyenne de longue période (100 sur le graphique), révélant le maintien d’un climat des affaires très dégradé (85 pour l’ensemble de l’économie). Cette reprise fait suite à la chute monumentale de l’activité enregistrée entre mars et avril suite à l’adoption de mesures strictes de confinement pour enrayer l’épidémie de Covid-19. L’indice du climat des affaires avait ainsi atteint en avril son plus bas niveau historique, et de loin, depuis la création de la série en 1977.

•    Le détail des composantes par secteur montre sans surprise une amélioration de la composante production passée avec le redémarrage progressif de l’activité. L’indice reste encore très inférieur à sa moyenne de longue période. On observe, par ailleurs, un fort rebond des perspectives d’activité pour le
3e mois consécutif, tant générales que personnelles dans le secteur manufacturier, notamment. Elles reviennent à un niveau proche ou supérieur au niveau d’avant crise. Ce fort rebond est à relativiser, du fait de la chute abyssale enregistrée auparavant en raison du choc violent et brutal sur l’activité. Le niveau élevé des perspectives d’activité personnelles traduit simplement le fait qu’une part importante de chefs d’entreprises anticipent une hausse de leur activité au cours des 3 prochains mois par rapport au niveau très bas atteint durant la période de confinement.

•    En revanche, les composantes relatives à la demande restent très dégradées, comme le montre notamment les commandes tant globales qu’étrangères adressées à l’industrie manufacturière. Les commandes étrangères dans le secteur manufacturier restent sur des plus bas depuis 2009, affectées par la crise sévissant chez les partenaires commerciaux et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. L’indice des commandes globales se reprend un peu en juillet avec la demande interne, mais reste très en-dessous de sa moyenne de longue période.

•    L’investissement des entreprises va continuer de se contracter fortement, au regard du maintien à un très bas niveau des commandes de biens d’équipement comme le montre le graphique suivant.

•    Ces deux graphiques de l’INSEE résument bien la situation actuelle. Avec le déconfinement, la part des entreprises déclarant faire face à des difficultés d’offre a fortement diminué pour revenir sur des niveaux proches, voire inférieurs au début de l’année. En revanche, la part des entreprises confrontées à des difficultés de demande a de nouveau fortement augmenté en juillet pour atteindre un niveau encore plus élevé. Dans l’industrie, les difficultés de demande sont, sans surprise, très marquées dans le secteur des matériels de transport (la part des entreprises déclarant des difficultés de demande atteint près de 80 %). Dans celui des services, cela concerne de manière beaucoup plus forte le secteur de l’hébergement et de la restauration (la part est de près de 70 %).

•    Dans un contexte de faiblesse de la demande et d’incertitude élevée, les chefs d’entreprises restent très prudents en matière d’embauches. L’indice du climat de l’emploi de l’INSEE reste très inférieur à sa moyenne de longue période en juillet, malgré une reprise depuis le mois de mai.

Conclusion :

Après avoir enregistré un choc violent et brutal suite à la fermeture d’une grande partie de l’économie, une reprise de l’activité s’est amorcée à partir du mois de mai avec la levée progressive des mesures de confinement. Celle-ci reste encore à un niveau très inférieur à sa moyenne de longue période, compte tenu de la chute spectaculaire de l’activité enregistrée de la mi-mars à la mi-mai. Si le choc d’offre tend à se résorber partiellement avec le déconfinement, les indicateurs relatifs à la demande se révèlent très préoccupants. Les carnets de commandes restent très bas et la part des chefs d’entreprises rencontrant des difficultés de demande s’est de nouveau accrue en juillet pour atteindre un niveau élevé.  Dans ce contexte de dégradation de la demande et d’incertitude élevée, liée notamment à la situation sanitaire en France et ailleurs (aux États-Unis particulièrement, avec la forte résurgence de l’épidémie), les chefs d’entreprises vont rester très prudents en matière d’investissements et d’embauches. Cela justifie pleinement la mise en œuvre de politiques monétaires et budgétaires très volontaristes, avec l’adoption du plan de relance européen par les 27 chefs d’État, afin de favoriser une reprise de la demande.

 

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management