Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Après avoir enregistré une chute spectaculaire en mars et en avril consécutive aux mesures strictes de confinement, et s’établir à un plus bas historique, l’indice du climat des affaires en France s’améliore de manière continue depuis le mois de mai avec le déconfinement. Cette évolution est commune à l’ensemble des secteurs. En août, l’indice enregistre ainsi sa 4e hausse consécutive pour s’établir à 91,1. Il reste encore inférieur à sa moyenne de longue période (100 sur le graphique). 

•    Cette nouvelle progression du climat des affaires au mois d’août traduit le redémarrage de l’activité dans l’ensemble des secteurs à partir de la mi-mai visible à travers la composante production récente représentée dans le graphique ci-dessous pour le secteur manufacturier. L’indice retrace l’évolution de la production au cours des 3 derniers mois. Malgré un net rebond, il reste encore inférieur à sa moyenne de longue période en août. Les perspectives, tant générales que personnelles de production, qui avaient fortement rebondi à partir du mois de mai pour revenir sur leur moyenne de longue période ou la dépasser, ont tendance à se stabiliser en août, voire se tasser légèrement pour les premières. Le fort rebond des perspectives personnelles traduisait le fait qu’une proportion importante des chefs d’entreprises anticipaient une hausse de leur activité au cours des 3 prochains mois après la chute vertigineuse enregistrée en mars et avril. La stabilisation des perspectives d’activité en août suggère qu’après le rattrapage effectué en partie depuis le déconfinement, l’activité devrait progresser à un rythme plus modéré au cours des prochains mois.

•    Celle-ci reste affectée par la faiblesse de la demande adressée aux chefs d’entreprises, comme le révèlent les commandes, tant globales qu’étrangères, dans le secteur manufacturier. Elles se regarnissent depuis le mois de juillet pour rester très inférieures à leur moyenne de longue période. La faiblesse des commandes étrangères résulte de la crise sévissant chez les partenaires commerciaux affectés également par les conséquences de la crise du Covid-19.

•    Face à une demande insuffisante et aux perspectives d’activité plus incertaines, les chefs d’entreprises réduisent leurs investissements. Les commandes de biens d’équipement au mois d’août restent très inférieures à leur moyenne de longue période, présageant une nouvelle contraction de l’investissement productif au 3e trimestre, comme le montre le graphique suivant.

•    Selon l’enquête trimestrielle de l’INSEE sur l’investissement dans l’industrie, les chefs d’entreprises ont de nouveau révisé à la baisse leurs anticipations pour 2020, prévoyant une contraction de 11 % par rapport à 2019 de l’investissement, contre - 7 % anticipés en avril. Cela concerne l’ensemble des sous-secteurs et, de manière plus marquée, celui des biens d’équipements (- 5 % prévus en juillet contre + 1 % en avril) et des matériels de transports (- 20 % contre - 16 % prévus en avril) dont l’automobile (- 10 % contre - 6 % prévus en avril).

•    Le rebond de l’activité a permis une hausse pour le 4e mois consécutif de l’indice du climat de l’emploi en août. Cela est lié principalement à l’amélioration de l’indice des effectifs passés dans les services, surtout hors intérim, selon l’INSEE. L’indice reste bien inférieur à sa moyenne de longue période (de 100 sur le graphique) et du niveau d’avant confinement.

Conclusion

L’enquête de l’INSEE confirme un net rebond de l’activité depuis le mois de mai consécutif à la levée des mesures de confinement et aux mesures de soutien mises en place par le gouvernement (financement des dispositifs de chômage partiel, prêts garantis par l’État et report des charges, notamment). Au-delà de cet effet de rattrapage de la production, en partie mécanique, les perspectives des chefs d’entreprises ont tendance à se stabiliser laissant présager une progression plus modérée de l’activité au cours des prochains mois. Ils restent affectés par la faiblesse de la demande, tant globale qu’étrangère, et la hausse de l’incertitude consécutive, notamment à la forte augmentation des nouveaux cas de contamination en France et à travers le monde. Cela les amène à rester très prudents en matière d’investissement et d’emploi, justifiant pleinement l’adoption d’un plan de relance massif de la part du gouvernement (d’un montant de 100 milliards d’euros), destiné à ramener le PIB français à son niveau d’avant crise dès 2022.

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management