Le magazine expert d’Ostrum AM

L’enquête PMI/Markit du mois de mars révèle un plongeon sans précédent de l’activité de la zone Euro en raison des mesures de confinement prises par les gouvernements afin de tenter de limiter la propagation de l’épidémie de coronavirus. L’indice synthétique d’activité a littéralement chuté pour s’établir à un plus bas historique (35.6), bien en-dessous du seuil de 50 signalant une stabilisation de l’activité, et à un niveau bien inférieur à celui atteint durant la crise économique et financière mondiale de 2008/2009 (37.7 en février 2009). Cela laisse craindre une contraction du PIB de la zone Euro plus importante que durant la crise économique et financière (-12% en taux annuel au 1er trimestre 2009). L’indice synthétique calculé est la moyenne pondérée des indices synthétiques du secteur manufacturier et des services par leur poids respectif dans la valeur ajoutée. Un indice synthétique des services est préalablement calculé en prenant comme modèle celui du secteur manufacturier. Il prend en compte les composantes production, nouvelles commandes, emploi et délais de livraison.

En France, on observe la même chute de l’indice synthétique prenant en compte à la fois le secteur manufacturier et celui des services. Il est également sous le niveau atteint durant la crise de 2008/2009, correspondant sur le graphique à une baisse du PIB de près de 6% en taux annuel.

Il en est de même en Allemagne, l’indice plonge en mars pour revenir au niveau de février 2009, correspondant sur le graphique à une contraction du PIB de l’ordre de 11% en taux annuel.

Le fort recul de l’activité est lié surtout au coup d’arrêt dans le secteur des services dont l’indice synthétique s’effondre littéralement pour s’établir à un plus bas historique et à un niveau très inférieur à celui de février 2009. Cela montre l’impact colossal des mesures de distanciation sociale prises par les autorités pour tenter d’endiguer l’épidémie notamment dans la restauration, l’hôtellerie et le tourisme. Le secteur manufacturier est également affecté. L’indice enregistre sa plus forte baisse mensuelle depuis novembre 2008 et s’établit au plus bas depuis juillet 2012 en raison de la fermeture de nombreuses usines.

La demande s’est effondrée cela reflète à la fois la demande domestique…

… mais aussi la demande étrangère attestant de la forte baisse du commerce mondial.

Dans ce contexte de chute de l’activité et de plongeon des nouvelles commandes, l’emploi a enregistré sa plus forte contraction depuis juillet 2009. Cela montre l’importance pour les gouvernements de prendre des mesures visant à favoriser le recours au chômage partiel afin de permettre aux entreprises de conserver leurs compétences et d’être en mesure d’accroître rapidement leur activité lorsque la crise sanitaire sera terminée.

Conclusion 

 

Cette enquête est la première en zone Euro permettant de mesurer l’impact des mesures de confinement prises par les gouvernements pour tenter de contenir l’épidémie de coronavirus (les données ont été recueillies du 12 au 23 mars). L’enquête montre une chute sans précédent de l’activité, à un niveau bien inférieur à celui atteint en février 2009 lors de la crise économique et financière mondiale. Le secteur des services est le plus affecté (plus forte baisse mensuelle, et de loin, et plus bas niveau historique). L’activité se contracte également fortement dans le secteur manufacturier puisque l’indice enregistre sa plus forte baisse mensuelle depuis la crise de 2008/2009, pour s’établir à un plus bas depuis 2012. L’activité s’effondre en raison de la fermeture de nombreuses entreprises avec un impact particulièrement marqué dans le secteur des services et surtout dans l’hôtellerie, la restauration et les voyages. La demande plonge littéralement, comme l’atteste la chute des nouvelles commandes, en raison des mesures de confinement. Selon Markit, dans le reste de la zone Euro, la baisse de l’activité a été encore plus importante qu’en France et en Allemagne. On ne dispose pas encore des données pour les autres pays. L’Italie, pays le plus affecté par la crise sanitaire devant l’Espagne, a été la première économie à prendre des mesures de confinement. La prolongation à venir de celles-ci, déjà annoncée en Italie, et leur probable durcissement dans certains pays vont probablement peser davantage sur l’activité et la demande au mois d’avril. Face à ce choc sans précédent, les gouvernements ont annoncé des mesures visant à limiter l’ampleur de la récession et en faveur du secteur de la santé. La BCE a également annoncé des mesures sans précédent avec deux programmes supplémentaires d’achats d’actifs financiers (de 870 milliards d’euros au total en 2020 au moins, soit 7.3% du PIB de la zone Euro) et lancé un message fort sur son engagement sans limite à préserver l’intégrité de la zone Euro. La forte hausse à venir des déficits publics pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire a conduit les ministres des finances de la zone Euro à suspendre les règles du pacte de stabilité. Les règles en matière d’aides des Etats ont également été assouplies. Il manque une réponse des gouvernements au niveau européen pour venir en aide aux pays affectés par la crise sanitaire et fragilisés par une dette publique élevée. Cette question sera abordée ce soir par les ministres des finances.

 

Aline Goupil-Raguénès
Economiste
Ostrum Asset Management