Le magazine expert d’Ostrum AM

La progression de l’indice PMI/Markit du secteur manufacturier en zone euro au mois de septembre (à son plus haut niveau depuis 2 ans : 53,7 contre 51,7 en août) est à relativiser par la divergence entre les pays :

  • Seule l’Allemagne voit son activité accélérer significativement sur le mois, en raison de la hausse des nouvelles commandes, et plus particulièrement des nouvelles commandes étrangères (2e graphique). L’économie allemande étant plus dépendante des exportations que les autres pays de la zone profite à plein du rebond de l’activité mondiale et de la reprise du commerce international qui s’ensuit.
  • En revanche, l’activité ne s’améliore que légèrement en France, en Espagne et en Autriche et ne parvient pas à s’accélérer en Italie et aux Pays-Bas. Elle ne progresse qu’à un rythme modéré dans ces pays.
  • En Grèce, l’activité se stabilise (l’indice PMI est à 50), tout comme en Irlande où celle-ci ralentit nettement par rapport au mois de juillet. Le rythme atteint alors n’était probablement pas tenable et aux craintes liées à la résurgence du Covid-19 en Europe durant l’été s’est ajoutée l’incertitude liée à l’approche du Brexit à la fin de l’année, avec le risque accru d’une sortie sans accord commercial. L’Irlande serait le pays le plus affecté de la zone euro, compte tenu de l’importance de ses échanges avec le Royaume-Uni. Les composantes production, nouvelles commandes et nouvelles commandes étrangères se sont contractées en septembre en Irlande (indices inférieurs à 50).


Conclusion :
L’Allemagne, plus dépendante des exportations que les autres pays de la zone euro, profite de la reprise du commerce mondial et, notamment, de la hausse des commandes étrangères de biens d’équipement. Sa capacité d’impulsion sur le reste de la zone est limitée par les difficultés rencontrées dans le secteur des services où l’activité continue de se contracter. Ce dernier va être davantage fragilisé au cours des prochaines semaines suite à l’adoption de nouvelles mesures de restrictions locales dans certains pays (en France et en Espagne, notamment), afin de tenter de contenir la résurgence de l’épidémie de Covid-19. Les données de l’enquête PMI/Markit par pays dans les services seront disponibles le 5 octobre. À cela s’ajoute le risque accru d’un hard Brexit à la fin de l’année (sortie du Royaume-Uni sans accord commercial avec l’Union européenne au 31 décembre à minuit), compte tenu des fortes divergences entre les deux parties, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines pour trouver un compromis. Cela paraît d’autant plus difficile que les tensions se sont nettement intensifiées avec le projet de loi de Boris Johnson revenant sur certaines dispositions du traité de divorce signé par les Parlements britannique et européen en janvier dernier. Il revient plus spécifiquement sur le « protocole irlandais ». La reprise se révèle fragile et menacée par la résurgence de l’épidémie de Covid-19, conduisant à l’adoption de nouvelles mesures de restrictions locales dans certains pays, ainsi que les craintes d’un hard Brexit à la fin de l’année. L’incertitude élevée conduit les chefs d’entreprises à rester très prudents, ce qui se traduit par une nouvelle contraction de l’emploi au mois de septembre. Cela plaide pour le maintien de politiques monétaire et budgétaire très volontaristes.
 

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management