Le magazine expert d’Ostrum AM

Les nouvelles mesures de restriction mises en place par les gouvernements pour lutter contre la deuxième vague de Covid-19 ont eu un impact fort sur l’activité de la zone euro en novembre. L’indice synthétique recalculé concernant l’ensemble de l’économie s’est établi pour le quatrième mois consécutif sous le seuil des 50, à 45 : un plus bas depuis le mois de juin. Cela présage d’une nouvelle contraction du PIB au quatrième trimestre comme le montre le graphique suivant, après un bref rebond au troisième trimestre. Cet indice est la moyenne pondérée des indices synthétiques du secteur manufacturier et des services par la valeur ajoutée des deux secteurs. Un indice synthétique du secteur des services est préalablement calculé, prenant en compte les composantes production, emploi, nouvelles affaires et travail en attente.

La divergence s’accroît entre les secteurs

  • Sans surprise, c’est le secteur des services qui est le plus affecté par les mesures de restriction. Un bon nombre de pays ont opté pour un reconfinement, moins sévère qu’au printemps, se traduisant le plus souvent par la fermeture des commerces « non essentiels », et touchant plus spécifiquement les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme. L’indice synthétique des services s’établit ainsi à un plus bas depuis le mois de mai et bien inférieur au seuil de 50 (à 42,6). Les composantes production et nouvelles commandes, tant globales qu’étrangères, sont en nette contraction (indices autour de 40).
  • L’activité dans le secteur manufacturier continue de progresser, à un rythme toutefois un peu plus modéré. L’indice synthétique avait atteint en octobre un plus haut depuis août 2018. Il s’est établi à 53,6, contre 54,8 en octobre. Cette inflexion concerne notamment les composantes production et les nouvelles commandes globales et étrangères.

La divergence s’accroît entre les économies

Le détail par pays (limité lors de cette première  publication à la France et à l’Allemagne) montre une contraction beaucoup plus forte de l’activité en France (indice de 39,9 pour la composante production), en raison du reconfinement à l’œuvre depuis le 30 octobre. Elle est suivie par les pays du reste de la zone euro, hors France et Allemagne (indice de 42,4). L’Allemagne reste en tête et continue de bénéficier d’une progression de son activité à un rythme toutefois plus modéré qu’au mois d’octobre. Cela est lié au secteur manufacturier.

Si on calcule les indices synthétiques des services en prenant la même méthodologie que celle du secteur manufacturier, la perception est sensiblement différente en Allemagne. L’indice recalculé pour l’ensemble de l’économie ressort légèrement inférieur à 50, à 49,7, signalant une légère contraction de l’activité en novembre, et ceci pour la première fois depuis juin.

En France, cet indice synthétique ressort à 41,5, le plus bas depuis le mois de mai.

Le secteur manufacturier de la zone euro reste porté par l’Allemagne.  Les nouvelles commandes, tant globales qu’étrangères, demeurent robustes outre-Rhin, alors qu’elles se dégradent franchement en France. La composante production repasse sous les 50 en France pour la première fois depuis mai.

L’activité dans les services se contracte dans tous les pays de la zone euro et, de manière plus marquée, en France et dans la zone euro, hors France et Allemagne. La demande adressée aux chefs d’entreprises baisse franchement en raison des mesures de restriction et d’un comportement plus prudent de la part des ménages.

Les chefs d’entreprises continuent de réduire leurs effectifs.


Conclusion

Après un bref rebond au troisième trimestre, l’activité va de nouveau se contracter au sein de la zone euro au quatrième trimestre, suite à la mise en place de nouvelles mesures de restriction par les gouvernements pour tenter d’endiguer la deuxième vague de Covid-19. L’activité se contracte fortement dans les services en novembre, et de manière particulièrement marquée dans la restauration, l’hôtellerie et le tourisme. La France est la plus affectée en raison d’un reconfinement, dès le 30 octobre, qui se révèle néanmoins moins strict que celui adopté entre la mi-mars et la mi-mai. La baisse de l’activité sera ainsi moins forte. Dans sa dernière note de conjoncture, l’INSEE prévoit une contraction du PIB français au quatrième trimestre de 4,5 %, dans un scénario médian, à comparer à un recul de 13,7 % enregistré au deuxième trimestre. Le secteur manufacturier de la zone euro continue, par ailleurs, d’être tiré par l’Allemagne, celle-ci bénéficiant notamment d’une hausse de ses ventes vers l’Asie. Mais la dynamique de ce secteur commence à s’infléchir et l’on constate une nette baisse des nouvelles commandes adressées aux chefs d’entreprises français. Le point encourageant vient toutefois de la stabilisation de la composante emploi en novembre. Malgré le durcissement des mesures de restriction et la plus forte contraction de l’activité et des nouvelles commandes, les chefs d’entreprises n’ont pas accentué la baisse de leurs effectifs. Cela pourrait venir des nouvelles encourageantes sur les avancées réalisées en matière de vaccins, amenant les chefs d’entreprises à devenir un peu plus confiants en l’avenir. En attendant, la nouvelle contraction de l’activité au dernier trimestre accentue le risque de déflation et justifie pleinement l’adoption de nouvelles mesures de la part de la BCE, le 10 décembre, afin de maintenir des conditions de financement très accommodantes tant que la crise du Covid-19 ne sera pas terminée. Il est également essentiel que le plan de relance européen soit mis en place le plus rapidement possible, ce dernier étant le plus à même de financer les pays et les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire.

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management