Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Le PIB américain a enregistré au 2e trimestre 2020 sa plus forte contraction, et de loin, depuis le début de la série en 1947. Il a chuté de 32,9 % en taux annuel, par rapport au 1er trimestre (soit 9,5 % en non annualisé), pour revenir sur les niveaux d’il y a 5 ans et demi (au 4e trimestre 2014). Il a éclipsé le précédent record de - 10 %, en taux annuel, enregistré au 1er trimestre 1958.  Ce chiffre permet de mesurer l’ampleur du choc sans précédent sur la croissance lié à la fermeture d’une grande partie de l’économie consécutive aux mesures de confinement adoptées, entre la fin mars et le début du mois de mai,  pour tenter de contenir l’épidémie de Covid-19. Ce plongeon fait suite à une contraction du PIB de 5 % en taux annuel au 1er trimestre. En glissement annuel, le PIB a plongé de 9,5 % au 2e trimestre. L’acquis de croissance calculé à la fin du 2e trimestre pour l’année 2020 ressort à - 7,5 % (croissance annuelle moyenne de 2020 par rapport à 2019 en supposant une stabilité du PIB au 2e semestre).

•    À l’exception des dépenses publiques qui ont légèrement progressé sur le trimestre (+ 2,7 %), en raison des mesures de soutien prises par le gouvernement, toutes les autres composantes se sont effondrées. Les chiffres donnent le tournis. La consommation des ménages a chuté de 34,6 % sur le trimestre en taux annuel, le plus fort recul historique,  l’investissement de 29,9 % (dont - 38,7 % pour le résidentiel et  - 27 % pour le non résidentiel), les exportations ont baissé de 64,1 %, reflet de la chute de l’activité chez les partenaires commerciaux touchés également par l’épidémie, et les importations se sont contractées de 53,4 %, affectées par la forte baisse de la demande domestique, contribuant ainsi positivement à la croissance.

•    La demande interne a eu une très forte contribution négative à la croissance :  - 28,7 points de pourcentage (pp) après - 4,8 % au 1er trimestre.  Cela est lié principalement à la consommation des ménages, étant donné qu’elle représente les 2/3 du PIB. Elle a pesé à hauteur de 23,9 pp sur la croissance et l’investissement à hauteur de 5,3 pp dont - 2,4 pp pour les biens d’équipement et -  1 pp pour l’investissement de structure.  Le commerce extérieur a eu une contribution légèrement positive à la croissance – + 0,8 pp, la contribution positive des importations faisant plus que compenser la contribution négative des exportations. Enfin, les stocks ont pesé à hauteur de 5 points de pourcentage sur la croissance, les entreprises puisant dans ces derniers, en raison notamment des fortes perturbations dans les chaînes d’approvisionnement compte tenu de l’arrêt de l’activité quasi simultané dans l’ensemble des pays.

•    Cette chute sans précédent concerne le mois d’avril. Depuis le mois de mai, les mesures de confinement ont été levées progressivement, permettant un redémarrage progressif de l’activité qui restait en juin encore très inférieure au niveau d’avant crise, comme le montre le graphique ci-dessous. Cela s’observe également sur le marché de l’emploi : les 7,5 millions de créations d’emplois enregistrées sur les mois de mai et juin sont très loin de compenser les destructions de 22,16 millions enregistrées en mars et en avril.

•    Le déconfinement a fort probablement commencé de manière prématurée, comme le suggère la forte accélération du nombre de nouveaux contaminés depuis la mi-juin, principalement dans les États du sud et de l’ouest des États-Unis. La réinstauration de mesures visant à freiner la propagation du virus depuis lors à tendance à peser sur la dynamique de reprise de l’activité, comme l’a révélé hier, Jerome Powell, le président de la Federal Reserve. Cela se voit notamment dans les chiffres d’inscriptions hebdomadaires au chômage qui sont repartis à la hausse, pour la 2e semaine consécutive, après avoir baissé de manière continue depuis le pic atteint la dernière semaine de mars. Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont augmenté de 114 000 la semaine se terminant le 18 juillet et de 12 000 celle se terminant le 25 juillet pour s’établir à 1,43 million . 

•    La résurgence de l’épidémie depuis la mi-juin et les mesures de distanciations sociales qui sont réinstaurées pour tenter de l’endiguer pèsent sur la dynamique de reprise de l’activité et de l’emploi et créent de l’incertitude pour les ménages et les entreprises. Cela a conduit la Fed à prolonger de 6 mois, jusqu’à fin décembre 2020, l’ensemble des dispositifs d’urgence mis en place, avec le Trésor, pour faire face à la crise et assurer les prêts aux entreprises et aux ménages. La Fed s’est également déclarée prête à utiliser l’ensemble de ses outils et a réitéré le fait qu’elle laissera ses taux proches de zéro, tant que la crise ne sera pas terminée et qu’elle continuera d’acheter des obligations au rythme actuel, au moins. Un autre point important réside dans les discussions en cours entre Démocrates et Républicains sur les nécessaires mesures de soutien aux chômeurs à prolonger, celles-ci devant expirer le 31 juillet, afin d’éviter un fort recul de la consommation des ménages.

Aline Goupil-Raguénès
Économiste
Ostrum Asset Management