Le magazine expert d’Ostrum AM

 

  • Les ventes de détail américaines ont enregistré en avril leur plus forte baisse mensuelle depuis le début de la série (en 1992) : -16.4%, après déjà un recul de 8.3% au mois de mars. Elles sont au plus bas depuis août 2012. A l’exception des ventes via internet qui ont progressé sur le mois (+8.4%), le fort recul a été généralisé à l’ensemble des postes et de manière particulièrement marquée pour les biens non essentiels tels que les vêtements (-78.8%), l’électronique (-60.6%) et l’ameublement (-58.7%

  • Cette rupture résulte des mesures de confinement prises durant la deuxième partie du mois de mars et prolongées en avril entrainant des fermetures de commerces, de restaurants, d’évènements sportifs et culturels notamment. A cela s’est ajoutée la forte détérioration du marché de l’emploi américain depuis la fin du mois de mars provoquée par la chute brutale de l’activité. L’économie américaine a perdu 20.5 millions d’emplois sur le mois d’avril et le taux de chômage a fortement augmenté pour atteindre un plus haut historique à 14.7%. Les ventes de détail sont par ailleurs exprimées en prix courants et de ce fait ont été affectées en avril par le recul des prix sur le mois et notamment des prix énergétiques (l’indice des prix à la consommation a baissé de 0.8% sur le mois d’avril).
  • Il est illusoire d’espérer un net rebond des dépenses des ménages américains avec la levée progressive des mesures de confinement. Cela s’observe notamment au travers de l’indice de confiance des ménages de l’université de Michigan. Il a littéralement chuté en mars et en avril (perdant près de 30 point) pour se stabiliser au mois de mai (+1.2 point) et s’établir à un niveau très inférieur à sa moyenne de longue période.

     
  • Cette stabilisation masque deux évolutions divergentes. La composante situation présente s’est améliorée sur le mois pour rester à un bas niveau. Les ménages ont vraisemblablement été rassurés par la distribution hebdomadaire de chèques par le gouvernement. En revanche, la composante anticipations s’est de nouveau dégradée. Les perspectives relatives aux finances personnelles ont de nouveau baissé pour atteindre leur plus bas niveau en 6 ans.
     
  • Les ménages sont inquiets en raison des craintes liées à la crise sanitaire et de la forte détérioration du marché de l’emploi. Lors de la semaine s’achevant le 8 mai, les inscriptions hebdomadaires au chômage sont restées très élevées : 2.98 millions, portant à 36.5 millions le nombre total d’inscrits au cours des huit dernières semaines et laissant présager d’un taux de chômage encore plus élevé. 
  • Les chiffres de production industrielle ont également été publiés vendredi. Celle-ci enregistre en avril sa plus forte baisse mensuelle depuis 101 ans (début de la série en janvier 1919), en chutant de 11.2%. L’ensemble des industries ont enregistré une forte contraction de leur activité et de manière très marquée dans l’automobile (-71.7%). Hors auto, la production manufacturière a baissé de 10.3%.
  • De la sorte, la production industrielle retrouve son plus bas niveau depuis mars 2010… 
  • … et le taux d’utilisation des capacités de production a atteint sont plus bas historique (depuis 1967) à 64.9%, bien en dessous de sa moyenne de longue période de 79.8% (entre 1972 et 2019).
  • Les enquêtes menées auprès des chefs d’entreprises ne laissent pas présager d’un rebond rapide de l’activité. Les nouvelles commandes se sont effondrées en avril pour s’établir à leur plus bas depuis décembre 2008 et signaler une forte contraction de la demande adressée aux industriels tant globales qu’étrangères. 
  • Les délais de livraison se sont fortement allongés révélant de fortes perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.
    Conclusion : Cette série de graphiques montre le choc sans précédent subi par l’économie américaine suite aux mesures de confinement adoptées depuis la fin mars pour tenter de contenir la propagation du Covid-19. La rupture subite et violente s’observe à la fois sur l’activité, avec la plus forte baisse mensuelle de la production industrielle depuis 1919, mais aussi sur la demande, au travers des ventes de détail. La levée partielle et progressive de ces mesures ne se traduira pas par un fort rebond de la production et de la consommation. L’activité va tourner au ralenti en raison des fortes perturbations dans les chaînes d’approvisionnement qui mettront du temps à se dissiper et d’une demande réduite tant domestique qu’étrangère compte tenu du caractère mondial de la crise sanitaire. Les ménages vont rester prudents face au risque de nouvelle contamination et de l’incertitude liée à la dégradation du marché de l’emploi. Cela plaide pour la poursuite de mesures d’envergure de la part de la Réserve Fédérale et du gouvernement pour limiter l’impact de la crise sur les entreprises et les ménages.

    Aline Goupil-Raguénès
    Economiste