Le magazine expert d’Ostrum AM

La pandémie contraint la Chine à faire des choix entre financer ses propres besoins domestiques ou internationaux, notamment le financement des projets de la « Belt and Road Initiative ».

La "Belt and Road Initiative" est un projet stratégique de long terme

Lancée en 2013, la « Belt and Road Initiative » est la priorité personnelle du président Xi Jinping. Ce projet ambitieux a pour but de connecter 70 pays d’Asie, d’Europe et d’Afrique à travers des chemins de fer, des routes et des infrastructures maritimes. L’objectif pour la Chine est de créer des interactions régionales et économiques qui lui permettent d’étendre son influence économique et politique à travers le monde. D’après la Banque mondiale, entre 2013 et 2018, 500 Mds $ ont été investis par les deux banques d'État Exim Bank et China Development Bank, dans 50 pays pour la construction de projets liés à la BRI, dont 300 Mds $ ont été financés par de la dette publique et garantie.

 

Mais qui a conduit à de nombreux projets non rentables

La BRI a laissé beaucoup de pays avec une montagne de dette. La crise sanitaire a fait monter la pression sur les pays fortement endettés, notamment d’Afrique comme la Zambie et le Kenya ou, plus récemment encore, le Laos en Asie. 12 pays sont encore en négociation pour 28 Mds $ dus à la Chine. Ainsi, la Chine se prive de nouvelles ressources financières pour financer de nouveaux projets. Selon l’IIF, plus de 45 % des prêts de la BRI, soit 200 Mds $ sont exposés à des risques significatifs liés aux changements climatiques. Cela accroît le risque que soient financés des projets non viables qui pourraient entraîner ces pays vers une dérive d’endettement insoutenable, en l’absence de gains de productivité et d’activité suffisants.

 

La hausse de l'endettement domestique contraint la Chine à faire des choix

La campagne de désendettement qui avait été mise en place en 2016 avait permis de stabiliser l’endettement domestique, mais la crise sanitaire a renversé brutalement cette tendance. Ainsi au troisième trimestre 2020, l'endettement total chinois a atteint 337 % du PIB, lié à l'accélération de la dette des entreprises non financières qui a augmenté de 15 ppt entre le troisième trimestre 2019 et le troisième trimestre 2020 pour atteindre 166 % du PIB chinois. Les banques d’État doivent faire un choix entre soutenir l’économie domestique en octroyant des nouveaux prêts ou soutenir la politique commerciale étrangère de la Chine.

 

Vers la fin de la politique de prêts massifs

La Chine devrait donc procéder à un rééquilibrage de sa politique commerciale diplomatique qui se traduirait par une exigence de rentabilité et de soutenabilité des projets.
Selon le Département des Affaires Économiques de la Chine, plus de 20 % des projets de la BRI ont été revus à la baisse à cause de la pandémie. Les deux grandes banques d’État, China Development Bank et Exim Bank, ont également déjà réduit leurs prêts internationaux avant la pandémie, après un pic en 2016. En novembre 2017, la Commission de Régulation Bancaire chinoise a imposé plus de contrôle de risque pour les activités transfrontalières des banques (CDB, China Exim Bank et ADBC), ce qui révèle une prise de conscience des autorités sur les risques liés à la BRI.

 

Zouhoure Bousbih
Économiste
Économie & Stratégie
Ostrum Asset Management