Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Le Covid-19 a ravagé les plus grandes économies émergentes

Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud, Turquie et Mexique, ont enregistré les plus fortes contractions du PIB au deuxième trimestre depuis la seconde guerre mondiale (graphique ci-dessous).

La situation ne devrait pas s’améliorer spontanément.

La pandémie continue de sévir dans ces pays, détériorant davantage les perspectives économiques, et les marges de manœuvre pour soutenir l’activité sont inexistantes.

La problématique principale reste l’emploi, mais dans ces pays le poids de l’économie informelle est important .

Celle-ci représente 1/3 du PIB et 70 % de l’emploi, ce qui les a contraints à sortir rapidement du confinement. L’aller-retour des travailleurs migrants a permis à l’épidémie de se propager rapidement.

Les conséquences humanitaires et celles de la récession sont donc préoccupantes.

Les ressources financières de ces pays ne permettent pas de soutenir les travailleurs et les entreprises qui sont touchées de plein fouet par la crise sanitaire.

À titre de comparaison, les États-Unis ont octroyé une aide de 2 400 $ par mois pour les personnes ayant perdu leur emploi, qui vient s’ajouter aux allocations chômage. Au Brésil, le gouvernement donne 100 $ par mois à une personne seule et le double pour une famille.

Ces pays ne peuvent pas, contrairement aux Banques centrales des pays occidentaux, créer de la monnaie ou émettre de la dette à de faibles taux d’intérêt, car cela pourrait menacer leur stabilité économique et financière (volatilité sur les devises).

Pour faire face à la crise sanitaire, les gouvernements ont augmenté leurs dépenses publiques, ce qui a exacerbé l’endettement. Au Brésil, la dette publique s’est envolée à 87 % du PIB contre 75 % à fin 2019. L’Égypte et l’Afrique du Sud sont également dans une situation d’endettement élevé et insoutenable. Le spectre d’une restructuration de dette plane sur ces économies.

Les sources d’impulsion de l’activité que sont le tourisme, le prix du pétrole, la Chine, et le commerce mondial ne fonctionnent plus.

Contrairement à 2009, la Chine prend une trajectoire différente en 2020 et elle n’aura pas l’effet d’entraînement sur les pays émergents.

Le vaste plan de relance chinois de 2009, basé uniquement sur la construction d’infrastructures avait permis de soutenir à la hausse les cours des matières premières dont les pays émergents avaient bénéficié.

Cette fois-ci le plan de relance chinois donne la priorité aux secteurs de la nouvelle économie : centres de données, aérospatiale, technologies smart city, électrification pour le développement du TGV d’ici 2035…Le vaste projet d’électrification réduira la demande chinoise de pétrole.

Le risque est donc élevé de voir ces économies sombrer, effaçant définitivement la croissance des dernières décennies.

•    Chine : Accélération de la croissance du crédit en août

Le financement social total, une mesure large du crédit en Chine, a accéléré en août de 13,3 % GA (contre 12,9 %).  

L’accélération du financement social total par rapport à l’agrégat monétaire M2 (10,4 % GA contre 10,7 %) reflète la forte augmentation des émissions des gouvernements (qui n’est pas prise en compte dans M2).

Ces chiffres ne devraient pas changer l’orientation de la politique monétaire de la Pboc.

Face aux nombreuses incertitudes, notamment les tensions avec les États-Unis, qui pourraient peser sur la demande interne, la politique monétaire doit être certaine.

Zouhoure Bousbih
Économiste
Ostrum Asset Management