Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Chine : pour être soutenable, la reprise nécessite la transformation profonde de l’économie chinoise

La kyrielle d’indicateurs conjoncturels pour le mois d’août indique que la reprise chinoise est fragile et vulnérable, car elle est essentiellement orientée sur l’offre et non sur la demande interne.

Avant 2020, les ventes au détail avaient une croissance légèrement supérieure à celle de la production industrielle, indiquant que le rebasculement du modèle de croissance chinois vers la consommation était lent.

De 2016 à 2019, le poids de la consommation dans le PIB chinois stagne à moins de 40 %, à 38,7 %. Cela reflète la difficulté des autorités chinoises à orienter leur modèle de croissance vers la consommation.

En 2020, cette tendance s’est inversée et menace de persister en annulant les efforts effectués jusqu’à présent pour transformer le modèle économique chinois.

La reprise chinoise a besoin d’une reprise de la demande interne pour être soutenable et entretenir celle de la production.
La stratégie des autorités chinoises a consisté à pousser sur l’offre, afin de faire réduire le chômage le plus rapidement possible et, in fine, entraîner la demande interne.

Or, le résultat est le creusement de l’écart entre la production (5,6 % GA)  et la demande interne (0,5 % GA).

La tentation pour résorber l’écart est d’avoir recours comme par le passé à l’investissement public, qui a rebondi au mois d’août, mais cela exacerbera l’endettement et conduira à de nombreux projets improductifs.

L’autre solution est la redistribution des revenus, mais le transfert des richesses est politiquement difficile à mettre en place.

La reprise chinoise, pour être soutenable, nécessite donc la transformation profonde et rapide de l’économie chinoise.

•    Les marges de manœuvre des Banques centrales émergentes se réduisent comme peau de chagrin

Les grandes économies émergentes ont gardé leur taux directeurs inchangés : Afrique du Sud à 3,5 %, Russie à 4,25 %, Brésil à 2 % et Indonésie à 4 %. Le cycle d’assouplissement monétaire est terminé.

Les baisses de taux agressives pour soutenir l’activité liée à la Covid-19, ont réduit les taux d’intérêt réels ce qui a limité l’attrait de ces devises dans les stratégies de portage.

Désormais, de peur de voir leurs devises chahutées et menacer leur stabilité financière , les banques centrales de ces pays préfèrent garder leurs taux d’intérêt  inchangés au détriment de l’activité.

C’est préoccupant, car ces grandes économies émergentes n’ont pas également les marges de manœuvre budgétaires pour soutenir leur activité qui a été impactée de plein fouet par la pandémie.

La crédibilité des banques centrales émergentes est également à risque.

12 Banques centrales étaient devenues par nécessité des courtiers de dernier ressort, suite au fort choc financier, en mettant en place des programmes d’achats d’actifs financiers, comme l’Afrique du Sud et l’Indonésie.

Ces programmes d’achats d’actifs risquent de continuer au-delà de la crise sanitaire, ce qui pose des interrogations sur la crédibilité de ces Banques centrales (Indonésie).

Zouhoure Bousbih
Économiste
Ostrum Asset Management