Le magazine expert d’Ostrum AM

•    Selon l’enquête PMI-Markit, l’indice d’activité du secteur manufacturier de la zone euro a atteint un nouveau plus haut historique au mois de mai (à 63,1 contre 62,9 en avril).

     o    L’activité s’est accélérée dans l’ensemble des pays, à l’exception de l’Allemagne où celle-ci a eu tendance à ralentir pour conserver un rythme de croissance proche du plus haut historique enregistré en mars.
     o    Par pays, l’activité progresse à un rythme très élevé aux Pays-Bas et en Autriche, suivis de l’Allemagne et de l’Irlande.
     o    L’Italie, la France, l’Espagne et la Grèce leur succèdent en progressant à un rythme très soutenu.
     o    Les indices d’activité ont atteint des plus hauts historiques aux Pays-Bas, en Autriche, en Irlande et en Italie et des plus hauts depuis un peu plus de 20 ans en France, en Espagne et en Grèce.


•    La production de la zone euro a tendance à ralentir depuis le mois d’avril, tout en continuant de progresser à un rythme historiquement élevé.  Cela est le fait de l’Allemagne où les chefs d’entreprises sont nombreux à mettre en avant les pénuries de matières premières et de produits semi-finis liées aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement.


•    L’activité continue de bénéficier d’une demande très forte adressée aux chefs d’entreprises (sur des plus hauts historiques). Les nouvelles commandes ne parviennent néanmoins plus à accélérer depuis le mois de mars. La demande ralentit en Allemagne, alors qu’elle a tendance à s’accélérer partout ailleurs.

•    Le dynamisme des nouvelles commandes est lié en particulier aux commandes étrangères. Elles profitent de la robustesse du commerce mondial, mais aussi de la reprise au sein de la zone euro qui se traduit par la progression des échanges intrazone. La demande domestique s’améliore également avec la réouverture progressive des économies.

•    Les nouvelles commandes progressant plus rapidement que la production, les chefs d’entreprises ont continué de puiser dans leurs stocks, et ceci au rythme le plus élevé depuis fin 2009.

•    La modération de la production est liée, notamment, aux plus fortes tensions sur les chaînes d’approvisionnement, comme l’illustre le niveau record des délais de livraison d’intrants (échelle inversée sur le graphique). Les chefs d’entreprises sont nombreux à signaler des pénuries de matières premières, comme le plastique, le fer, le bois, et de composants électroniques, notamment. Ils font également face à des problèmes croissants de logistique, et notamment dans le fret maritime avec une pénurie de containers.


•    Cet engorgement des chaînes d’approvisionnement génère de fortes tensions sur le prix des matières premières et des produits semi-finis (indice au plus haut historique).


•    Celles-ci sont en partie répercutées sur les prix de production qui enregistrent leur plus forte hausse depuis le début de la série (novembre 2002).

•    La forte progression de la demande, associée aux difficultés d’approvisionnement en matières premières et produits semi-finis, s'est traduite par une hausse record des arriérés de production…


•    … conduisant les chefs d’entreprises à accroître leurs effectifs, afin d’ajuster leur capacité. L’indice de l’emploi de la zone euro est supérieur à 50 pour le 4e mois consécutif, et à son plus haut niveau depuis janvier 2018.


Conclusion
Cette enquête présage une nette accélération de la production au cours du 2e trimestre au sein de la zone euro, comme le révèle le graphique ci-dessous, les stocks étant insuffisants pour satisfaire la demande. Afin de réduire leurs arriérés de production, les chefs d’entreprises augmentent par ailleurs leurs effectifs, ce qui constitue une excellente nouvelle sur le front de l’emploi. Le secteur manufacturier profite ainsi du dynamisme du commerce mondial et de la réouverture progressive des économies, en raison de l’amélioration de la situation sanitaire. Cette forte demande s’accompagne de tensions dans les chaînes d’approvisionnement se traduisant, notamment, par des délais de livraison records et des pénuries de certaines matières premières et de produits semi-finis, comme les composants électroniques. Ces perturbations commencent à peser sur la dynamique de l’activité et des nouvelles commandes en Allemagne. Elles se traduisent, par ailleurs, par de fortes tensions sur le prix des intrants en partie répercutées sur les prix de production. Ces tensions sur les prix de production se révèlent être temporaires et devraient progressivement se réduire, ce qui n’incitera pas la BCE à modifier sa politique monétaire lors de sa réunion du 10 juin. Elle insistera sur la nécessité de maintenir une politique monétaire durablement accommodante en raison de perspectives d’inflation toujours inférieures à l’objectif d’un taux proche, mais inférieur, à 2 % à moyen terme.

  • Aline Goupil-Raguénès

    Aline Goupil-Raguénès

    Stratégiste pays développés